LXXX INTRODUCTION
§ 146. La lettre i servait a la fois It exprimcr la , voyelle i et la consonriej (on 6crivait iamais, tour, iourn6e). Pour att6nuer les inconvdnients de ce double emploi, on employa, pour rendre le son de la voyelle i, la lettre y; d'ou ayeuls (Pasq., 188), ayt (Mont., 204), fouyr (Gring., 4), fustaye (Rab., 124), hay (Amyot, 172), icy (Rons., 29), midy (Mont., 221), ouy (Bfcze, 137), party (Cayet, 178), prye (Mornay, 232), suyvant (Cayet, 178), etc....
§ 147. Ge fut seulement en 1562 que Ramus, dans sa Gram&re, 6tablit la distinction de Yi et du j (comme il ttablit aussi celle de u et v), et cette consonne a longtemps port6, pour ce motif^ le nom de lettre rawU&te. Les imprimeurs fran^ais n'aooepterent point cette simplification de rorthographe, et il fallut un siecle pour qu'elle nous revlnt par les Elzevier et les imprimeurs hollandais, auxquels Gorneille Pemprunta a son tour comme un moyen commode pour 6viter la confusion des deux sons. Dans l'6ditioa qu'il publia en 1664 de ses ceuvres dramatiques [ThMtre de P. Corneille^ reveu et corrigipar Uauthewr, Rouen, 1664, 2 vol. in-fol.), Gorneille s'exprime ainsi dans YAdvis au lecteur :
« Vous trouuerez quelque chose d'estrange auz innoua- « tions en Tortographe que j'ay hazardfas icy, et ie « veux bien vous en rendre raison. L'usage de nostre « langue est a present si espandu par toute l'Europe, « principalement vers le Nord, qu'on y voit peu d'estats •« ou elle soit connue; c'est ce qui m'a feit croire qu'il ne « seroit pas mal a propos d'en faciliter la pronon- « ciation aux estrangers, qui s'y trouuent souuent em~ « barrassez par les diuers sons qu'elle doone quelquefois tt aux mesmes lettres. Les Hollandois m'ont fray6 le