CHERBULIEZ
On oublie trop à l'étranger et même en France que les frontières littéraires de la France sont plus vastes que ses frontières politiques, que, même de nos jours, le Canada français a produit un Fréchette, que la Belgique française a produit un
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Rodenbach et un Maeterlinck, que la Suisse française a produit un Rod et un Cherbuliez.
L'œuvre de Cherbuliez a été, certes, l'un des apports les plus précieux de la Suisse romane à la culture française, et aucun écrivain n'a été plus français que ce Genevois, plus clair, plus vif. plus spirituel, plus prime-sautier, plus universel. Les récits de Cherbuliez et les études de " Valbert " ont pendant trente ans charmé, sans les lasser, les lecteurs de la Revue des Deux Mondes. Et à notre époque, rassasiée de romans pessimistes, de romans morbides et de romans psychologiques, c'est une surprise et une joie de relire le roman de Cherbuliez parfaitement honnête et simplement romanesque, qui se contente de conter une histoire d'amour ou de développer une intrigue ou une aventure : surprise d'autant plus joyeuse que ce roman romanesque est écrit par un des esprits les plus prodigieusement intelligents, est rempli d'aperçus pénétrants sur la vie. d'observation et d'analyses délicates.
Le comte Kostia est peut-être le chef-d'oeuvre de Cherbuliez. On y trouve toutes ses qualités et tous ses traits caractéristiques: l'art de nouer et de dénouer une intrigue compliquée, et surtout ce don d'humour, de bonne iiumeur, de badinage mêlé de malice, de bonne santé intellectuelle et morale qui nous reposent de la littérature épicée et artificielle de la nouvelle génération.
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LES FRANÇAJS DE MON TEMPS. Par le V*® Q. d'Avenel. Introduction par Charles Sarolea.
\r^ GEORGES D'AVENEL.
Le V* g. d'Avenel s'est proposé de nous donner le portrait des Français de son temps. Nul ne contestera le brillant talent du peintre. On contestera peut-être que le portrait soit ressemblant. On n'accusera certes pas M. d'Avenel d'avoir flatté ou idéalisé l'original, et d'avoir péché par excès d'indulgence pour ses contemporains. Né chrétien et Français, M. d'Avenel ne se trouve nullement, comme La Bruyère, contraint dans sa satire. Au contraire, il s'y complaît et s'y délecte, et il a tant d'esprit qu'il communique à ses lecteurs le plaisir qu'il éprouve. Sa verve mordante s'exerce d'ailleurs avec une sereine et malicieuse impartialité au dépens de ses adversaires politiques et du monde auquel il appartient de naissance. Et comme il a admirablement observé les politiciens parasitaires et la noblesse de parade, les deux chapitres où il nous décrit leurs mœurs sont frappants de vérité et de relief : ce sont les meilleurs du livre.
Le livre a eu un succès éclatant, qu'il a dû d'abord aux controverses qu'il a suscitées. Et ce succès ne fera que s'accentuer à mesure qu'on appréciera davantage les qualités intrinsèques et durables de l'œuvre.
L'œuvre restera parce qu'elle est d'un maître écrivain et d'un moraliste profond et pénétrant.
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M. d'Avenel s'est évidemment inspiré de La Bruyère et fait souvent songer à son immortel modèle. Et le plus bel éloge que nous puissions faire du livre, c'est qu'il puisse, sans désavantage, soutenir une aussi redoutable comparaison.
LE DISCIPLE. Paul Bourget.