‹ Morceaux choisis des grands ʹecrivains franc̜ais du XVIe siècle: accompagnʹes d'une grammaire etChapitre 115 sur 212 · J'AI PERPU MA TOURTERELLE · texte numérisé non relu

J'AI PERPU MA TOURTERELLE

J'ai perdu ma tqurterejje ; Est-ce point cplle que j'ovf Je veuz aller apres elle.

Tu regrettes ta femejje.

Helas ! aussi fais-je too}.

J'ai perdu ma. tourterelje.

Si ton amour est fidelle, Aussi est forme ma foy ; Je veuz aller apres elle.

Ta plainte se renouvelle, Toujours plaindre je me doyj J'ai perdu ma tourterelle.

En ne voyant plus la belle, Plus rien de beau je ne voy ; Je veuz ajler aprfcs eilo,

Mort, que tant de fois j'appelle Prends ce qui se donn'e a toy | J'ai perdu ma tourterelle; Je veuz filer aprfes elle.

80 POfiSIE.

LA JOURN£e DE SENLIS*.

A chacun nature donne Des pieds pour le secourir :

Les pieds sauvent la personne; II n'est que de bien courir.

Go vaillant prince d'Aumale, Pour avoir fort bien couru, Quoy qu'il ait perdu sa male, N'a pas la mort encouru.

Ceux qui estoyent a sa suitte No s'y endormirent point, Sauvants par beureuse fuitte Le moule de leur pourpoinct

Quant ouverte est la barriere, De peur de blasme encourir, Ne demeurez point derriere :

II n'est que de bien courir.

Courir vaut un diadesme, Les coureurs sont gens de bien.

Tremont et Balagny mesme, Et Congy le scavent bien.

Bien courir n'est pas un vice, On court pour gagner le priz :

G'est un honneste exercice :

Bon coureur n'est jamais pris.

Qui bien court, est bomme habile, Et a Dieu pour son contort ; Mais Chamois et Menneville Ne coururent assez fort.

Souvent celuy qui demeure Est cause de son meschef :

Celui qui fuit de bonne heure, Peut combattre de rechef.

II vaut mieux des pieds combattre En fendant Pair et le vent, Que se faire occire ou battre Pour n'avoir pris le devant

JEAN PAfcSERAT. 81

Qui a de l'honneur envie, Ne doit pourtant en mourir :

Ou il y va de la vie, II n'est que de bien courir.

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