LES DEUX AMIS DE EOURBONNE
ceux qu'ils avaient rendus Tun à l'autre. Olivier disait de Félix, Félix disait d'Olivier ; mais ils ne se louaient pas. Au bout de quelque temps de séjour au pays, ils aimèrent, et le hasard voulu que ce fût la même fille. Il n'y eut entre eux aucune rivalité ; le premier qui s'aperçut de la passion de son ami se retira : ce fut Félix. Olivier épousa, et Félix, dégoûté de la vie sans savoir pourquoi, se précipita dans toutes sortes de métiers dangereux ; le dernier fut de se faire contrebandier. Vous n'ignorez pas, petit frère, qu'il y a (juatre tribunaux en France, Gaen, Reims, Valence et Toulouse, où les contrebandiers sont jugés, et que le plus sévère des quatre, c'est celui de Reims, ou préside un nommé Goleau, l'àme la plus féroce que la nature ait encore formée. Félix fut pris les armes à la main, conduit devant le terrible Goleau, et condamné à mort, comme cinq cents autres qui Favaient précédé. Olivier apprit le sort de Félix. Une nuit, il se lève d'à côté de sa femme, et, sans rien lui dire, il s'en va à Reims. Il s'adresse au juge Goleau ; il se jette à ses pieds et lui demande la grâce de voir et d'embrasser Félix. Goleau le regarde, se tait un moment et lui fait signe de s'asseoir. Olivier s'assied. Au bout d'une demi-heure, Goleau tire sa montre, et dit à Olivier : « Si tu veux voir et embrasser ton ami vivant, dépéche-toi, il est en chemin ; et si ma montre va bien, avant qu'il soit dix minutes, il sera pendu. » Olivier, transporté de fureur, se lève, décharge sur la nu(jue du cou au juge (Goleau un énorme cou[» de bâton, dont il l'éteud prescpie mort, court vers la place, arrive, crie, frai)i)e le bourreau, Irappe les gens de la justice, soulève la populace, indignée de ces exécutions. Les pierres volent; Félix, délivré, s'enfuit; Olivier songe à son salut; mais un soldat de maréchaussée lui avait percé les flancs d'un coup de baïonnette, sans