‹ Morceaux choisis des grands ʹecrivains franc̜ais du XVIe siècle: accompagnʹes d'une grammaire etChapitre 97 sur 212 · PO&SIE · texte numérisé non relu

PO&SIE

Petit museau, petites dents, Teux qui n'estoyent point trop ardents, Mais desquels la prunelle perse Imitoit la couleur diverse Qu'on voit en cest arc pluvieux Qui se courbe au travers des cieux :

La teste a la taille pareille ; y

Le col grasset, courte l'oreille, Et dessous un nez ebenin Un petit mufle lyonnin, Autour duquel estoit plantee Une barbelette argent^e, Armant d'un petit poil folet Son musequin damoiselet.

Jambe gresle, petite patte Plus qu'une moufle delicate, Sinon alors qu'il desguainoit Cela dont il esgratignoit :

La gorge douillette et mignonne.

La queue longue a la guenonne, Mouchetee diversement D'un naturel bigarrement :

Le flanc hausse, le ventre large, Bien retrousse dessous sa charge, Et le dos moyennement long, Vray Sourian, s'il en fut onq'.

Tel fut Belaud, la gente beste, Qui, des pieds jusques a la teste, De telle beaute* fut pourveu, Que son pareil on n'a point veu, quel malheur 1 6 quelle perte, Qui ne peut estre recouverte I quel deuil mon ame en recoit I Vrayment la mort, bien qu'elle soil Plus fiere qu'un ours, l'inhumaine, Si de voir elle eust prit la peine Un tel chat, son coeur endurcy En eust eu, ce croy-je, mercy :

Et maintenant ma triste vie Ne hayrait de vivre l'envie.

Mais la cruelle n'avait pas Gouste les follastres esbas De mon Belaud, ny la souplesso De sa gaillarde gentillesse, Soit qu'il sautast, soit qu'il gratast, Soit qu'il touxnasX, ou -voW^caaX

D'un tour de chat, ou soit encores Qu'il print un rat, et or' et ores Le relascbant pour quelque temps S'en donnast miile passetemps;

Soit que d'une fa con gaillardo, Avec sa patte fretillarde, II se frotast le musequin; Ou soit que ce petit coquin, Priv6, sautelast sur ma couche, Ou soit qu'il ravist de ma bouche La viande sans m'outrager, Alors qu'il me voyoit manger; Soit qu'il feist en diverses guises Mile autres telles mignardises.

Mon Dieu, quel passetemps e'estoit Quand ce Belaud virevoltoit, Follastre, autour d'une pelotte 1 Quel plaisir quand sa teste sotte, Suyvant sa queue* en mille toars, D'une roue imitoit le cours 1 Ou quand, assis sur le derriere, II s'en faisoit une jartiere, Et, monstrant l'estomac velu De panne blanche crespelu, Sembloit, tant sa trongne estoit bonne, Quelque docteur de la Sorbonne 1 Ou quand alors on l'animoit, A coup de patte il escrimoit, Et puis appaisoit sa cholere Tout soudain qu'on luy faisoit chere*.

Belaud n'estoit point malplaisant, Belaud n'estoit point mal-faisant, Et ne feit one plus grand dommage Que de manger un vieux frommage, Une linotte et un pinson Qui le faschoyent de leur chanson.

« Mais quoy 1 Magny, nous mesmes hommes, • Parfaits de tous points nous ne sommes. •

Belaud n'estoit point de ces chats Qui nuict et jour vont au pourchas, N'ayant soucy que de leur panse :

U ne faisoit si grand' despense,

POfiSIE.

Mais estoit sobre k son repas Et ne mangeoit que par compas.

Belaud estoit mon cher mignon, Belaud estoit mon compagnon, A la chambre, au lict, a la table.

Belaud estoit plus accointable Que n'est un petit chien friand, Et de nuict n'alloit point criand Comme ces gros marcouz terribles. En longs myaulements horribles.

Que pleust a Dieu, petit Belon, Que j'eusse Tesprit assez bon, De pouvoir en quelque beau style Blasonner ta grace gentile, D'un vers aussi mignard que toy :

Belaud, je te promets ma foy, Que tu vivrois, tant que sur terre Les chats aux rats feront la guerre.

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