‹ Morceaux choisis en prose et en vers des classiques allemandsChapitre 166 sur 249 · HYMNE DE LA TERRE · texte numérisé non relu

HYMNE DE LA TERRE

Non, ce n’est pas dans l'océan des mondes que je veux me plonger! je ne planerai pas dans ccs espaces où les premiers

êtres créés, les chœurs joyeux des enfants de la lumière adorent, adorent profondément et sont absorbés dans l’extase.

Une goutte d’eau échappée au bord du vase, la terre, voilà l’objet de ma contemplation, et j’adore. Alléluia 1 alléluia ! cette goutte d’eau coula aussi de la main du Tout-Puissant.

Lorsque de la main du Tout-Puissant s’échappèrent des mondes plus vastes, lorsque des torrents de lumière jaillirent et formèrent les sept pléiades, toi aussi, petite gonlle d’eau, tu coulas de la main du Tout-Puissant.

Lorsqu’un torrent de lumière jaillit et devint notre soleil, lorsque, semblable à l’avalanche descendue des rochers, les flots impétueux se précipitèrent du haut des nuages et formèrent la ceinture d’Orion; toi aussi, petite goutte d’eau, tu coulas de la main du Tout-Puissant.

Que sont ces millions et ces myriades d’êtres qui habitent et ont habité cette goutte d’eau? Que suis-je moi-même? Alléluia au Créateur ! Nous sommes plus que ces mondes qui s’échappèrent do scs mains, plus que les sept pléiades formées do torrents de lumière I

Mais toi, petit insecte printanier, brillant d’or et d’émeraudes, qui joues près de moi, tu vis, et peut-être, hélas! n’es-tu pas immortel I

Je suis sorti pour adorer, et je pleure. Pardonne, pardonne ces larmes à un être fini, ô toi qui seras?

Tu me délivreras de tous mes doutes, ô toi qui me conduiras à travers la sombre vallée de la mort. Alors j’apprendrai si le petit insecte doré avait une âme.

Si tu n’es que de la poussière façonnée, enfant de Mai, alors redeviens de la poussière qu’emporte le vent, ou ce qu’il plaira à l’Éternel !

O mes yeux, versez de nouveau des larmes de joie ! et toi, ma harpe, loue le Seigneur 1

Ma harpe est entourée de palmes nouvelles! je chante le Seigneur I me voilà debout ! Autour de moi, tout révèle sa puissance, tout est merveille I

Plein d’un profond respect, je contemple la création; car c’est toi, Être sans nom, qui en es l’auteur.

Vents qui soufflez autour de moi et qui répandez la fraîcheur sur mon visage brûlant, c’est le Seigneur, c’est l’Être infini qui Vous envoie.

- Maintenant ils se taisent, ils soupirent à peine. Le soleil du matin devient lourd et ardent: les nuages s’élèvent à l’horizon comme des vagues. 11 se montre, il vient ; c’est l'Éternel I

Voilà que les vent6 planent et tourbillonnent en mugissant. Comme la forêt s’incline 1 comme le torrent se gonfle 1 tu deviens visible autant que tu peux Pétre pour un mortel; oui, c’est toi qui deviens visible, Être infini 1

La forêt s’incline, le torrent fuit, et je ne tombe pas la face contre terre. Seigneur 1 Seigneur I Dieu de miséricorde et de grâce! toi dont je sens la présence, prends pitié de moi I

Te courrouces-tu, Seigneur, parce que la nuit est ton vêtement? Cette nuit est la bénédiction de la terre. O mon Père! tu ne te courrouces pas.

Elle vient répandre la fraîcheur et la vie sur l’épi nourrissant', sur la grappe qui réjouit le cœur. Tu ne te courrouces pas, ô mon Père !

Ah! que ne puis-je, 6 Seigneur, te louer comme je le devrais ! Toujours tu te révèles avec plus de magnificence; toujours la nuit qui t’environne devient plus sombre et plus riche de bénédictions ! Voyez-vous le témoin de sa présence, l’éclair qui sillonne la nue? entendez-vous le tonnerre de Jéhova? l’entendez-vous? entendez-vous le tonnerre formidable du Seigneur?

Seigneur! Seigneur! Dieu clément et miséricordieux! que ton saint nom soit loué et glorifié!

Et les vents de la tempête? ils portent le tonnerre! Comme

t . Fortifiant.

ils mugissent 1 Comme ils traversent la forêt de bruyantes rafales I Maintenant ils se taisent. Le noir nuage erre lentement.

Voyez -vous ce nouveau témoin de la présence du Seigneur, l’éclair jaillissant? Là-haut, dans les nuages, entendez-vous son tonnerre 1 II crie : Jéhova I Jéhova ! et la forêt broyée se couvre de vapeurs.

Mais hélas I notre chaumière 1 ? notre Père a ordonné au

ministre de sa vengeance d’épargner notre chaumière.

Ah ! déjà dans le ciel et sur la terre on entend bruire la pluie qu’il envoie dans sa bonté? l’ardente soif de la terre est apaisée, et le ciel a versé l’abondante bénédiction dont il était chargé.

Voyez 1 Jéhova no vient plus porté par les tempêtes; il arrive sur l’aile d’un doux et paisible zéphir, et sous lui se courbe l’arc de l’alliance!

Klopstock. , ■

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