‹ Morceaux choisisChapitre 472 sur 530 · Anacréon, poète grec du 6e siècle avant notre ère · texte numérisé non relu

Anacréon, poète grec du 6e siècle avant notre ère

8. La célèbre chanson de l'hirondelle nous a été transmise avec plusieurs variantes. Chateaubriand, qui aimait beaucoup les hirondelles, se plaisait à lire, à traduire et à paraphraser les chansons grecques sur cet oiseau. Cf. R. Canat, La Renaissance de la Grèce antique de 1820 à i85o, pp. 4 et 21.

CHATEAUBRIAND

j verture de ta tourelle ; tu lui tenais compagnie chaque

\ année en automne, dans les roseaux de l'étang, quand tu

> rêvais le soir1. Elle aborda ton rocher natal le jour même \ que tu t'embarquais pour l'Amérique, et elle suivit quell que temps ta voile. Ma grand'mère nichait à la croisée de s Charlotte2 ; huit ans après, elle arriva à Jaffa avec toi ; tu i Tas remarqué dans ton Itinéraire3. Ma mère, en gazouillant \ à l'aurore, tomba un jour par la cheminée dans ton cabinet \ aux Affaires étrangères ; tu lui ouvris la fenêtre4. Ma mère

a eu plusieurs enfants ; moi qui te parle, je suis de son der-

S nier nid ; je t'ai déjà rencontré sur l'ancienne voie de Tivoli

> dans la campagne de Rome : t'en souviens-tu ? Mes plumes \ étaient si noires et si lustrées ! tu me regardas tristement5. | Veux-tu que nous nous envolions ensemble? »

— « Hélas ! ma chère hirondelle, qui sais si bien mon his-

\ toire, tu es extrêmement gentille; mais je suis un pauvre

s oiseau mué6, et mes plumes ne reviendront plus; je ne puis

\ donc m'envoler avec toi. Trop lourd de chagrins et d'an-

i nées, me porter te serait impossible. Et puis, où irions-

> nous ? Le printemps et les beaux climats ne sont plus de

> ma saison. A toi l'air et les amours, à moi la terre et l'isolej ment. Tu pars; que la rosée rafraîchisse tes ailes! Qu'une j vergue hospitalière se présente à ton vol fatigué, torque tu ï traverseras la mer d'Ionie ! Qu'un octobre serein te sauve < du naufrage ! Salue pour moi les oliviers d'Athènes et les j palmiers de Rosette7. Si je ne suis plus quand les fleurs te \ ramèneront, je t'invite à mon banquet funèbre : viens au \ soleil couchant happer des moucherons sur l'herbe de ma i tombe ; comme toi, j'ai aimé la liberté, et j'ai vécu de peu8. »

> (Mémoires d'Outre-Tombe, VI, 178.)

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