LA COURSE ALPESTRE
Sur un sentier étroit et rocailleux, à travers le réseau sauvage des plantes rampantes^ le voyageur monte d’un pas chancelant jusqu’au haut de la montagne couverte de pins. Comme il tremblo le pont jeté sur le torrent qui coule avec fracas et entraîne rapidement dans l’abtme les arbres et le3 fragments de rochers !
Maintenant la nuit fuit les hauteurs : illuminée par les rayons du soleil, une verdoyante et magiquo vallée s’étend jusqu’aux sommets couverts de neige. Ici, frissonnant de volupté, la muse -de Haller lui-mème resterait muette. Comme ce spectacle est grand ! comme il élève 1,’ûrup 1 Ici est l’Élysée 1
Ici, un éther plus pur 1 circule autour des bocages divins, et la lumière de l’aurore se répand avec un éclat plus pourpré sur la verdure brillante ; ici, la liberté habite dans les chaumières auprès de la pieuse simplicité, et le sentiment de la force est la récompense des mœurs de l’âge d’or.
Ici, les troupeaux cheminent sur l'herbe fleurie en agitant leurs sonnettes, et de sa douce haleine la brise des montagnes répand des parfums dans les airs; ici, fleurissent la gentiano et l’anémone, et sur les soyeux lapis de gazon brille le carmin de la rose des Alpes.
Ici, l’âme plus forte déploie ses ailes * et croit planer bien haut, au-dessus de la terre, sa prison ; plus pure et plus libre, elle échappe au monde des sens, et déjà, dans une enveloppe aérienne, elle s’agenouille sur les rives du Léthé.
Mais, hélas 1 pareil aux images du dieu des songes, le charme s’évanouit, l’étroit sentier s’enfonce à travers les broussailles du rocher, et la pâle lumière du soleil couchant éclaire les sauvages débris de montagnes écroulées, semblables aux ruines d’un monde.
Sur le3 hauteurs où brille l’éclair, l’avalanche se précipite, et, dans la région des nuages, retentissent les cris rauques et formidables de l’aigle. Le grondement sourd du tonnerre, l’enfer mugissant dans les abîmes de l’Etna se fait entendre près de la source du torrent ; c’est le palais transparent du glacier * qui s’écroule avec fracas.
Ici, une clarté douteuse perce à peine de sombres gouffres où jamais une fleur n’a souri ; là, d’horribles abîmes recèlent l’antique nuit du chaos, et le sentier monte toujours et devient de plus en plus sauvage ; de pâles images de la mort semblent sortir de chaque crevasse de rocher.
A l’aspect de ces blocs de granit entassés qui courbent sur l’abîme leurs masses menaçantes, les froides horreurs du