A Combourg déjà, il rêvait
d'Orient et de promenades avec la sylphide :
11 serait trop long de raconter...
comment nous franchissions les mers...
comment, au sommet de l'Himalaya, nous allions réveiller l'aurore; comment nous descendions les fleuves saints dont les vagues épandues entourent les pagodes aux boules d'or ; comment nous dormions aux rives du Gange, tandis que le bengali, perché pur le mât d'une nacelle de bambou, chantait sa barcarole indienne. {Mémoires, I, 153).
On sait l'importance de Vorientalisme pendant le romantisme.
5. Sa nourrice l'avait voué à Notre-Dame de Nazareth, patronne de Plancoët, et avait pro-
L'ITINÉRAIRE DB PARIS A JÉRUSALEM 201
s'étaient accrues, comme je n'avais jamais abusé de la vie, elle surabondait de la sève de mon intelligence, et l'art, triomphant dans ma nature, ajoutait aux inspirations du poète1. J'avais ce que les Pères de la Thébaïde2 appelaient des ascensions de cœur. Raphaël (qu'on pardonne au blasphème de la similitude), Raphaël3, devant la Transfiguration seulement ébauchée sur le chevalet, n'aurait pas été plus électrisé par «on chef-d'œuvre que je ne l'étais par cet Eudore et cette Cymodocée4, dont je ne savais pas encore le nom et dont j'entrevoyais l'image au travers d'une atmosphère d'amour et de gloire.
Ainsi le génie natif qui m'a tourmenté au berceau retourne quelquefois sur ses pas après m'avoir abandonné5; ainsi se renouvellent mes anciennes souffrances ; rien ne guérit en moi; si mes blessures se ferment instantanément, elles se rouvrent tout à coup comme celles des crucifix du moyen âge, qui saignent à l'anniversaire de la Passion. Je n'ai d'autres ressources, pour me soulager dans ces crises, que de donner un libre cours à la fièvre de ma pensée, de même qu'on se fait percer les veines quand le sang afllue au cœur ou monte à la tête. Mais de quoi parlé-je? O religion, où sont donc tes puissances, tes freins, tes baumes6? Est-ce que je n'écris pas toutes ces choses à d'innombrables années de l'heure7 où je donnais le jour à René? J'avais mille raisons pour me croire mort et je vis. C'est grand'pitié. (Mémoires d'Outre- Tombe, II, 485.)
mis que Pcnf an t porterai t le bleu et le blanc jusqu'à sept ans. A sept ans, Chateaubriand fut relevé de ce vœu dans la chapelle de Notre-Dame de Nazareth; on lui enleva ses habits blancs et le prieur lui fit un discours où il lui disait qu'il visiterait peutêtre un jour, dans la Palestine, cette Vierge de Nazareth. Chateaubriand, qui raconte la cérémonie (Mémoires, I, 37) ajoute :
« Depuis l'exhortation du bénédictin, j'ai toujours rêvé le pèlerinage de Jérusalem et j'ai fini par l'accomplir. »
1. Il préparait alors les Martyrs et il rêvait d'images pour son poème.
2. La Thébaïde, dans la Haute Egypte, désert où se retirèrent les solitaires chrétiens dans les
premiers siècles de notre ère.
3. Raphaël, le grand peintre italien (1483-1520). La toile de la Transfiguration qui représente un des épisodes de l'Evangile, (Jésus transfiguré sur le Thahor) est à Rome, au musée du Vatican.