DE LA LANGUE DU XV^ SIÈCLE. XXIX
agneau, agnelet, etc., a, dans ces mots, prenait le son de ai.
Notre al est quelquefois remplacé par ae : ade^ aelle, aile ; aer, air; mais dans ces mots l'orthographe actuelle était la plus usitée.
Le son au, que les Romains prononçaient aou, était généralement représenté dans l'ancien français par o. On disait donc clos declausus, or de aurum, oreille de auricula^ oser de audej'e, povre depauper, toreau de la forme fictive taurellus. Les latinistes, rétablissant presque partout au, écrivirent : claus, aureille, auser, pauvre, taureau. Mêlant môme quelquefois Vo et l'a, ce qui rendait mieux la prononciation du temps, ils écrly'ivent : paovre, paovreté, appauvrir.
Fi correspond à Vai moderne dans des temps de verbe, comme pleigjie, pleignent, et dans des adjectifs comme creintif; à notre e ouvert dans ameine, meine, reigle, reigler, seiche, seicher.
La diphthongue eu se prononçait et s'écrivait tantôt eu, tantôt u : cogneu et cognu, incogneu et incognu, veue et vue, etc.
/e correspondait à notre e moderne dsmsbrief, bi^ieve, càierement, estrangier, legier, orangier. Il était monosyllabique dans baudrier, bouclier, meurtrier, ouvrier, sanglier, qu'on prononçait baudrer, boucler, meurtrer, ouvrer, sangler. Et cette prononciation s'est conservée jusqu'au dix-septième siècle dans plusieurs mots, tels que sanglier (la Fontaine), ouvrier (Molière). L'Académie, dans ses Observations sur le Cid, reprochait à Corneille d'avoir fait meurtrier de trois syllabes, tandis qu'il n'était que de deux. Au seizième siècle, on a quelquefois écrit boucler, pour bouclier.
Oi se prononçait en général ouè : cependant, dans les terminaisons de l'imparfait et du conditionnel, et dans