Conseiller de préfecture et futur député
4. Les anciens croyaient que ce poisson arrêtait la marche des navires.
ques satisfaites, il est clair que les lois, au lieu d'agir sur les masses, en reçoivent l'empreinte ; les populations se les adaptent au lieu de s'y adapter.
Quiconque a voyagé dans le midi, dans l'ouest de la France, en Alsace, autrement que pour y coucher à l'auberge, voir les monuments ou le paysage, doit reconnaître la vérité de ces observations. Ces effets du népotisme bourgeois sont aujourd'hui des faits isolés ; mais l'esprit des lois actuelles tend à les augmenter. Cette plate domination peut causer de grands maux, comme le démontreront quelques événements du drame qui se jouait alors dans la vallée des Aiguës.
Le système renversé plus imprudemment qu'on ne le croit, le système monarchique ^ et le système impérial remédiaient à cet abus par des existences consacrées, par des classifications, par des contre-poids qu'on a si sottement définis des privilèges. Il n'existe pas de privilèges, du moment que tout le monde est admis à grimper au mât de cocagne du pouvoir. Ne vaudrait-il pas mieux, d'ailleurs, des privilèges avoués, connus, que des privilèges ainsi surpris, établis par la ruse, en fraude de l'esprit qu'on veut faire public, qui reprennent l'œuvre du despotisme en sous-œuvre et un cran plus bas qu'autrefois ? N'aurait-on renversé de nobles tyrans, dévoués à leur pays, que pour créer d'égoïstes tyranneaux ? Le pouvoir sera-t-il dans les caves, au lieu de rayonner à sa place naturelle ? On doit y songer. L'esprit de localité, tel qu'il vient d'être dessiné, gagnera la Chambre ^.
[Mais voici un type de probité paysanne. C'est lui qui fait penser un peu au Biaise Bonnin de G. Sand (voir p. 449, n. 4).]
Probité paysanne et républicaine.
Voûté par le travail, le visage blanc, les cheveux d'argent, ce vieux vigneron, à lui seul toute la probité de la
1. Le système monarchique, aux yeux de Balzac, est détruit en France depuis 1830.
2. La théorie des privilèges est bien contestable. Ce qui ne l'est pas, c'est la critique faite ici par Balzac d'une corruption de 1 esprit démocratique contre laquel-
le un pays ne saurait trop se mettre en g-arde. Il faut toujours se • rappeler la pensée de Montesquieu, qui faisait de la certu, ou sentiment de l'intérêt général, le principe de la démocratie. — On voit que Balzac admet main tenant les avantages de la centralisation.
LES PAYSANS
commune, avait été, pendant la Révolution, président du club des jacobins à la Ville-aux-Fayes, et juré près le tribunal révolutionnaire au district. Jean-François Niseron, fabriqué du même bois dont furent faits les apôtres^ offrait jadis le portrait, toujours pareil sous tous les pinceaux, de ce saint Pierre en qui les peintres ont tous ligure le front quadrangulaire du peuple, la forte chevelui-e naturellement frisée du travailleur, les muscles du prolétaire, le teint du pêcheur, ce nez puissant, cette bouche à demirailleuse qui nargue le malheur, enfin l'encolure du fort qui coupe des fagots dans le bois voisin pour faii-e le dîner, pendant que les doctrinaires de la chose discourent.
Tel fut, à quarante ans, au début de la Révolution, cet * homme dur comme le fer, pur comme l'or. Avocat du peuple, il crut à une république en entendant gronder ce nom, encore plus formidable peut-être que l'idée. 11 crut à la république de Jean-.Jacques Rousseau, à la fraternité des hommes, à l'échange des beaux sentiments, à la proclamation du mérite, au choix sans brigue, enfin à tout ce . que la médiocre étendue d'un arrondissement, comme Sparte, rend possible, et que les proportions d'un empire rendent chimériques. Il signa ses idées de son sang, son lils unique partit pour la frontière ; il fit plus, il les signa de ses intérêts, dernier sacrifice de l'égoïsme. Neveu, seul héritier du curé de Blangy, ce tout-puissant tribun de la campagne pouvait en reprendre l'héritage à la belle Arsène, la jolie servante du défunt ; il respecta les volontés du testateur et accepta la misère, qui, pour lui, vint aussi promptement que la décadence pour sa république.
Jamais un denier, une branche d'arbre appartenant à autrui ne passa dans les mains de ce sublime républicain, qui rendrait la république acceptable s'il pouvait faire école. Il refusa d'acheter des biens nationaux : il déniait à la République le droit de confiscation. En réponse aux demandes du comité de salut public, il voulait que la vertu des citoyens fît pour la sainte patrie les miracles que les tripoteurs de pouvoir voulaient opérer à prix d'or. Cet homme antique reprocha publiquement à Gaubertin père i ses trahisons secrètes, ses complaisances et ses déprédations. Il gourmanda le vertueux Mouchon-, ce représentant du peuple dont la vertu fut tout bonnement de l'incapacité, comme chez tant d'autres qui, gorgés des ressources