PIERRE DE L'ESTOILE
livres, d'autographes et de gravures, dont il était grand amateur. Il commença à rédiger ses mémoires, en rapportant, îi la manière de Jean de Troyes, qu'il surpasse d'ailleurs par l'animation du style, les événements tels qu'ils se produisirent et les impressions géuérales qui en résultèrent.
Son journal est le plus précieux de tous les diaires écrits alors celui qui fait le mieux connaître le détail des règnes de Charles IX, Henri III et Henri IV, les aspects intimes du Paris du xvi« siècle et du commencement du xvii*^. D'où vient que le nom de Pierre de l'Estoile n'apparaît dans aucun mémoire du temps, qu'on ne trouve nulle part à son sujet de signalement sérieux ? Ami du silence et des éludes paisibles, il s'était fait obscur, de parti pris, s'était dissimulé le plus possible, avait fui toute expansion bruyante au dehors. Dans ses propres récits il se met peu en scène, ne dit presque rien durôle qu'il dut jouer alors, et ne parle qu'en passant de ses goûts, de ses habitude^, de son caractère.
Mais s'il ne s'arrête pas longtemps à peindre sa propre physionomie, il dit tout ce qu'il voit, rapporte tout ce qu'il entend, décrit hardiment et nettement, quoique avec prolixité, tous les faits et gestes qui se passent autour de lui^ faits nouveaux et faits divers, naissances bizarres, accidents, procès, jugements critiques sur les ouvrages remarquables, crimes^ exécutions. Mêlant les affaires de l'Etat avec ses afl'aires de famille, confondant ensemble l'anecdote, l'événement politique et le détail de mœurs, il passe d'un objet à l'autre sans presque s'en apercevoir et semble tenir le fil d'une conversation interminable. Il écrit sans ordre ni méthode, mais sous une forme chaleureuse et mouvementée, avec une verve pleine de naïveté, de bonhomie et de malice tout à la fois. Il ne manque aucune occasion de lancer l'épigramme, le trait piquant. C'est l'impression du moment saisie et rendue en pleine iiidopendance. C'est une relation hardie, vraie, laissant percer la sincérité de Thiatorien qui veut rester d'accord avec lui-même, avec ses principes et sa conduite, en môme temps qu'il se montre rempli de zèle et d'amour pour le bien public, pour l'Etat et pour le souverain. Néanmoins, la dignité de son caractère ne fait pas qu'il ait conservé partout une irréprochable impartialité. L'Estoile, si mesuré dans ses actes, se laisse emporter par l'esprit de passion dans ses registres. En matière de religion et de politique, il affiche une rigueur très intolérante à i'égaid de ceux qui ne pensent point comme lui, il leur impute à crimes des intentions supposées, les charge de fautes qu'ils n'ont pas commises et se livre aux plus malignes interprétations. En outre il a des remarques peu convenables et presque grossières, des expressions trop franches et trop crues; enfin sa manie de conter des anecdotes l'entraîne à raconter des historiettes scabreuses. Ces exagérations et tes licences ne touchent qu'à certaines personnalités; elles n'empêchent pas le Journal de l'Estoile d'être au fond une excellente collection d'esquisses de mœurs et de caractères, un liésor
inépuisable d'informations développées et commentées en un style naturel et entraînant.
L'aventure de Fœillet.
Au commencement du mois d'avril (1388) un marchant de Paris, qui par quelque accident estoit devenu troublé de son esprit, jeune homme et gaillard, nommé Fœillet, et qui quelquefois alloit au chasteau, où le Roy et les plus grands prenoient plaisir de l'ouïr, pour ce qu'il esloit libre en paroles, et n'espargnoit personne depuis qu'il avoit la teste un peu eschautrée, dist au Roy en la prescence du duc Desparnon, du chancelier de Gheverni et de plusieurs autres du Conseil, que Desparnon, le chancelier, Chenaille, de Marcel, Yideville et la plupart de ceux qui avoient son oreille, n'estoient que des voleurs et des larrons, et qu'ils estoient cause de la ruine de son pauvre peuple et de son Estât, pource que tous les jours ils faisoient faire impost de nouvelles daces^, au profit desquelles ils participoient estans associés à tous les partis qui faisoient bailler à qui bon leur sembloit, et que c'estoient vrais sangsues et couppegorges du peuple, qu'il faloit tous pendre.
Auxquels propos de ce pauvre fol le Roy ne prist point de plaisir. Ains en fust tout courroucé, disant que c'estoient des fruits des séditieux prédicateurs de Paris. De fait, le fist le Roy prendre à l'heure mesme et mener prisonnier au For-l'Evesque, où on le fouetta cruellement. Et pour ce que, cependant qu'on le fouettoit, il dit encore d'autres plus aigres paroles, il fut envoyé à la Bastille, en lieu où il eust tout le loisir d'appaiser sa colère et frenaisie. Ce qui fut trouvé fort mauvais de
1 Taxes.
tout le peuple, qui en crioit tout haut, et disoit que les fols disoient ordinairement la vérité que les sages n'eussent osé dire. Et n'y avoit fils de bonne mère, qui ne plaingnist la fortune du pauvre Fœillet et ne priast Dieu pour lui. Et, à la vérité, c'estoit une admonition que Dieu envoioit au Roy par la bouche de ce pauvre fol tant pour penser de plus près à ses affaires que pour resgler son Conseil et ses finances, par lesquels son pauvre peuple estoit cruellement travaillé et dévoré. Et semble qu'il n'y avoit pas grande apparence de s'en venger sur un fol.
{Mémoires-Journaux de Pierre de Ledoile, édit. Brunet,
A. ChampoUion, E. Halphen, Paul Lacroix, Gh. Read.
Paris, 1866, in-8, t. III, p. 132.)
François de Sales naquit, le 21 août 15G7, au château de Sales, dans les environs de Genève, d'une des plus nobles et des plus anciennes maisons de la Savoie. Dès avant sa naissance, il fut voué à Dieu par sa pieuse mère, Françoise de Sionas. Son père le destina l. la carrière sénatoriale. Dès l'âge de six ans, il fut placé au collège de la Roche, et bientôt après à celui d'Annecy. En 1678, on l'envoya, sous la conduite d'un précepteur, à Paris, pour achever ses études. Avant de quitter son pays, il avait reçu la tonsure ecclésiastique. 11 entra chez les Jésuites au collège de Clermont, où il fit ses études avec beaucoup de distinction. 11 suivit aussi les leçons de la Sorbonne.
Quand il eut achevé son cours de philosophie, il apprit, pour contenter ses parents, l'équitation, les armes, la danse et tous les arts agréables qui convenaient à sa condition. En même temps, il étudiait 1 hébreu, le grec et la théologie positive, sous Génébraid, et sous le père Maldonat, jésuite dont les travaux ont été, dans ces derniers temps, remis en lumière.
478 PaOSATliUHS DU XVl" SIÈCLE.
Ses études terminées à seize ans, il visita, par l'ordre de son père, les principales provinces de la France. De retour, en 1584, au château de Sales, il ne tarda pas à le quitter de nouveau pour aller étudier le droit à Padoue. Il y joignit l'étude de la théologie et de la controverse, sous la conduite du fameux jésuite Possevin. Guy Pancirole, charmé de la beauté de son esprit, outre les leçons publiques, se faisait un plaisir de l'instruire en particulier.
Il reçut le bonnet de docteur, et, d'après le vœu de son père, il partit pour l'Italie, se rendit à Ferrare, de là à Rome, puis visita les principales villes de la Péninsule, comme il avait fait celles de la France. A son retour, le comte de Sales lui témoigna le désir qu'il avait de lui faire contracter une brillante alliance. De plus, il obtint pour lui, du duc de Savoie, les provisions d'une charg<i de conseiller au sénat de Chambéry; mais les vues du jeune gentilhomme étaient tout autres. Malgré l'attrait que pouvait avoir pour lui le monde, à son âge, avec tant d'avantages du corps et de l'esprit dont il était doué, il avait dès longtemps fait vœu de continence perpétuelle, et il n'aspirait qu'à embrasser au plus tôt l'état ecclésiastique. A force de prières et de persévérance, il amena ses parents désolés à consentir à son inébranlable volonté. Son cousin, Louis de Sales, chanoine de la cathédrale de Genève, obtint pour François de Sales la prévôté de Genève, alors vacante. Ce ne fut qu'avec une peine extrême qu'on put déterminer notre saint à l'acceptation de cette dignité sollicitée pour lui sans son aveu. Aussitôt qu'il eut reçu le diaconat, son évoque le chargea du ministère de la parole, dans lequel il débuta d'une manière éclatante.
Un an après son ordination, François de Sales composa le premier de ses écrits, YÉIendard de la Croix, en réponse à une publication d'un ministre protestant contre l'honneur que les catholiques rendent à ce signe sacré.
A peu de temps de là, le jeune prêtre commença ses grands travaux pour la conversion des calvinistes et des zwingliens. Il obtint des succès merveilleux dans le Chablais et dans les bailliages de Terni et de Gaillard où il avait été envoyé par l'évoque de Genève.
Au retour de celte brillante mission, en 1590, il fut choisi par l'évêque de Genève, Claude do Granier, pour être son coadjuteur et prévôt d'Annecy; m;iis il fallut les vives instances du pape et du duc de S.ivoio pour lui faire accepter cette dignité.
Au commencement de 1G02, il vint à Paris pour obtenir du roi de France la permission de travailler à la conversion des peuples du bailliage de Gcx, ce do à Henri IV par le traiié conclu futre ce prince et le duc de Savoie. Accueilli avec enthousiasme, il fit entendre sa voix dans les principales églises de la ca|iitale, et prêcha le carême à la cour, dans la cliapcUe du Louvre. Lo roi était alors à Fontainebleau ; mais étant revenu à Paris quelques jours après Pâques et ayant entendu le cardinal Duperron parler avec do grands éloges des excellents discours que François de Salos avait faits dans la cha-
pelle du Louvre pendant le carême, il voulut ôtre son auditeur. Henri IV charmé lui fit, dans cette occasion, et lui réitéra plusieurs fois dans la suite, mais toujours aussi vainement, les olTres les plus séduisantes pour l'engager h se fixer- en Franco.
Il fut choisi pour prononcer à Notre-Dame l'oraison funèbre de Philippe-Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur, mort d'une fièvre pourprée à. .Nuremberg, en revenant de défendre Kaniska assiégée par les Turcs. En tâchant surtout de présenter « un abrégé véritable des faits héroïques du prince défunt, » en s'appliquant à célébrer, au point de vue chrétien, le vaillant capitaine qui avait si héroîquemcnl pris Albe Royale sur Mahomet III, François de Sales produisit une pièce d'éloquence comparable au Discou7\'! fimèhre sur la mort de Henri le Grand, que prononça quelques. années plus tard PieiTC Fenoillet, évêque de Montpellier.
Pendant que l'on imprimait cette oraison, François de Sales apprit la mort de Claude de Granier et sapropre élection àl'évêclié de Genève. Il partit soudain pour être consacré et commencer sa résidence. Il se livra dès lors avec plus d'ardeur que jamais aux fonctions du ministère, et spécialement à la prédication. Il aimait surtout à l'exercer dans les villages, loin des applaudissements qui offensaient son humilité, et il avait un talent à lui pour s'insinuer dans l'esprit des plus simples paysans.
En 1607, François de Sales, fixé dans sa résidence épiscopale d'Annecy, de concert avec le président Favre, son intime ami, son frère, comme ils s'appelaient en s'écrivant, conçut l'idée de fonder une académie sur le modèle des académies italiennes, et sous le nom d'Académie florimontane. La théologie, la philosophie, la Jurisprudence, les sciences mathématiques et les belles-lettres figuraient dans ses statuts. Elle avait pour devise un oranger odorant avec ces mots : Fleurs et Fruits. Ses séances se tenaient dans la maison même du président Favre. Le duc de Savoie accorda des privilèges à cette académie alpestre qui devança de trente ans l'Académie française, et le duc de Nemours eu fut protecteur. Honoré d'Urfé et Vaugelas en furent membres avec l'évoque de Genève qui ne tarda pas à publier (1608) un livre répondant merveilleusement à la devise Fleurs et Fruits de l'Académie florimontane : l'Introduction à la viedéuote.
A peine lancée dans le monde, V Introduction à la vie dévote eut un succès d'enthousiasme. Le saint raconte lui-môme que <* ce livret reçut généralement un gracieux et doux accueil, voire même parmi les plus braves prélats et docteurs de l'Église *. » Jusqu'aux hérétiques l'admirèrent : Jacques P'', roi d'Angleterre, à qui Marie de Médicis en avait envoyé un exemplaire magnifiquement relié et enrichi de pierreries, demandait à ses évoques protestants, après l'avoir In, pourquoi ils n'écrivaient pas avec celte onction.
1 Préface do l'Amour de Dieu.
L'auteur fut bientôt obligé d'en donner une seconde édition retouchée avec soin. D'innombrables éditions suivirent celle-là, et le livre, traduit dans toutes les langues, opéra des miracles de conversion.
De nos jours, c'est surtout sous le rapport littéraire qu'on a loué Y Introduction à la vie dévote. On a principalement admiré cette fleur brillante et suave d'imagination que développa chez saint François de Sales la vue des magnifiques spectacles de la nature alpestre, à laquelle cependant il emprunte rarement ses comparaisons, préférant les images riantes et douces des champs, des blés, des vignes, sur le penchant de la colline, ou plantées parmi des oliviers : des troupeaux, des abeilles, des herbes fleuries, a des oiseaux qui nous provoquent aux louanges de Dieu. » C'est par l'instinct d'une nature foncièrement douce, que l'image de la Savoie présentée dans les écrits de saint François de Sales est celle de la Savoie aimable qui s'épanouit sur les rives charmantes du lac d'Annecj', non de la Savoie hérissée et sauvage de Sallanches et de la Tête-Xoire. M. de Sacy dit très bien : « A quelque page que l'on ouvre ce livre, il s'en exhale comm»^ un parfum des champs, qui répand la sérénité dans l'âme. On croit cheminer, avec le saint évoque, le long des torrents ou sur le penchant des montagnes de son pays, et respirer, en l'écoutant, l'odeur des buissons. »
En rendant hommage à l'imagination qui éclate dans Vlntroductvm à la vie dévote, on a dû en même temps en constater l'excès. Dans un bel article sur saint François de Sales, Sainte-Beuve dit : u II abuse de la comparaison et des images physiques ; il ne les emprunte pas toujours à ce qu'il a vu et observé en passant dans ses vallées et ses montagnes. » De ces images, « les unes, dit M. Sayous, toutes simples, et qu'il a recueillies en se promenant, sentent les champs, la ferme savoyarde, les bois et les bords du lac d'Annecy : ce sont les meilleures; » et j'ajouterai, les plus courtes. Les autres, ingénieuses, mais recherchées, sont empruntées aux auteurs qu'il a lus ; il veut égayer et éclairer, h. l'aide d'une histoire naturelle le plus souvent fabuleuse, les vérités morales et chrétiennes qui d'elles seules se passeraient d'ornements. On ne saurait s'imaginer jusqu'où va chez lui cet abus^ cette sorte de crédulité ou de complaisance, mi-panie poétique et scientifique *. ^>
L'imagination est la qualité prédominante do l'Introduction à ta vie dévote ; mais ce n'est pas la seule, a On s'étonne, dit un écrivain (|uc nous avons déjà cité, de rencontrer au milieu de ce stylo si fleuri, qui s'étend et se développe h son aise, des sentences à la Sénèque, hardiment coupées et lancées cnmme une flèche s. »
François de Sales écrivit en ICIO son Théotime, ou Traité de Vamour de Di^u. Au témoignage de l'évèquc de Bellcy, plusieurs de ses amis ayant vu le grand accueil que le public avait fait à son livre de ïlnlroductioii, lui conseillèrent de ne plus écrire, n'étant pas
' Causer., 3 janv. l'^h^. — 2 s. de ."^agy, préf. de Vlntrod., p. x.
possible qu'il pût jamais rien faire qui eût un pareil succès '. Les extraits que nous donnons de VAmour de Dieu montreront que le saint fit bien de ne pas s'arrêter à ces dissuasions.
Ce génie si facile s'est distingué par l'éloquence oratoire comnae par la composition des divers traités dont nous venons de présenter une idée. Il a surtout fait briller ce talent dans l'oraison funèbre du duc de Mercœur, dont nous avons parlé.
Ses sermons, entachés de qu'elques fautes contre le bon goût, renferment aussi de grandes beautés.
On ne peut pas proprement donner saint François de Sales comme un écrivain classique. Son goût n'est pas toujours parfaitement pur, et l'accublement de ses occupations précipite trop sa plume pour qu'il puisse être constamment correct. Mais que de qualités pour faire pardonner les négligences de la précipitatio n !
Saint François de Sales doit être placé tout au premier rang parmi ceux qui dénouèrent notre langue. Bien qu'il n'ait fait que de la prose, il mériterait un rang honorable parmi les poètes français. Certes, il y a chez lui incomparablement plus de poésie que dans les Garnier, les Hardy, qui balbutiaient alors parmi nous les premiers accents de la Melpomène française ; il y en a plus même, et infiniment plus, que dans le sec et stérile Malherbe. François de Sales, lui, est tout chaleur et tout vie. Il ravit et pénètre continuellement, par des beautés de style soudaines et naïves, par le charme tendre de son éloquence, par cette douceur infuse dans son élocution, par cette imagination toujours renaissante, dont l'expression et l'abondance ne peut déplaire qu'à certains esprits sérieux doués d'une solidité pesante. Dans ce style, le plus imagé dont les lettres nous offrent l'exemple, il y a quelquefois luxe et surabondance de poésie, abus de goût ; mais souvent on y admire la mesure, la proportion, le sentiment des nuaices le plus délicates, des convenances les plus hautes et les plus exquises. Saint François de Sales n'est pas seulement un homme d'imagination et de sensibilité : c'est un esprit qui pense fortement et à fond. Quelquefois la solidité se dérobe sous la fleur, mais la solidité n'est jamais absente. Joseph de Maistre a justement vanté l'esprit lumineux qui distinguait le grand évèque de Genève-.
Caractères de la vray.e dévotion.
La vraye et vivante dévotion, ô Philothée, présuppose l'amour de Dieu : ains ^ elle n'est autre chose
1 L'Esprit de S. Fmnçois de Sales, XVP part., ch. xii. — - Du Pape, liv. I, ch. x. — 3 Bien plus.
482 PROSATEURS DU XVl" SIÈCLE.
qu'un vray amour de Dieu; mais non pas toutes fois un amour tel quel : car en tant que l'amour divin embellit nostre ame, il s'appelle grâce, nous rendant agréables à sa divine Majesté ; en tant qu'il nous donne la force de bien faire, il s'appelle charité ; mais quand il est parvenu jusques au degré de perfection, auquel il ne nous fait pas seulement bien faire, mais nous fait opérer soigneusement, fréquemment et promptement, alors il s'appelle dévotion. Les austruches ne volent jamais, les poules volent pesamment, toutes fois bassement et rarement ; mais les aigles, les colombes, les arondeles volent souvent, vislement et hautement: ainsi les pécheurs ne volent point en Dieu, ains font toutes leurs courses en la terre, et pour la terre. Les gens de bien, qui n'ont pas encores atteint la dévotion, volent en Dieu par leurs bonnes actions, mais rarement, lentement et pesamment; les personnes dévotes volent en Dieu, fréquemment, promptement, et hautement. Bref la dévotion n'est autre chose qu'une agilité et vivacité spirituelle, parle moyen de laquelle la charité fait ses actions en nous ou nous par elle promptement et affectionnement; et comme il appartient à la charité de nous faire généralement et universellement pratiquer tous les commandemens de Dieu, il appartient aussi à la dévotion de les nous faire faire promptement et diligemment. C'est pourquoy celuy qui n'observe tous les commandemens de Dieu ne peut estre estimé ny bon, ny dévot ; puis que, pour estre bon, il faut avoir la charité, et pour estre dévot il faut avoir, outre la charité, une grande vivacité et promptitude aux actions charitables...
Groyez-moy, chère Philothée, la dévotion est la douceur des douceurs et la royne des vertus, c'est la perfection de la charité. Si la charité est un laict, la de-
votion en est la cresme; si elle est une plante, la dévotion en est la fleur ; si elle est une pierre précieuse, la dévotion en est l'esclat ; si elle est un baume précieux, la dévotion en est l'odeur, et l'odeur de suavité, qui conforte les hommes et resjouït les Anges.
Dieu commanda en la création aux plantes de porter leurs fruicts chacune selon son genre; ainsi commandeil aux chrestiens, qui sont les plantes vivantes de son Eglise, qu'ils produisent les fruicts de dévotion, un chacun selon sa qualité et vocation. La dévotion doit estre différemment exercée par le gentilhomme, par l'artisan, par le valet, par le prince, par la vefve, par la fille, parla mariée: et non seulement cela; mais il faut accommoder la pratique de la dévotion aux forces, aux affaires et aux devoirs de chaque particulier...
C'est un erreur, ains une hérésie, de vouloir bannir la vie dévote de la compagnie des soldats, de la boutique des artisans, de la cour des princes, du ménage des gens mariez. Il est vray, Philothée, que la dévotion purement contemplative, monastique et religieuse, ne peut estre exercée en ces vocations là; mais aussi outre ces trois sortes de dévotion il y en a plusieurs autres propres à perfectionner ceux qui vivent èz estats séculiers Abraham, Isaac et Jacob, David, Job, Tobie, Sara et Rebecca et Judith en font foy par l'Ancien Testament ; et quant au nouveau, saint Joseph, Lydia et saint Crespin furent parfaictement dévots en leurs boutiques ; saincte Anne, saincte Marthe, saincte Monique, Aquila, Priscilla, en leurs ménages : Cornélius, saint Sebastien, saint Maurice, parmy les armes ; Constantin, Hélène, saintLouys, le bienheureux Amé^ saint Edouard, en leurs throsnes.
{Introduction à la vie dévote^ OEuvres, P" part., ch. I, II, m, édit. 1637.)
48i PROSATEURS DU XVI" SIÈCLE.
Saint François de Sales ne fait pas profession d'être écrivain ; il ne compose que pour se délasser de ses autres occupations plus sérieuses.
Quelques gens de marque de divers endroits m'ont adverty que certains livrets * ont esté publiez sous les seules premières lettres du nom de leurs autheurs, qui se treuvent lesmesmes avec ^ celles du mien; qui a fait estimer à quelques-uns que ce fussent besongnes sorties de ma main, non sans un peu de scandale de ceux qui cuidoient que je me fusse détraqué^ de ma simplicité pour enfler mon style de paroles pompeuses, mon discours de conceptions mondaines, et mes conceptions d'une éloquence altiere et bien empanachée'*. A cette cause, mon cher lecteur, je te diray que comme ceux qui gravent ou entaillent sur les pierres précieuses, ayant la veiie lassée à force de la tenir bandée sur les traits déliez de leurs ouvrages, tiennent tres-volontiers devant eux quelque belle émeraude, afin que, la regardant de temps en temps, ils puissent recréer en son verd et remettre en nature leurs yeux allangouris. De mesme en cette variété d'affaires que ma condition me donne incessamment, j'ay tousjours de petits projets de quelque traité de pieté que je regarde quand je puis, pour alléger et délasser mon esprit.
1 Petits livres. — ^ ï\ faudrait : /es mêmes que. — ^ Propreniciit détourné de la trace, de la voie, du prélixe c/ê, et du vieux mot iracque, trace. — '* Ravissante expression, et comme on n'en trouve pas dans Malherbe. Un écrivain de notre temps, appréciateur sagace de nos viiux auteurs, a dit : « Qu'il y ait dans tout ceci et dans la manière dont Villars le raconte un peu d'appareil, de mise en scène et d'air de filoire, qui en doute? Villars a le pa>uiclie comme naturel. » (SAiNTE-liKuvE, Mo/t., 10 uov. 1S5G.) — « Sou stjlo ydc Riclielieui ainio le panache, et ce panache ne lui messied pas, non plus qu':'i la nation qu'il conduit et qu'il représente. » [lu., ibid.y •Z\ juin. ISOG.)
SAIiNT FRANÇOIS DE SALES. 4S5
Mais je ne fay pas pourtant profession d'entre escrivain; car la pesanteur de mon esprit et la condition de ma vie exposée au service et à l'abord de plusieurs ne mo le sçauroient permettre. Pour cela j'ay donc fort peu escrit, et beaucoup moins mis en lumière.
(Préface du Traité de V amour de Dieu, édit. 1637.)
La charité brille d'un incomparable éclat.
Représentez-vous de belles colombes aux rayons du soleil, vous les verrez varier en autant de couleurs comme ^ vous diversifierez le biays duquel vous les regarderez; parce que leurs plumes sont si propres à recevoir la splendeur, que le soleil voulant mêler sa clarté avec leur pennage 2, il se fait une multitude de transparences, lesquelles produisent une grande variété de nuances et changemens de couleurs si agréables à voir qu'elles surpassent toutes couleurs et l'émail encor des plus belles pierreries, couleurs resplendissantes et si mignardement dorées, que leur or les rend plus vivement colorées ; car en cette considération le prophète royal disoit aux Israélites :
Quoy que l'afTection vous fane le visage, Vostre teint désormais se verra ressemblant Aux aisles d'un pigeon, où l'argent est tremblant. Et dont l'or brunissant rayonne ^ le pennage *.
Certes, l'Eglise est parée d'une variété excellente d'enseignemens, sermons, traictez et livres pieux, tous grandement beaux et aymables à la veiie, à cause du mélange admirable que le soleil de Justice fait des rayons de sa divine sagesse avec les langues des Pas-
* Comme, \w\xv suivant que. — * Plumage. — ^ Fait rayonner, fait briller. — * Ps. xvii, 14.
486 PROSATEURS DU XVi^ SIÈCLE.
teurs qui sont leurs plumes, et avec leurs plumes qui tiennent aussi quelques fois lieu de langues, et font le riche pennage de cette colombe mystique. Mais parmy toute la diversité des couleurs de la doctrine qu'elle publie, on découvre par tout le bel or de la saincte dilection qui se fait excellemment entrevoir, dorant de son lustre incomparable toute la science des Saincts, et la rehaussant au-dessus de toute science.
(Préface du Traité de Vamour de Dieu.)
L'âme humaine tend naturellement vers Dieu.
Bien que Testai de notre nature humaine ne soit pas maintenant doiié de la santé et droiture originelle que le premier homme avait en sa création, et qu'au contraire nous soyons grandement dépravez par le péché, si est-ce toutesfois que ' la saincte inclination d'aymer Dieu sur toutes choses nous est demeurée, comme aussi la lumière naturelle, par laquelle nous cognoissons que sa souveraine bonté est aymable sur toutes choses ; et n'est pas possible qu'un homme, pensant altenlivement en Dieu 2, voire mesme par le seul discours naturel, ne ressente un certain élans d'amour que la secrète inclination de nostre nature suscite au fonds du cœur, par lequel, à la première appréhension de ce premier et souverain object, la volonté est parvenue et se sent excitée à se complaire en iceluy.
Fntre les perdrix il arrive souvent que les unes dérobent les œufs des autres afin de les couver, soit pour^ l'avidité qu'elles ont d'estre mères, soit pour leur stu-
1 Toujours est-il que. — - On trouve au seizième siècle, et môme au dix-scplièmo, surtout dans sa première moitié, de fréquents exemples de penser en, ^owt penser à. — 'A cause do.
pidité qui leur fait mécognoistre leurs œufs propres. Et voicy chose estrange, mais neantmoins bien témoignée i; car le perdreau qui aura esté éclos et nourry sous les ailes d'une perdrix estrangere, au premier reclame 2 qu'il oyt de sa vraye mère qui avoit pondu l'œuf duquel il est procédé, il quitte la perdrix larronnesse, se rend à sa première mère, et se met à sa suite, par la correspondance qu'il a avec sa première origine, correspondance toutesfois qui ne paroissoit point, ains fut demeurée secrète, cachée, et comme dormante au fond de la nature, ju?ques à la rencontre de son object, que soudain excitée et comme réveillée, elle fait son coup, et pousse l'appétit du perdreau à son premier deuoir. lien est de mesme, Theotime, de nostre cœur; car quoy qu'il soit couvé, nourry et élevé emmy^ les choses corporelles, basses et transitoires, et par manière de dire, sous les aisles de la nature, neantmoins au premier regard qu'il jette en Dieu, à la cognoissance qu'il en reçoit, la naturelle et première inclination d'aymer Dieu, qui estoit comme assoupie et imperceptible, se reveille en un instant, et à l'impourveu * paroist comme une estincelle qui sort d'entre les cendres, laquelle, touchant nostre volonté, luy donne un élans de l'amour supresme, deu au souverain et premier principe de toutes choses.
[Traité de l'amour de Dieu, liv. I, chap. xvi, édit. 1637.)
Que nous n'avons pas naturellement le pouvoir d'aimer Dieu sur toutes choses.
Les aigles ont un grand cœur et beaucoup de force à
' Appu}-ée par beaucoup de témoignage.?. — ^Cri. — ^ An milieu de. — *A l'improviste.
i88 PROSATEURS DU XVI° SIÈCLE.
voler; elles ont néanmoins incomparablement plus de véuë que de vol, et estendent beaucoup plus viste et plus loin leur regard que leurs ailes : ainsi nos esprits, animés d'une saincte inclination naturelle envers la Divinité, ont bien plus de clarté en l'entendement, pour voir combien elle est aymable, que de force en la volonté pour l'aymer ; car le péché a beaucoup plus débilité la volonté humaine qu'il n'a offusqué l'entendement ; mais c'est pourtant contre la volonté qu'il excite principalement sa sédition et révolte; si que ^ la pauvre volonté desja toute infirme, estant agitée des continuels assauts que la concupiscence luy livre, ne peut faire un si grand progrez en l'amour divin, comme "^ la raison et inclination naturelle luy suggèrent qu'elle devoit faire.
{Traité de l'amour de Bien, liv. I, chap. xvii.)
Combien la -volonté humaine est faible par elle seule.
En somme, Theotime, notre chetive nature, navrée ^ par le péché, fait comme les palmiers que nous avons de deçà, qui font voirement certaines productions imparfaictes, et comme des essays de leurs fruicts ; mais de porter des dattes entières, meures et assaissonnees, cela est réservé pour des contrées plus chaudes. Car ainsi nostre cœur humain produit bien naturellement certains commencemens d'amour envers Dieu ; mais d'en tenir jusques à l'aymer sur toutes choses, qui est la vraye maturité de l'amour deufi cette suprême bonté, cela n'appartient qu'aux cœurs animez et assistez de la grâce céleste, et qui sont en Testât de la saincte cha-
1 Tollemcnt que. — 2 Que. — :i Blessée. Navrer pour blesser, au propre et au ligure, était très fréquent au seizième siècle.
rite; et ce petit amour imparfait, duquel la nature en elle mesme sent les élans, ce n'est qu'un certain vouloir sans vouloir, un vouloir qui voudroit, mais qui ne veut pas, un vouloir stérile, qui ne produit point de vrays effets, un vouloir paralytique, qui voit la piscine salutaire du sainct amour, mais qui n'a pas la force de s'y jetter: et enfin ce vouloir est un avorton de la bonne volonté, qui n'a pas la vie de la généreuse vigueur requise pour en effet préférer Dieu à toutes choses, dont l'Apostre parlant en la personne du pécheur, s'écrie : « Le vouloir est bien en moy, mais je ne trouve pas le moyen de l'accomplir ^ » {Traité de V amour de Dieu, ch. xvii.)
Comment Dieu sait tirer le bien du mal.
Encore que la divine Providence ait laissé en l'homme de grandes marques de sa sévérité parmy la grâce mesme de sa miséricorde, comme par exemple, la nécessité de mourir, les maladies, les travaux, la rébellion de la sensualité, si est-ce que la faveur céleste surnageant à tout cela, prend plaisir de convertir toutes ces misères au plus grand profit de ceux qui l'aiment, faisant naistre la patience sur les travaux, le mépris du monde sur la nécessité de mourir, et mille victoires sur la concupiscence. Et comme l'arc-en-ciel touchant l'espine Aspalathus ^, la rend plus odorante que les lys, aussi la rédemption de Nostre-Seigneur touchant nos misères, elle ^ les rend plus utiles et aimables que n'eut jamais esté l'innocence originelle.
{Traité de l'amour de Dieu, liv. II, ch. v.)
iRom. VII, 18. — * Abrisseau épineux, dont l'écorce et la racine fournissaient une huile odoriférante, bois de rose, espèce d'ébène. Lat. aspalathus, gr. àa-i),a9o;. — 3 Pléonasme.
La vallée de Chamonix.
Du Prieuré.
J'ay vu ces jours passés des monts espouvantables, tout couverts d'une glace espaisse de dix et douze piques de haut. Mais, ma chere fille, ne vous diray-jepas une chose qui en fait frissonner les entrailles de crainte, chose vraie ! Devant que nous fussions au pays des glaces, environ huit jours, un pauvre berger couroit çà et là sur les glaces pour recouvrer une vache qui s'estoit esgarée, et, ne prenant pas garde à sa course, il tomba dans une crevasse et fente de glace de douze piques de profondeur. On ne sçavoit ce qu'il estoit devenu, si son chapeau, qui à sa chute lui tomba de la teste, et s'arresta sur le bord de la fente, n'eust marqué le lieu où il estoit tombé. 0 Dieu ! un de ses voisins se fit dévaler avec une corde pour le chercher, et le trouva non seulement mort mais presque tout converti en glace ; et en cet estât, il crie qu'on le retire vivement, autrement qu'il mourra du gel. On le tira donc avec son mort entre les bras, lequel après il fit enterrer.
Quel aiguillon pour moy, ma chere fille ! ce pasteur qui court par des chemins si hasardeux pour une vache ; cette chute si terrible que l'ardeur de la poursuite luy cause, pendant qu'il regarde plutost oh est sa queste, et si elle a mis ses pieds que non pas luy-mesme oh il chemine ; ceste charité de voisin qui s'abisme luy-mesme pour oster son ami de l'abisme ! Ces glaces ne devroientelles pas dégeler de crainte ou brusler d'amour ? {Lettres, A M"° de Chantai.)
Abstrus, use, part., renfermé, ée. Abstrudo, usiim.
Accointuble, adj., sociable, de accointer, de à, et coint, sociable, poli, de cognitus, ital. co7ito, ami, connaissance.
Accourager (s'), v. réfl., s'encourager.
Aconcepvoir, v. a., atteindre.
Acquerre, v. a., acquérir.
Aculer, v. a., déraciner.
Adirer, v. a., égarer, perdre.
Encore usité en jurisp. B.
lat. adirare. Origine obscure.
Adjuger, v. a., juger, décider.
Adon, nom propre, Adonis.
Adonc, adv., alors. Employé quelquefois par archaïsme depuis le dix-septième siècle. De à et de donc, qu'on fait venir, mais non pas avec certitude, de tune.
Adresser, v. a., mettre dans le bon chemin, diriger, conduire. De à, et dresser, d'un verbe fictif(/î/'ec</are, rendre droit, de di reclus, droit.
Advenir, v. n., parvenir.
Affecté, ée, part, et adj., affectionné, dévoué, ée.
Affermer, v. a., affirmer.
Aguigner, v. a., lorgner, de à, et guigner, dont l'origine est inconime.
Ahenner, v. a., labourer. On disait aussi Ahaner, que le langage populaire et rustique a conservé dans quelques parties de la France.
De ah(m, grand effort, extrême fatigue, lequel probableraenta été formé d'une exclamation de lassitude , han !
Aigué (vin), vin mêlé d"eau.
lyaqua, qui avait fait aiguë.
Ains, adv., avant, mais plutôt, bien plus. De ante. Se disait encore au commencement du dix-septième siècle.
Aiîisin, adv., ainsi. Le bourguignon dit encore ansin, et le picard eiisin. De in et sic.
Ahingouri, adj., languissant.
Allouvi, part., affamé comme un loup. Ce mot s'est conservé aux environs de Paris, dans la Beauce, dans le Haut-Maine, dans le Poitou.
Animant, s. m., animal. Lat.
animans, antis.
Annuit, adv., aujourd'hui. Ce terme, avec diverses prononciations, est encore usité dans beaucoup de provinces.
Apert, adj., évident. D'apertus, ouvert.
Apotherapie, s. f., hygiène. Du gr. àïïoâepaTTEîa, guérison.
Appalir, V. n., pâlir.
Arabler, v. a., voler, rafler.
Ital. arraffcwe, arrafiare; de VaWem. raff'en, enlever, dan.
rafle, du même radical que le latin rapere.
ArhorUer, v. n., soigner et tailler les arbres.
Arondelle, s. f. hirondelle. Au seizième siècle on disait aussi aro7ide,à.ér]\é régulier de hinidinem.
Arraisonner, v. a., adresser la parole. De ad, et ratiocinari, raisonner.
Arsoir, adv., hier au soir. Ancien français, er, ar, hier, et soir.
Assécher, v. a., mettre à sec, dessécher.
Assembler, v. a., accumuler.
Proprement mettre ensemble, de ad et simul, ensemble ; le h épenthétique est appelé par le m.
Assenner, v. a., viser. De ad, et signare, faire signe.
Assommé, part., à bout, ad summum reductus.
Astripotent, adj., qui régit les astres. Astripotens.
Asture, loc, à cette heure.
Atant, adv., alors. De à et tant.
Atichement, s. m., ce qui attire et captive. Ane. fr. aticier et plus souvent enticier, exciter, enticement, excitation.
Aiimaire, s. m., coffre, armoire. Ancien français almaire, de armarium.
Avallcr, v. a., abaisser. De aval, en bas, lequel est formé de ci et val, mot à mot,
en suivant la pente de la
vallée.
Avestu, revêtu, part, de aves-
tir, de adveslire.
Avette, s. f., conservé en Ber-
ry, petite abeille.
Baer, beer,v. n., avoir la bouche béante, aspirer. Beare.
Barbelette, s. f., petite barbe.
Basteler, v. n., faire le sot, exécuter un travail vain, comme sont les jeux des bateleurs.
Baston, s. m., toute espèce d'arme défensive ou ofiTensive.
Bée, adj, f., gueule bée, gueule béante. Du verbe béer, syn.
de bayer, tenir la bouche ouverte.
Béquillon, s. m., petit bec.
Bt'siat, s. m., mot provençal, douillet, mignard.
Besson, s, m,, jumeau. Du baslat. bisso, onis, de bis, deux.
Bienveigner, v. a., faire un accueil bienveillant, saluer affectueusemenl. De bene et venii'e.
Bonteux, adj., bienveillant.
Bracquc, s. m., jeu de paume du faubourg Saint-.Marceau, ayant pour enseigne un chien braque.
Braver, v. n. et réfl., s'habiller avec luxe, faire le fier, l'important. Esp. bravear ;it. bravare.
Brcsc/icr, V, a., entamerpar une brèche, faire une broche à.
Bric, s. m., engin pour prendre les oiseaux.
Brode, adj., terme de mépris équivalant à lâche, cffé-
miné. 11 s'est conservé avec la mOme signification dans le Haut -Maine.
Caillet, s. m., filet à prendre les cailles.
Caillette, s. f., petite caille.
Camp, s. m., campagne. Lat., camims.
Cavipane, s. f., cloche. De campana, qui dans Isidore signifie plateau de balance.
Vraisemblablement , selon Litlré, le plateau de balance est ce qui, par assimilation d'ustensile métallique , a donné le nom à la cloche.
Caudelée, s. f., comme chaudelée, de chaudeau, boisson chaude.
Cauponiser, v. n., manger et boire. Dérivé de Crtwjjo, marchand en détail, aubergiste.
Cavillutiun, s. f., chicane. Du lat. cavillatio, de cavilla, bavardage vide, futile. Dérhé de cavus, creux, vide.
Celle,Y)Ton.ï., celte, De ecceilla.
Chef {un:itre h), mettre à exécution.
Chevalerie (art de), équitation.
Chevance, s. f., bien, richesse.
Dérivé de chef, qui a produit chcvir, venir à chef, venir à bout : selon les expressions de Littié, la chevance est ce dont ou vient à chef, ce qui sert, ce que l'on possède.
Chiche face, homme qui a la face d'un avare.
Civcuir, v. a., environner. Circumire.
Cocuye, s. m., le lampyre, qui fut la merveille du seizième siècle, et que les Indiens
des Antilles nommaient cocuyo.
Coffin, s. m., petit coffre. Conservé dans le Berry, dans la Normanflip,dansIa Picardie.
Lat., cophuius, gr., y.o'(f.tvo;,
Coiement, coyement, adv., tranquillement, doucement; de coi, O'ie, qui vient lui-même de quietus.
Concatener, v. a., enchaîner.
Concatenare.
Conche, s. f., fortune, ordre, arrangement, parure, équipage, ajustement. Ital., concia, disposition, arrangement.
Concion, s. f., discours. Lat., Concio.
Confus (en), loc. adv., confusément.
Contenclre, v. n., combattre, lutter. Lai., Coyitendere.
Coniends, contens, s. m., contestation, querelle. De co7itensum, sup. de conttndere.
Contreventer, v. a., faire prendre le vent.
Cordoiianier, s. m., cordonnier. Ane. fr., cordonan, cuir ainsi dit de la ville de Cordoue, où on le préparait.
Cotiniat, s. m., confiture de coings, autrefois condiynaCf codiynac, codignat, aujourd'hui, coiignac. De cotoncatum, dérivé de cotoncimi, qui appartient au coing.
Coup ù coup, d'un seul coup.
Coiippe de balance, plateau.
Courrail, s. m., verrou. Bas lat., Lorale, correlium ; breton, kouroul, kroul.
Courtiourner, v. n., tourner court, voiler.
Coustelette, s. f., dimin. de côte, côtelette.
Crespelu, adj., dimin. de crépu.
Crespement, adv., par boucles.
€uer {bas), le bas du chœur.
Le haut du choeur est réservé aux chanoines, le bas aux chantres, . eiifants de chœur, etc. Etre du bas chœur, c'est être un petit personnage, de peu d'importance.
Guider, cuyder, v. a., penser, croire; subst., croyance. De cogitare, de cum, avec, et ugitare,
Damoiselet, adj., dinainulif de damoisel, damoiseau, de dominicellus, dimin, de dominus, seigneur.
Bavant, adv., devant.
Debteur, s. m., débiteur.
Decalogique, adj., du Décalogue.
Dechasser, v. a., chasser.
Decourir, v. n., courir çà et là.
Decours, s. m., courant.
Déduire, v. a., composer. Lat., deducere.
Dehacher, v, a., frapper à coups de hache.
Demcurance, s. f., demeure.
On dit encore dans le Berry demeurance, demonrance. Du lat. demo/'art, arrêter, retarder.
Deneantise, s. f., néant.
JDeportement, s. m., manière de se conduire en général.
Despcscher , v. a., expédier, préparer activement; détruire. Du bas lat. dispcdtcarc, de pcdica, pié,i,'e.
Dcspit, lie, adj., qui est tou-
jours de mauvaise humeur.
Du lat. despectus, de despicere, regarder de haut en bas, mépriser.
Despiter, v. a., mépriser.
Desporter fse), v. réfl., se récréer ; — cesser.
Despris, détaché. Participe passé de desprendre.
Despumer, v. a., répandre comme une écume. Lat., despumare, de de, et spuma, écume.
Desseigner, v. n., former le dessein de. Du lat. designare, de la prép. de, et signum, marque.
Desserrer, v. a., biisser échapper. De de', préfixe, el serrer :
ilal., disserrare.
Desserte, s. f., ce dont on est digne, ce qu'on mérite; de dcsservire, mériter.
Dcsultoire, adj. Cheval iesultoire, cheval d'un voltigeur, d'un desultor. Les Lalins appelaient desultor le cavalier qui sautait d'un cheval sur un autre.
Détenir, v. a., relanir, fixer.
Détraquer, v. a., délourner de la trace, de la voie ; du préfixe dé, eltracque, (race.
Diflluer, V. n., se répandre.
Lat., Diffluere.
Dilucule, s. m., au dllucule et crépuscule, soir et maliir Lat., Diluculum, de dituceo.
Dolent, adj., alliislé. Dolens.
Uond, adv., d'où. De de, et unde.
Dont, conj., à cause que.
Doiix-flcurant, adj., qui exhale une douce odeur.
Drapeau, s. m., diminutif de drajj, morceau de Inile.
Droictcincnt, adv., tout juste.
GLOFSAIRE.
Eglantin, s. m., églantier.
Eheni ' interj., aujourd. hem !
Einbvt, s. m., entonnoir. C(\- \a].,cmlnt: cspngn.,em6wrfo; ital., imbuto ; du lat. m, en, et liitis. tonneau.
Emmy, adv., au milieu de. De en, et my, mi, médius.
Empoisomievesse, adj. f., qui empoisonne.
Ewprcivh'c, V. a., entreprendre. De en, et prendre.
Emx>riiùnnene, s. f., emprisonnement.
Enclaver, v. a., enfiler.
Engarder, enguardcr, v. a., empêcher. De en, et garder.
Engravcr, v. a., syn. de graver.
Enqiierre, v., enquérir. Sans plus d'cnqiterre, sans plus d'enquête, sans autre forme de procès.
Enqufster, v. a., rechercher.
Enquêter ne s'emploie plus que comme verbe réfléchi.
EnsemLîement, adv., ensemble.
Ensepidturer, v. a. ensevelir, mettre dans la sépulture.
Ente, s. f., lerme générique pour designer toute sorte d'arbres. Du gr. £{>.(j)utcv^ implanté.
Entr'adviser (s'), v. réfl., s'entre-apercevoir.
Entrecesse, s. f., discontinuacion. De entre, et cesser.
Equahle, adj., égal. J^quabilis.
Escache, s. f.^ mors, ensemble des pièces qui servent à brider un cheval. De l'espagn., cacho, serré, pressé; ital., quatto; prov., quait ; sarde, catture, aplatir en serrant ; le tout venant du par-
ticipe latin coactus, serrée pressé.
Escartz, part, pi., écartés.
Escoider,\. n., amaigrir. Proprement s'écouler.
Esciuiadx, s. m. pi., écureuils.
Esfoiré, adj., sans force.
Esgail, s. m., comme aiguail, rosée du matin, du v. fr., aiguë, egue, eau.
Esjaniber, v. a., enjamber, franchir.
Esjoidssance, s. f. , réjouissance.
Eslargir (s'), v. réfl., prendre le large.
Eslourdir, v. a., alourdir, accabler.
Espandre, v. a., répandre. Du lat. expandere, de ex, etpandere, déployer.
Espardre, v. a., disperser. De spurgere, répandre, jeter çà et là.
Estape, s. f., pieu, étai. De l'allem. Stab, bâton.
Este, pron. démonstr. f., celte.
Ista.
Ester, V . n . , être debout. Stare.
EstL'Urbillon, s. m., tourbillon.
Esirange, adj., étranger. Extraneus.
Eslriver, v. n., se quereller, se battre. Angl., tostrive;àe l'anc. haut allem . strit, combat.
Estroiet, s. m., détroit. C'est Tadjectif étroit, de strictus pris substantivement. Dé trod était aussi, à l'origine, un adjectif formé de districlus.
Estudie, s. f., é{\iàe.Studiim.
Exhavste, adj. f., épuisée. £a;hausta.
Explaner, v. a., expliquer.
PROSATEURS DU XVf SIÈCLE.
exposer, éclaircir, développer, interpréter. Éxplanare.
Faction, s. f., action d'éclat, beau fait. Lat., factionem, pouvoir de f dre.
Famltatule, !>. f., petite faculté. Facultatula est empl lyé par saint Jérôme pour signifier faibles moyens.
Fabrique, s. f., pris dans le sens du latin fabrica, qui signifiait toute espèce de tratravail d'art, de construction, etc.
Faillon, s, m., fils, en patois lorrain.
Fallace, s. f. , tromperie, ruse.
Fallacia.
Fanfarer, v. n., se pavaner. De l'anc. espagn. fanfa, vanterie.
Finablement, adv., finalement.
Finer, v. n., venir à bout, exécuter, trouver. C'est une autre forme de finir.
Fiscelle , s. f. , petit panier tressé de jonc ou d'osier.
Fiscella.
Flageol, s. m., flageolet, dimin. de flùle. Provenç., espagn. et portug., flaula ; ital., flauto.
Flamber, v. n., briller comme la Ilamme.
Flouriture, s. f., fleur. liai., fioritura, de fiorire, fleurir.
Fonde, s. f., fronde. Funda.
Frontal, s. m., ornement de front, bandeau ; remède appliqué sur le front.
Gaignage, s. m., terro labou-
rée et ensemencée. Gagnage n''a pas complètement disparu de la langue. Dans les pays wallons on dit encore wanage pour signific-r labourage et produit de la culture. De gagner, dont le premier sens a été paîu-e.
Galantement, adv., galamment.
Gallée, s. f., ancien nom des bâtiments de guerre nommés plus tard galères. Baslat., galea, galcia; bas grec,
Gasconnas, s. m., patois de Gascogne.
Gaudir, v. a., se moquer de. Ne s'emploie plus que comme réfléchi. De gatidere.
Gaudisserie, s. f., plaisanterie, moquerie, chose ridicule.
Gaudissenr, s. m., railleur, celui qui se moque.
Gemme, s. f., pierre précieuse.
Gemma.
Gens, gent, poli, ancien adjectif, d'oîi le moderne gentil, formé, comme le substantif gent, de genitiis. Etre gens, gent, signifie , au propre être bien né.
Gobeau, s. m., morceau. Ce mot est d'origine cellique ; le gaélique et l'irlandais ont gob, bouche, bec.
Graver, v. a., gravir, grimper sur. Mot d'origine incertaine.
Grégeois, Oise, adj., grec, grecque.
Gaalentir, v. a., fortifier.
Guenonne,%. f., guenon.
Guerdon, s. m., récompense.
Bas lat., ivilcrclonum, de l'anc. haut allem. nidarlùn; formé de widar, en retour, contre, et lùn, récompensej
Diez remarque que Je lat.
donum, don, a influé sur la forme de ce mot.
Guogue, s. f., ventre. On a employé gogon dans le sens de bombance, et goguer, dans le sens de se gausser.
Habituer, v. a., habiter.
Haidtelissier, s. m., tapissier de haute lisse.
Haultement, adv., à haute voix.
Haiitesse, s. f., hauteur.
Hayneux, adj., ennemi, qui a de la haine contre quelqu'un.
HerissoJiner, v. a., hérisser.
Heronniére, adj. f., de héron.
Herselé, part., harcelé, poussé.
Heure, adj., heureux.
Hillot, s. m., dimin. gascon de fils, pour signifier un petit valet, surtout dans un sens favorable. Ou disait aussi Hillotin.
Icelle, pron. démonstr., cellelà, féminin de icelui, qui est formé de ecceillius, tandis que icelle vient de ecce illa.
Igné, adj., de feu. Igneus.
lllec, adv., là. Du latin illic.
Impourveii { à V), loc. adv., à l'improviste.
Incestement, adv., incestueusement.
Insulé, adj. tout entouré d'eau, formant de petites îles. De insula, île.
Intemperé, adj., dérangé. Intemperatus.
Intention, s. f., tension, applica
tion. De intendere, intensum.
Isnel, adj., prompt. Ce mot est d'origine germanique : ancienhaut-allem., saxon, holland., snel; allem. mod., schnell; suéd. ,snœl, snel; danois, snar. Ce mot a passé aussi dans l'ital. sous la forme snello.
Jà, adv., déjà.
Jeun, adj., à jeun. Jejunus.
Jolict, adj.. dimin. de joli, aimable, gracieux, joyeux.
Jourd'hui (Le), aujourd'hui, composé de quatre mots : le jour d'hui. Cette locution est pléonasmaiique, hui, de hodie, signifiant, à lui seul, le jour présent.
Joyeulx du roy, bouffon.
Lanternois, pays de pure fantaisie.
Lasseté, s. f., lassitude.
Lassus, adv., là en haut. De là, et sus, forme ancienne de sur.
Latial, adj., latin, Latialis.
Lionneusement, adv., à la manière d'un lion.
Lourderie, s. f., chose lourde et grossière.
Louschet, s. m., fine étoffe de laine.
Louveter, v. n., mettre au monde un loup.
Luné, part.., en forme de lune.
Madourrez, s. m., gens grossiers, maroufles. On ne con-
PROSATEURS DU XVi^ SIÈCLE.
naît pas l'origine de ce mot que Ménage fait venir de maie dolatus, mal dégrossi.
Mais que, loc. conj., à moins que, avant que.
Majeur, s, m., ancêtre ; comme le latin major, majores.
Manque, adj. f., défectueuse, du lat. manc.us, dont le premier sens est manchot.
Manouvrier, s. m., celui qui fait de ses mains ; de main et œuvre.
Manutention, s. f., mainlien, conservation.
Marcou, s. m., gros chat mâle.
C'était d'abord un nom propre, de Marculfus, comme Rou, de Raoul.
Marrochon, s. m.,houe,hoyau.
Dérivé de marre, pelle large et courbée, et nom de la houe des vignerons dans quelques parties de la France. Du lat. marra.
Marswpie, s. f., bourse. Marsupium.
Martirer, v. a., martyriser.
Matouard, s. m., gros matou, gros chat mâle.
Malutinal, adj., matinal.
Maugré, prép., malgré.
Maugrebieu, juron, deinaiigré, malgré, avec la terminaison bicu, Dieu.
Maupiteux, adj., impitoyable, sans pitié. Du vieux franc.
mau, mal, et piteux.
Menaceux, cuse, adj., qui menace toujours.
Meshuy,7ncsui,nà\.,àésoTmais, tout de suite, depuis longtemps. Do la particule mf s, et àehiuj, ftui, ui, aujourd'hui.
Mesmcment, adv., surtout.
Mignoter,\'. a., rendre mignon, gentil.
Mineux, euse, adj., qui fait des mines.
MiraiUier, s. m., miroitier.
Mise, s. f., dépense.
Miserieors, adj., miséricordieux. Lat. miserieors.
Mitouard, s. m., mitou, minet.
Momon, s. m., masque en général, et en particulier, suivant Borel, une sorte de pelote que l'on portait dans les mascarades viotables, comme si c'eût été une grosse bourse enflée contenant des enjeux.
Montaignolle, s. f., diminutif de montagne.
Moi//", à"e, adj., qui fait mouvoir.
Motif, s. m., moteur, ce qui donne le branle.
Moussé, adj., moussu.
Mouver, v. a., mouvoir, exciter.
Muancc, s. f., changement.
Dérivé de mutans, participe présent de mutare.
Musequin, s. m., museau.
Musser, v. a., cacher. La plupart des parlers populaires ont conservé ce mot dont l'origine est inconnue.
Naue, nauf, s.f., nef, vaisseau.
Navis. Ne, nég., ni.
Nouer, v. a., traverser sur un
vaisseau, passer à la nage.
De nature.
Nuaux,s. m.pL, nuages.
Nuisance, s. f., action de nuire,
tout ce qui nuit.
Ohjmpicole, s. m., habitant de lUlympe. Olympicola.
Ombrage, s. m., ombre. Cette signification vieillie se rencontre quelquefois au dixseptième siècle.
Oppigncve}', v. a., mettre en gage. Oppignerare, de oh, et piginis, oris, gage.
Oppiigner, v. a., assiéger. Oppiignarc.
Opter, \. a., souhaiter. Optare.
0)', orc, ores, adv., maintenant, tantôt. Du lat. hora, heure, comme l'ital. or, ora.
Ost, s. f., armée. Du lat. hos- Us, ennemi, qui se trouve déjà avec le sens d'armée dans les lois barbares.
Otieiix, adj., oisif. Otiosus.
Pagine, s. f., page. Pagina.
Palatin, adj., de palais. Palatiniis.
Palis, pahjs, s. m., poteau, palissade.
Paravant, adv., auparavant.
Parfaire, v. a., rendre parfait.
Parfin {à la), loc. adv., tout à la fin.
Parfond, s. m., profond, fond.
Parfournir, v. a., achever, accomplir. Par, en composition, exprime souvent l'idée d'entièrement.
Parquoy, formule de conclusion, c'est pourquoi, donc.
Partir, v. a., partager: neut., se partager^ se fendre. P«rtiri.
Parts, s. f. pi., comme le latin partes, qualités, mérites.
Passe fillo7iné, adj., dont les cheveux sonten passe-fîllon, frisés au fer.
Passeron, s. m., passereau.
Past, s. m., repas. Pastus.
Pel, s. f., Peau. Pellis.
Pcrscr, ^our percer, Y. a., franchir.
Pertinent, ente, adj., qui emploie toujours les expressions propres. De pertinens.
Phrasesqiie, adj., phrasier.
Pieça, loc. adv., depuis quelque temps. C'est-à-dire pièce a, pièce il y a; pièce, morceau, s'étant employé pour designer un espace de temps.
Pigne, pygne, s. m., peigne.
Pistolle, s. f., pistolet. De Pistoie, ville où l'on a fabriqué un court poignard dit pistolesc, nom passé ensuite à la petite arquebuse.
Plaid, s. m., plaidoirie.
Plaidiresqiie, adj., propre aux plaideurs.
Plantaige, s. m., plante, plantation.
Poindre, v. a., piquer. Pungere.
Poisant, adj., pesant. De poids.
Foitrir, v. a., pétrir. Bas lat., pistrire, du lat. pistwn, supin de pinsere, piler.
Popisme, s. m., sifflement.
Fossible, adv., peut-être.
Pûsson, s. m., petit pot. C'est le même que le mot moderne poisson, petite mesure de liquides.
Pûuldre, s. f., poussière. Lat., pidverem.
Poure, adj. et s., pauvre.
Poiirsuyr, v. a., poursuivre.
Pourtant, adv., c'est pourquoi.
Prédit, part., qui a été dit, nommé avant. Prxdictus.
Prescrit, s. m., ordonnance, Praescriptum.
Prinson, s. m., prison. Du lat.
prehensionein, prise, ûe prehendere, qui a formé notre vao[ prendre.
PROSATEURS DU XVl^ SIÈCLE.
Procédure, s. f., procédé.
Procez, s. m,, procédé.
Procliteur, s. m., traître. Mot tout latin. Be proditor.
Profonder, v. a., approfondir.
Prou, adv., beaucoup, dej^roie, bien. A été employé par plusieurs de nos classiques.
Prouvoiance, s. f., prévoyance.
Proxime, s. m., prochain. De proximus.
Quadrlvies, s. m. pi., places et carrefours. De quadrivium {quatuor vicie), lieu ■ ù aboutissent quatre chemins, carrefour.
Quant et quant, loc, en môme temps. De quantum.
Queruleux, adj., plaintif. Dérivé de querulus.
Rabiller, pour rhabiller, v. a., remettre en état, réparer ou armer.
Ragas, s. m., mot provençal qui signifie proprement chassemulet, valet de meunier.
Pamage, adj., qui vit dans les arbres, dans les ramages.
Ramagcr, ère, adj., qui chante dans les ramages.
Rateusement, adv., à la manière d'un rat.
Rchouttr, V. a,, repousser. Étymologiquemenl, c'est le mô.ne mot que rebuter, de re, et bouter : bouler arrière.
Bouter vient du moyen allemand bùzen, heurter, frapper, repousser.
Pcehanter, v. n., résonner.
Réclame, s. m., cri d'appel.
Recoler, v. a., repasser, réciter. Lat., recolere, de re, et colère, cultiver.
Reeorder, v. a., rappeler. Recordari.
Recort, s. m., action de rappeler, de raconter. Recordatio.
Recouvrer, v. a., réparer. Rccuperare.
Rt'cueil, s. m., accueil.
Redarguer, v. a., reprendre, accuser. Redarguere.
Règne, s. m., royaume. Regnum.
Remide, s. m., remède.
Requeste, s. f., faveur. Du lat.
requisitus, pari, passé de requirere.
Requoy [à], loc, en repos. De re, et quoy, coy, eoi, tranquille.
Relournoyer,\. a., fairele tour de.
Retreindre, v. a., retenir. De restringere, resserrer.
Rhizotome, s. m., qui coupe ou qui recueille les racines. Gr.
pi^OTo'fJ.Oî.
Rimasser, v. n., rimer, rimailler.
Ruer, V. a., lancer, Ruerc.
Sacqueboutte. « Instrument de musique à vent, espèce de trompette barmonique différente de la militaire : on rallonge ou la raccourcit selon l'acuité ou la gravité des sons. Elle est ordinairement de huit pii'ds lorsqu'elle n'est point .lUoiigée ; mais, tirée de toute sa longueur, elle vajiisqu'à quinze pieds.»
(Ij'. Ducdat). — « La sacqueboutte était alors un iustra-
bOl
merit fort à la mode. C'est le trombone des Italiens, le posaunc des Allemands. En Normandie, on appelle saqucbute un petit canon de sureau avec lequel les petits enfants jettent de l'eau au nez des passants. Ce nom est le mèîne mot, et il a la même origine, sacquer et bout, on but, qui tire au but. » (Edit. Variorum de Rabelais )
Sacquer, v. a., tirer, frapper.
Dans l'ancienne langue on disait aussi, et plus souvent, sacher. Ce mot a une origine germanique : tudesque, zukkan, ziachan, ziuhan, tirer, retirer; anglo-sax., seogan; anc. allem., zukken; allera., ziehen, tirer, zucken, tirer l'épée. L'espagnol et le portugais en ont fait sacar.
Salvation, s.f., salut. Salvatio.
Sanglanter, v. a., ensanglanter.
Séance, s. f., convenance, aptitude. Formé de séant, participe de seoir, convenir.
Seigneuriser, v. a., traiter en seigneur.
Séjourner, v. a., reposer. Dans l'ancienne langue le substantif séjour avait souvent le sens de repos. D'un verbe fictif subdiurnare.
Sereine, s. f , sirène. Du lat.
sirena, qui succéda à siren, lequel vient de (iei?TiV, que l'on dérive du phénicien sir, chant.îl .jj
Sonner, v. a., faire résonner, chanter.
Sonneur, s. m., celui qui fait résonner un instrument de musique.
Souloir, V. n., avoir coutume.
Solei'c.
Sourian, s. m., chasseur de souris.
Souventcs fois, adv., souvent.
De souvent, pris adjectivement, et fois.
Spelunque, s. f . , caverne. Spelunca.
Surquenie, s. f., souquenille, long surtout en grosse toile.
Bas lat., soscania; bas gr., (ji'jxavîx. L'origine est inconnue.
Tabellaire, s. m., messager.
TabcUarius.
Tabour, s. m., tambour. Mot d'origine orientale. De l'arabe thanbour, guitare à long manche et à six cordes de métal, ou de thabal, timbale, tambour.
Tabourineur, s. m., joueur de tambourin.
Taisible, adj., secret, insensible. Du lat. tacibilis, de lacère.
Taies, s. m. pi., osselets. Lat., talus, dé oblong, rond de deux côtés, ayant quatre côtés marqués.
Tenner, v, a., fatiguer. C'est le mêoie mot que tanner, dont le sens premier est préparer les cuirs avec du tan.
Tenser, v. a., gronder, disputer. C'est le même que tancer, d'un type latin fictif ientiare, dérivé de tentas, part, passif de tencre.
Test, s. m., crâne. Lat. testum, couvercle, de même radical que testa, vase de terre cuite, et, plustard, par
assimilation, crâne, lêle.
Testifier, v. a., témoigner.
Theriacleur, triadeur, débitant de thériaque, marchand d'orviétan. Thériaque, au moyen âge triade, theriade, etc., vient du lat. theriaca, formé lui-môme du grec ôy,-
piay-y), SOUS-entendu àvrî^oTCç,
antidote contre les bêles m.alfaisantes, deôvp, bêle.
Tissvtier, s. m., tisserand. De tissu, participe passif de l'ancien verbe tistre, tisser.
Tuliir, toldre, v. a., enlever.
ToUere.
Tortfait, torfait, tortfet, torfet, tortfaid, etc., en un mot ou en deux mots, tort, dommage, préjudice.
Tortis, isse, adj., flexueux, euse. De tordre.
Tortu, ue, adj., tortueux, euse.
Toufjeau, toiiffllon, s. m., dimin. de touffe.
Tournemcnt, s. m., mouvement circulaire.
Tout («), loc, avec.
Traire, v. a., tracer. Proprement tirer, de trahere.
Trajedaire, s. m., faiseur de tours. liai, trajcttare. Dérivé du latin trans, au-delà, et jaeere, jecium, jeter.
Transfretcr, v. a., traverser.
De tru7is, el fretum, détroit, bras de mer.
Transnoer, v. a,, passer à la nage. De trans, el nocr, nager, naviguer. De natare.
Transpasser, v. a., traverser.
De trans e[ passer.
Trigone. File trigone, jeu où les j( uours étaient rangés Iriagonalenient.
Trister, v. a., attrister.
Truphcr, v. a., tromperc Mot d'origine incertaine.
Ulle, adj. f., quelque, llla. Vnguicule, s. f., diminutif d'ongle. Jjnguicula.
Vacquer, v. n., s'appliquera.
Lat., vacare.
Vom, adj.; les règnes vains, le royaume des ombres.
Val [à), loc, à bas, en bas. Ad xaVem.
Veey, adv., voici.
Tegder, v. a., donner la vie à, animer. Lat., xegetare, donner te mouvement à, augmenter, fortifier.
Ycrhocination, s. f., langue. De verhvm, parole.
Yerm, s. m., ver. Ital., verme.
Du lat. vermis.
Vertir, v. a., remuer. Vertere.
Yionder, v. n., fienter.
Viander, v. n., prendre sa nourriture. Il se dit encore dans le sens de pâturer, en parlant des cerfs et autres bêles fauves. De viande, formé lui-même du bas lat.
vivenda, ce qui sert à vivre.
Yilkmr, v. a., insulter. On disait dans l'ancienne langue vilainer. De vilain. Yilainer, villencr, c'est traiter comme un vilain.
Yitlotenr, s. m., qui s'amuse à la\ille au lieu de travailler, débauché, libertin. On disait plus souvent villotier, qui est encore usité dans quelques départements, notamment dans le Ilaut-Mainc, pour
désigner une personne qui prélere le séjour de la ville à celui de la campagne.
Vires, s. f. pi., forces. Lat. vires.
Virevolter, v. n., faire des tours et des retours. De virer, tourner, et voUer, terme d'escrime, changer de place pour éviter les coups de l'adversaire.
Vitupère, s. m., blâme, ce qui
mérite le blâme. De vituperare.
Voi-le-cy, loc. adv., le voici, mot à mot, vois-le ici.
Volontaire, adj., qui lait une chose très volontiers et avec empressement.
Vraybis, sorte de jurement, où bis est employé pour dis, qui, en gascon, signifie Dieu.
Vulgaire, s. m., langue vulgaire.