LA VIE CHAMPÊTRE
Mortel fortuné qui a fui loin de la ville! chaque frémissement de l’arbre agité par lé vent, chaque murmure du ruisseau, chaque caillou étincelant lui prêchent la vertu et la sagesse.
Chaque sombre bocage est pour lui un temple saint où la présence de son Dieu se fait sentir de plus près; chaque tertre de gazon est un autel où il s’agenouille devant le Très-Haut.
Le chant du rossignol 1 fait descendre le sommeil sur sa paupière; le doux ramage du rossignol l’éveille lorsque l’aimable aurore, brillant à travers les arbres, vient éclairer sa couche.
Alors il t’admire, ô mon Dieu ! dans la campagne dorée par les feux du matin*; il t’admire dans la magnificence croissante de ton précurseur, le soleil splendide; il t’admire dans le vermisseau et dans la branche couverte de bourgeons.
Il se repose sur le gazon qui ondoie au souffle de la brise, lorsque la fraîcheur commence à se répandre ou lorsqu’elle verse à grands flots sur les fleurs une onde salutaire ; il savoure* les exhalaisons des fleurs, il savoure les doux zéphirs du soir.