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L'image est amusante et d'ailleurs exacte

LES ÉTUDES HISTORIQUES

et leurs jambes velues dans des tuyaux de cuir de chèvre1. [Sixième discours, Première partie.)

[Les Etudes historiques proprement dites finissent avec l'invasion des barbares. Mais Y Analyse raisonnée de l'histoire de France en est la suite et, de l'aveu même de Chateaubriand, c'est le même ouvrage avec un titre différent. Une première partie va de Clovis, ou plutôt Klovigh, jusqu'à Philippe VI de Valois. Elle passe en revue les rois, les institutions, les mœurs. Elle exp lique la féodalité, la chevalerie. Une seconde partie est consacrée à Philippe de Valois. Chateaubriand mêle les réflexions philosophiques et les tableaux : ]

Etrange té du moyen âge.

Le moyen âge offre un tableau bizarre, qui semble être le produit d'une imagination puissante, mais déréglée2. Dans l'antiquité, chaque nation sort pour ainsi dire de sa propre source. Un esprit primitif, qui pénètre tout et se fait sentir partout, rend homogènes les institutions et les mœurs. La société du moyen âge était composée des débris de mille autres sociétés ; la civilisation romaine, le paganisme même y avaient laissé des traces ; la religion chrétienne y apportait ses croyances et ses solennités ; les barbares franks3, goths, bourguignons, anglo-saxons, danois, normands retenaient les usages et le caractère propres à leurs races. Tous les genres de propriétés se mêlaient, toutes les espèces

4. Pour ces descriptions des Barbares, Chateaubriand, comme à l'ordinaire, a utilisé une foule de textes. Il cite en note, à propos des moindres détails, ses copieuses références, des passages d'Ammien Marcellin, Jornandès, Plutarque, Grégoire de Tours, Tacite, etc.

2. Dans son jugement sur le moyen âge, il mêle les éloges et les critiques. Il en dit du bien parce qu*il a contribué aie mettre à la mode, mais il fait des restrictions, parce qu'il trouve qu'on a trop abusé du gothique et que le romantisme s'est trop inspiré du moyen âge.

3. Franks est l'orthographe nouvelle, mise alors à la mode par les historiens, par ex. Au-

gustin Thierry. Si les Martyrs révélèrent à Thierry sa vocation historique (cf. p. 274, n. 2), Thierry, en revanche, par ses ouvrages, par ses articles de journaux, de 1817 à 1820 (devenus Dix ans d'études historiques), par ses Lettres sur VHistoire de France, publiées dans le Courrier français à partir de j uil let 1820, Thierry a fortement agi sur l'esprit de Chateaubriand qui l'admirait beaucoup ei qui a déclaré, en plus d'un endroit des Etudes historiques, s'appuyer sur son autorité. Dans la Vie de Rancé il l'appellera « notre maître à tous ». On lira dans les Mémoires d: 'Outre-Tombe (V, 546), une visite que Chateaubriand fît en 1832 à Augustin Thierry, retiré à Vesoul.

CHATEAUBRIAND

de lois se confondaient Toutes les formes de liberté et

de servitude se rencontraient : la liberté monarchique du roi, la liberté aristocratique du noble, la liberté individuelle du prêtre, la liberté collective des communes, la liberté privilégiée des villes, de la magistrature, des corps de métiers et des marchands, la liberté représentative de la nation, l'esclavage romain, le servage barbare, la servitude de l'aubain1. De là ces spectacles incohérents, ces usages qui se paraissent contredire, qui ne tiennent que par le lien de la religion2. On dirait des peuples divers n'ayant aucun rapport les uns avec les autres, étant seulement convenus de vivre sous un commun maître autour d'un même autel.

Jusque dans son apparence extérieure, la France offrait alors un tableau plus pittoresque et plus national qu'elle ne le présente aujourd'hui. Aux monuments nés de notre religion et de nos mœurs, nous avons substitué, par une déplorable affectation de l'architecture bâtarde romaine3, des monuments qui ne sont ni en harmonie avec notre ciel ni appropriés à nos besoins ; froide et servile copie, laquelle a porté le mensonge dans nos arts, comme le calque de la littérature latine a détruit dans notre littérature l'originalité du génie frank4. Ce n'était pas ainsi qu'imitait le moyen âge ; les esprits de ce temps-là admiraient aussi les Grecs et les Romains5 ; ils recherchaient et étudiaient leurs ouvrages ; mais au lieu de s'en laisser dominer, ils les maîtrisaient, les façonnaient à leur guise, les rendaient français et ajoutaient à leur beauté par cette métamorphose pleine de création et d'indépendance.

Les premières églises chrétiennes dans l'Occident ne furent que des temples retournés6 ; le culte païen était exté-

1. Vaubain est l'étranger, soumis pendant la. féodalité à une réglementation très rigoureuse.

2. La thèse fondamentale de l'ouvrage reparaît en plusieurs passages.

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