IL FAUT S'ABSTENIR DE JUGER
En toutes choses jugez le moins que vous pourrez. C'est une voie2 bien simple que de retrancher
1 On se mire dans ses pensées. Celte expression qui peint merveilleusement le travers dont il est question, est ellemême heureusement préparée par la comparaison précé» dente, elle la continue.
' Voie, manière d'agir.
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toute décision qui ne nous est pas nécessaire. Ce n'est pas une irrésolution; c'est une défiance simple et un détachement pratique de notre propre sens, qui s'étend à tout, môme aux choses les plus communes. Alors on croit ce qu'il faut croire, et on agit selon le besoin, avec une détermination simple et sans confiance en soi par réflexion. Hors du besoin on ne juge point, et on laisse passer devant ses yeux toutes les apparences et les raisons de croire ; mais on est si vide de soi et de son propre sens, qu'on est toujours prêt à recevoir d' autrui, à croire qu'on se trompe, et à revenir sur ses pas en petit enfant que sa mère ramène par la main. [Correspondance.)
Dès qu'il paraît que la raison des enfants iait quelque progrès, il faut se servir de cette expérience pour les prémunir contre la présomption. Vous voyez, direz-vous, que vous êtes plus raisonnable maintenant que vous ne Tétiez Tannée passée; dans un an, vous verrez encore des choses que vous n'êtes pas capable de voir aujourd'hui. Si, Tannée passée, vous aviez voulu juger des choses que vous savez maintenant, et que vous ignoriez alors, vous en auriez mal jugé. Vous auriez eu grand tort de prétendre savoir ce qui était au-delà de votre portée. 11 en est de même aujourd'hui des choses qui vous restent à connaître: vous verrez un joui combien vos jugements présents sont imparfaits. Cependant liez-vous aux conseils des personnes qui jugent comme vous jugerez vousmême, quand vous aurez leur âge et leur expérience. (Education des fdles.)
1 t 7 CJL9QW1 f.
Qu'est-iî donc arrivé de funeste à Mélanthe * 1 Rien an-dehors, tout an-dedans. Ses affaire? vont à souhait : tout le moi he à lai plaire.
Quoi donc? c'est que sa rate famé*, 11 se amena hier .- « du g-enre humain4: ce matin on
\ pour lui, il faut le cacher*. En vaut, le pli d'un chausson lui a déplu * ; toute la journée sera or g e1 tout le mon.:
frira. 11 fait peur, il fait pitié : il pleure comme un enfant, il rugit commeunlion. I on* maligne
et farouche trouble et noircit son imagination.
. e son écri 1 oi re harhou i 1 1 1 Yalle.7 pas lui parler d< qu'il aimait le
mieux il n\ a qu'un moment: par la raison qu'il e les saurait plus souffrir. Les parssemenl qu'il a tant désirées lui deviennent ennuyeuses, il faut les rompre. 11 cherche à contredire, a se plaindre, à piquer les aut:.
homme rempli de fantaisie* bizarres :
paraît]
5 Mr.lant.ht> nom fictif, qui a 1 humeur noire, du prec
urne, la rate est un viscère mou situé au coté,
-gsnnbe du corps de l'homme, entre lestomar et les fausses
. ... attribue une crande influence sur l'humeur ei
. ; drhnrj àv ornrr humain. Hyperbole mable et aimé de tous ceux qui l'approehent.
'.-- "rait plein de Mvacilé et d'exprès-
pli <Tvi> rhnuKKPit lui a déplu. Pour mieuv faire a bi?.arrerie ridirule de ce caractère. Fénelon choisit l'accident le plus futile «l le plus déraisonnable.
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s'irrite de voir qu'Us ne veillent point se fâcher1 Souvent il porte ses coup- en l'air, comme un taureau furieux, qui, de ses cornes aiguibattre contre les vents. Quand il manque de prétexte pour attaquer les autres, il se tourne contr • lui-même : il se blâme, il ne se trouve bon à rien ,1 se décourage; il trouve fort mauvais veuille le consoler. 11 veut être seul, et ne peu supporter la solitude. Il revient à la compagnie, et s'aigrit contre elle. On se tait; ce silence a:' boqne. On parle tout l>as ; il s'imagine 'est contre lui. On parle tout haut: il trouve [u'on parle trop, et qu'on est trop gai pendant ju'il est triste. On est triste; cette trisfl rait un reproche de ses fautes. On rit; il soupçonne qu'on se moque de lui. Que faire'' nissi ferme et aussi patient qu'il est insupportable, et attendre en paix qu'il revienne demain sage qu'il était hier. Cette humeur étrange s'en :nme elle vient. Quand elle prend, on dirait que c'est un ressort de machine qui se démonte toui-ù-coup : il est comme on dépeint les i de.- ; sa raison est comme à l'envers; c'est la déraison elle-même en personne. Poussez-le2, vous lui ferez dire en plein jour qu'il est nuit; car il n'y a plus ni jour ni nuit pour une tète démontée par caprice. Quelquefois il ne peut s'empêcher d'être étonné de son excès et de se^ fougues. Maigre son chagrin, il sourit des paroles extravagantes qui lui ont échappé. Mais quel moyen de prévoir ces orages, et de conjurer la tempête? 11 n'y en a
1 Qu'ils ne veulent point te fdcher. C'est en effet là la terme extrême de celle humeur contrariante. 1 Poussei-le, par la contradiction.
aucun; point de bons almanachs pour prédire ce mauvais temps1. Gardez-vous bien dédire: Demain nous irons nous divertir dans un tel jardin; l'homme d'aujourd'hui ne sera point celui de demain; celui qui vous promet maintenant disparaîtra tantôt : vous ne saurez plus où le prendre pour le faire souvenir de sa parole; en sa place, vous trouverez un je ne sais quoi qui n'a ni forme ni nom2, qui n'en peut avoir, et que vous ne sauriez définir deux instants de suite de la même manière. Etudiez-le bien, puis dites-en tout ce qu'il vous plaira: il ne sera plus vrai le moment d'après que vous l'aurez jit. Ce je ne sais quoi veut et ne veut pas; il menace, il tremble : il mêle des hauteurs ridicules avec des bassesses indignes. Il pleure, il rit, il badine, il est furieux. Dans sa fureur la plus bizarre et la plus insensée, il est plaisant, éloquent, subtil, plein de tours nouveaux, quoiqu'il ne lui reste pas seulement une ombre de raison. Prenez bien garde de ne lui rien dire qui ne soit juste, précis et exactement raisonnable : il saurait bien en prendre avantage, et vous donner adroitement le change; il passerait d'abord de son tort au vôtre, et deviendrait raisonnable pour le seul plaisir de vous convaincre que vous ne l'êtes pas. C'est un rien qui l'a fait monter jusques aux nues ; mais ce rien qu'est-il devenu? il s'est perdu dans la mêlée; il n'en est plus question : il ne sait plus
1 Point de bons almanachs pour prédire, etc. Comparaison et antithèse heureuses.
a Un je ne sais quoi. Bossuet a employé la même expression pour une idée bien plus grave et plus élevée: voyez i'oraison funèbre de la duchesse d'Orléans.
ce qui l'a fâché, il sait seulement qu'il se fàchc et qu'il veut se fâcher; encore même ne le saitil pas toujours. Il s'imagine souvent que tous ceux qui lui parlent sonl emportés, et que c'est
lui ^ui se modère; comme un homme qui a la jaunisse croit que loti:) ceux qu'il voit sont jaune.-, quoique le jaune ne soit que dans ses yeux. Mais peut-être qu'il épargnera certaines personnes auxquelles il doit plus qu'aux autres, ou qu'il paraît aimer davantage. Mon ; sa bizarrerie ne connaît personne , elle se prend sans choix à tout ce qu'elle trouve ; le premier venu lui est bon pour se décharger; tout lui est égal, pourvu qu'il se fâche , il dirait des injures à tout le monde. 11 n'aime plus les gens, il n'en est point aimé; on ie persécute, on le trahit; il ne doit rien à qui que ce soit. Mais attendez un moment, voici une autre scène. Il a besoin de tout le monde ; il aime, on l'aime aussi; il flatte, il s'insinue, il ensorcelle tous ceux qui ne pouvaient plus le souffrir; il avoue son tort, il rit de ses bizarreries, il se contrefait ; et vous croiriez que c'est lui-même dans ses accès d'emportement, tant il se contrefait bien. Après cette comédie, jouée à ses propres dépens, vous croyez bien qu'au moins il ne fera plus le démoniaque1. Hélas! vous vous trompez : il le fera encore ce soir, pour s'en moquer demain sans se corriger2. [Opuscules divers.)