ACTE PRExMIER, PREMIER TABLEAU
LA FÉE
Mais si, à voir ton air, on la croirait énorme... Ai-je le nez crochu et l'œil gauche crevé ?...
Non, non, je ne dis pas... Qui est-ce qui l'a crevé ?.,.
LA FÉE, de plus en plus irritée.
Mais il n'est pas crevé !... Insolent ! misérable !.., Il est plus beau que l'autre ; il est plus grand, plus clair, il est bleu comme le ciel... Et mes cheveux, vois-tu ?... Ils sont blonds comme les blés... on dirait de l'or vierge !... Et j'en ai tant et tant que la tête me pèse... Ils s'échappent de partout... Les vois-tu sur mes mains ?...
{Elle étale deux maigres mèches de cheveux gris.)
TYLTYL
Oui, j'en vois quelques- mis...
LA FÉE, ùidignêe.
Quelques-uns !... Des gerbes ! des brassées ! des touffes ! des flots d'or !... Je sais bien que des gons disent qu'ils n'en voient point ; mais tu n'es pas de ces méchantes gens aveugles, je suppose ?...
TYLTYL
Non, non, je vois txès bien ceux qui ne se cachent point...
LA FEE
Mais il faut voir les autres avec la même audace !... C'est bien curieux, les hommes... Depuis la mort des fées, ils n'y voient plus du tout et ne s'en doutent point... Heureusement que j'ai toujours sur moi tout ce qu'il faut pour rallumer les yeux éteints... Qu'est-ce que je sors de mon sac ?...
Oh ! le joli petit chapeau vert !... Qu'est-ce qui brille ainsi sur la cocarde... ?