‹ Morceaux choisis des grands ʹecrivains franc̜ais du XVIe siècle: accompagnʹes d'une grammaire etChapitre 112 sur 212 · VAUQUELIN DE LA FRESNAYE · texte numérisé non relu

VAUQUELIN DE LA FRESNAYE

Tous ses chevaut he sont que de manege Et tous led jours ses rentes 11 abrege.

Car sur le dos il porte son moulin, Teint d'ecarlate aux eaux de Gobelin*.

Tantot il vend la grande metairie, Et puis demain l'horloge ou la prairie, Comme un limas en la belle saison Portant sur lui son fardeau, sa maisoh.

De mises*plus il a que de recettes, Et ses habits bardes de yieiiles dettes.

Ce qu'en 1od$ temps son pere et ses ayetlx Avoient acquis d'un labeur soucieux, A pleines mains a F abandon il jette, Non peu A peu, la vie etant su jette A tantde maui; trop jeune* il n'appercoit Qu'on Tit souvent bien plus qu'on ne pensoit

LA VIE CHAMPfeTftE.

Bien heureux est celui qui > tres-loin du vulgaire,

Vit en quelque rivage eloigne, solitaire,

Hors des grandes Cites, sans bruit et sans proee?,

Et qui content du Bien ne fait aucun exces;

Qui voit de son chateau, de sa maison plaisante,

Un haut bois, une pree, Un pare qui le con ten te;

Qui joyeux fait le ehaud aux omb rages divers;

Qui tempere le froid des rigoureux hi vers

Par un feu continu; qui tient bien ordonnee

En vivres sa maison tout du long de l'annee 1

Les pensers ennuyeux ne lui rident la peau,

Ne lui changent le poil ni troublent le cerveau ;

Mais n'esperant plus rlen et craignan} peu de chose ,

Son seill contentemeht pour but il se propose.

II rit de la fortune, et de cet or trompetlr

Que 1'avare en un coin depose pleio de peur.

II prend son passe-temps de voir, dedans les villes,

Tant d'hommes convoiteui, tant de troupes servilles.

Courre aux biens, aux profits, aux etats, aux honncurs

Pour faire, apres, parti*des grands et des seigneurs.

U ne voit pres de lui l'hoireur des grand's armees, N'entend point la rumeur des troupes &ff«mta*i

76 POfiSJE.

Qui mangent la substance au pauvre villageois, Et ranconnent la forme ou les biens du bourgeois.

Le jour, il ne craint rien, et dans sa maison belle,

On ne pose la nuit garde ni sentinelle :

II n'est point desireux de hausser son renom

Plus haut qu'entre les siens avoir toujours bon nom.

Entre les bas vallons son humble renom me e

Sans autre ambition se tient close et fermee.

Ni devant, ni derriere il n'a de gens au guet;

II marche en tous endroits, sans craindre aucun aguct,

II est sobre et joyeux, sans prendre nourriture

Que des biens qu'en ses champs apporte la nature.

Ores seulet il va de campagne en campagne,

Ores de bois en bois, de vallon en montagne,

Prenant mille plaisirs jusqu'a ce que la nuit,

Ou bien le temps mauvais le mene en son reduit ;

Et mille beaux pensers qui lui font compagnie

Sont cause qu'ainsi seul jamais il ne s'ennuie.

Et puis se reposant dessous l'ombrage epais

D'un grand hStre touffu, pour prendre un peu le frais,

Il oil dans les forets des vents le doux murmure,

Qui semble caqueter avecques la verdure.

II oit le gazouillis de ces mille ruisseaux

Dont les Naiades font parler les claires eaux;

II oit mille oisillons qui sans cesse jargon nent,

Et les gais rossignols qui par-dessus fredonnent;

II oit un escadron, un essaim bourdonnant

D'abeilles qui la von t un grand bruit demenant;

II oit sourdre a bouillons les sources fontainieresj

II contemple le cours des bruyantes rivieres;

Ce qui lui fait alors un tel desir venir

De sommeiller un peu, qu'il nc s'en peut tenir.

Un autre jour apres, il fait planter la vigne, Un autre, fossoyer les beaux pares a la ligne; Et, suivant la saison, comme le temps est beau, II fait planter le frene, il fait planter l'ormeau : Les pommiers, les poiriers par belles range Ices Montrent de toutes parts distances egalees*.

Puis, lorsque le soleil allume les chaleurs, 11 fait cueillir les fruits apres les belles flcurs; La prune de Damas et noire et violette, La bonne perdrigon, la cerise rougette,

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