‹ Morceaux choisisChapitre 101 sur 530 · Règle : Il se faut entr'aider, p. 39, n · texte numérisé non relu

Règle : Il se faut entr'aider, p. 39, n

CHATEAUBRIAND

orgue vint frapper notre oreille, et les paroles du cantique Laudate Dominum, omnes génies*, sortirent du fond d'une église voisine; c'était alors l'octave du Saint-Sacrement. Nous ne saurions peindre l'émotion que nous causèrent ces chants religieux; nous crûmes ouïr une voix du ciel qui disait : « Chrétien sans foi, pourquoi perds-tu l'espérance ? Crois-tu donc que je change mes desseins comme les hommes; que j'abandonne parce que je punis? Loin d'accuser mes décrets, imite ces serviteurs fidèles qui bénissent les coups" de ma main jusque sous les débris où je les écrase 'J. »

Nous entrâmes dans l'église au moment où le prêtre donnait la bénédiction. De pauvres femmes, des vieillards, des enfants étaient prosternés. Nous nous précipitâmes sur la terre au milieu d'eux ; nos larmes coulaient ; nous dîmes, dans le secret de notre cœur : Pardonne, ô Seigneur, si nous avons murmuré en voyant la désolation de ton temple ; pardonne à notre raison ébranlée! L'homme n'est lui-même qu'un édifice tombé, qu'un débris du péché et de la mort : son amour tiède, sa foi chancelante, sa charité bornée, ses sentiments incomplets, ses pensées insuffisantes, son cœur brisé, tout chez lui n'est que ruines3. (Ibid. V, 3.)

Ruines des monuments chrétiens 4.

Le gothique, étant tout composé de vides, se décore ensuite plus aisément d'herbes et de fleurs que les pleins des ordres grecs. Les filets redoublés des pilastres5, les dômes découpés en feuillage ou creusés en forme de cueilloir6,

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