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La calle = la rue

LA VIE DE RETRAITE ET DE VOYAGES

mission auprès de Charles X. Il retourne donc à Prague. Parti le 20 septembre, il arrive le 26 près de Charles X; il en repart le 29 pour la France. Il arrive à la frontière le 4 octobre, fête de Saint-François, son patron ;]

Mes Saint-François diverses.

La Saint-François m'est, tous les ans, un jour d'examen de conscience. Je tourne mes regards vers le passé ; je me demande où j'étais, ce que je faisais à chaque anniversaire précédent. Cette année 1833, soumis1 à mes vagabondes destinées, la Saint-François me trouve errant. J'aperçois au bord du chemin une croix ; elle s'élève dans un bouquet d'arbres qui laissent tomber en silence, sur l'Homme-Dieu crucifié, quelques feuilles mortes. Vingt-sept ans en arrière, j'ai passé la Saint-François au pied du véritable Golgotha2.

Mon patron aussi3 visita le saint tombeau. François d'Assise, fondateur des ordres mendiants, fit faire, en vertu de cette institution, un pas considérable à l'Evangile, et qu'on n'a point assez remarqué : il acheva d'introduire le peuple dans la religion4 ; en revêtant le pauvre d'une robe

i. Soumis se rapporte à me qui est plus loin. Extension de la Règle : La fortune vient en dormant.

2.11 arriva à Jérusalem le 4 octobre 1806 et il fut reçu au couvent des Pères latins, dont le patron était saint François. Il alla prier devant le chœur de l'église du monastère, considérant comme un bonheur pour lui d'être arrive à pareil jour dans la Ville sainte. — Il aime d'ailleurs à signaler que beaucoup d'actes importants de sa vie ont été faits le 4 octobre. Il écrit au début des Mémoires d'Outre -Tombe :

« Ce 4 octobre 1811, anniversaire de ma fête et de mon entrée à Jérusalem, me tente à commencer l'histoire de ma vie. »

3. Saint François d'Assise (1182- 1226), se retira, à vingt-quatre ans, à un quart de lieue d'Assise, dans un endroit appelé Portiuncula, où était une vieille église appartenant aux Bénédictins. Il fit vœu de pauvreté et fonda en 1209 l'ordre de Saint François,

en 1221 le tiers-ordre. En 1219, il alla prêcher en Egypte et en Syrie. Le sultan, touché de sa foi, lui accorda la garde du Saint- Sépulcre, confiée depuis lors aux franciscains.

4. Chateaubriand a toujours rêvé un catholicisme démocratique. Il a dit, dans ses Mémoires : « Nul ne sera sauvé qu'il ne soit né, comme le Christ, sur la paille. » Il a écrit de son compatriote Lamennais :

Si, après avoir embrassé l'enseignement évangélique populaire, il fût resté attaché au sacerdoce, il aurait conservé l'autorité qu'ont détruite des variations. Les curés, les membres nouveaux du clergé (et les plus distingués d'entre ces lévites) allaient à lui ; les évêques se seraient trouvés engagés dans sa cause s'il eût adhéré aux libertés gallicanes, tout en vénérant le successeur de Saint Pierre et en défendant l'unité. En France, la jeunesse eût entouré le missionnaire en qui elle trouvait des idées qu'elle aime et les progrès auxquels elle aspire.

CHATEAUBRIAND

de moine, il força le monde à la charité, il releva le mendiant aux yeux du riche, et dans une milice chrétienne prolétaire il établit le modèle de cette fraternité des hommes que Jésus avait prêchée. . .

Mon patron étendait cette tendresse fraternelle aux animaux mêmes, sur lesquels il paraîtrait avoir reconquis par son innocence l'empire que l'homme exerçait sur eux avant sa chute; il leur parlait comme s'ils l'eussent entendu; il leur donnait le nom de frères et de sœurs. Près de Baveno *, comme il passait, une multitude d'oiseaux s'assemblèrent autour de lui ; il les salua et leur dit : « Mes frères ailés, aimez et louez Dieu, car il vous a vêtus de plumes et vous a donné le pouvoir de voler dans le ciel »... Une cigale habitait une branche de figuier, près de sa porteàlaPortiuncule2; il l'appelait ; elle venait se reposer sur sa main et il lui disait : « Ma sœur la cigale, chante le Dieu ton créateur ». Il en usa de même avec un rossignol et fut vaincu aux concerts par l'oiseau qu'il bénit, et qui s'envola après sa victoire. Il était obligé de faire reporter au loin dans les bois les petits animaux sauvages qui accouraient à lui et cherchaient un abri dans son sein3

J'ai reçu de mon patron la pauvreté, l'amour des petits et des humbles, la compassion pour les animaux ; mais mon bâton stérile ne se changera point en chêne vert pour les protéger4.

Je devais5 tenir à bonheur d'avoir foulé le sol de France le jour de ma fête; mais ai-je une patrie6? Dans cette patrie ai-je jamais goûté un moment de repos ? Le 6 octobre au matin, je rentrai dans mon infirmerie7. Le coup de vent de la Saint-François régnait encore. Mes arbres, refuges nais-

1. Baveno, sur la rive occidentale du lac Majeur, en face des îles Borromées.

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