‹ Morceaux choisis des poetes et prosateurs français du 16e siecle. Accompagnés de notices développées sur chaque auteur, de notes grammaticales, littéraires et historiques; précédés d'une grammaire abrégée de la langue du 16e siecle, d'études générales sur l'état de la poésie et de la prose a cette époque, et suivis d'un glossaire explicatif et étymologique de tous les termes sortis de l'usage, qui se rencontrent dans ce volumeChapitre 30 sur 91 · XXVI GRAMMAIRE · texte numérisé non relu

XXVI GRAMMAIRE

très souvent avec une étrange ignorance des lois de tiansformation, et quand une consonne française représentait déjà la consonne latine, il en ajoute barbarement une seconde; il écrit : debvoir pour devoir; fiebvre pour fièvre; febvrier pour février ; nepveu pour neveu; ensepvelir pour ensevelir; recepvoir pour recevoir.

Quand le moyen âge avait remplacé deux consonnes latines par une seule consonne française, autre, de aller ; autrement, à' altéra mente; haut, de altus; paume, de palma; saut, de salfus; sauter, de saltare, etc., tous mots où 17 était remplacée parw; conduit, de conductus ; conduite, de conducta; construit, de constt'uctus; droit, de d{7'eclus; effet, d'effectus; esti-oit, de strœtus ; fait, de factum ; lait, de lactem, accusatif qui avait remplacé lac en latin vulgaire; lit, de lectus ; luite, \nile, de lucta; luiter, lutter, de luctari ; luiteur, de luctatomn; nuit, de noctem; trait, de tractum, tous mots où le c latin était représenté par 1*2 français; achater, acheter, d'adcaptare, le seizième siècle rétablit les deux consonnes et écrit : aultre, aultrement, hault, paulme, sault, saulter, conduict, conduicte, construict, droict, effect, estroict, faict, instruict, laid, luicte et lucte, luicter et lucter, luicteur et lucteur, nuict, traict, achapter ou achrpter. C'est par le même faux entichement de l'étymologie qu'il écrit : debteur, débiteur, au lieu de deteur, detteur, forme rationnelle du moyen ûge ; prebstre, au lieu de prestrc ; compter au lieu de conter, racompter au lieu de raconter. Quelquefois même il introduit des consonnes qui n'ont absolument aucune raison d'être, comme na'ifve pour naive (nativa) ; naïfveté pour naïveté (nativitas) ; neufve pour neuve (nova) ; vifve pour vive ; veufve pour veuve ;veufvage pour veuvage, et ce qui est plus étrange — mais dont il se voit des exemples en plein moyen âge, dans le français et dans la basse latinité — temptcr pour ten-

DE LA LANGUE DU XVl" SIÈCLE. XXVII

te)'; temptation pour tentation; attempter pour attenter.

Le g mis à la fin de nn [ung) est aussi bizarre, et il se rencontre aussi bien avant le seizième siècle.

Seau, seel, de sigillum, devient sceau ; seieler, seeler, seellei\ saeler, de sigillare, devient scelle?^ mauvaise orthographe qui a subsisté.

Savoir se défigure en sçavoir, parce qu'à partir du quinzième siècle on s'imagine que ce mot vient de scire, tandis qu'il est formé de sapere, qui a donné aussi le provençal saher, saper, l'espagnol et le portugais saber, l'italien savere, sapere. On écrivit poids, au lieu de pois, dans la croyance fausse que ce mot venait de pondus, quand il était dérivé de pensum, comme peser de pensare.

Un autre abus de l'orthographe du seizième siècle, c'est de multiplier l'emploi de \'y : roy, royne, loy, foy, moy, luy,fesfoys, faimoys, il saultoyt, ils avoyent.

Nous compléterons ce que nous avons à dire touchan t l'orthographe et la prononciation, en entrant dans quelques détails particuliers sur chacune des voyelles, des diphthongues et des consonnes.

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