‹ Morceaux choisisChapitre 13 sur 25 · LUX · texte numérisé non relu

LUX

Ne connaît-il pas l'heure où la cigogne émigré ? Sait-il pas ton entrée et ta sortie, ô tigre, Et ton antre, ô lion ?

Hirondelle, réponds, aigle à l'aile sonore. Parle, avez-vous des nids que TÉternel ignore ?

0 cerf, quand l'as-tu fui ? Renard, ne vois-tu pas ses yeux dans la broussaille? Loup, quand tu sens la nuit une herbe qui tressaille,

^'e dis-tu pas : « C'est lui ! »

Puisqu'il sait tout cela, puisqu'il peut toute chose, Que ses doigts font jaillir les effets de la cause

Comme un noyau d'un fruit.

Puisqu'il peut mettre un ver dans les pommes de l'arbre, Et faire disperser les colonnes de marbre

Par le vent de la nuit ;

Puisqu'il bat l'océan pareil au bœuf qui beugle, Puisqu'il est le voyant et que l'homme est l'aveugle,

Puisqu'il est le milieu, Puisque son bras nous porte, et puisqu'à son passage La comète frissonne ainsi qu'en une cage

Tremble une étoupe en feu ;

Puisque l'obscure nuit le connaît, puisque l'ombre Le voit, quand il lui plaît, sauver la nef qui sombre.

Comment douterions-nous.

Nous qui, fermes et purs, fiers dans nos agonies. Sommes debout devant toutes les tyrannies.

Pour lui seul, à genoux !

D'ailleurs, pensons. Nos jours sont des jours d'amertume. Mais quand nous étendons les bras dans cette brume.

Nous sentons une main ; !

Quand nous marchons, courbés, dans l'ombre du martyre: Nous entendons quelqu'un derrière nous nous dire :

« C'est ici le chemin. »

0 proscrits, l'avenir est aux peuples ! Paix, gloire, Liberté, reviendront sur des chars de victoire

Aux foudroyants essieux ; Ce crime qui triomphe est fumée et mensonge. Voilà ce que je puis affirmer, moi qui songe

L'œil fixé sur les cieux.

Les césars sont plus fiers que les vagues marines. Mais Dieu dit : o Je mettrai ma boucle en leurs narines.

Et dans leur bouche un mors, Et je les traînerai, qu'on cède ou bien qu'on lutte, Eux et leurs histrions et leurs joueurs de flûte.

Dans l'ombre où sont les morts l »

Dieu dit; et le granit que foulait leur semelle S'écroule, et les voilà disparus pêle-mêle

Dans leurs prospérités 1 Aquilon ! Aquilon î qui viens battre nos portes, Oh 1 dis-nous, si c'est toi, souffle, qui les emportes :

Où les as-tu jetés ?

Bannis ! bannis! bannis ! c'est là la destinée. Ce qu'apporte le flux sera dans la journée Repris par le reflux.

LUX li9

Les jours mauvais fuiront sans qu'on sache leurnombre. Et les peuples joyeux et se penchant sur l'ombre Diront : « Cela n'est plus ! »

Les temps heureux luiront, non pour la seule France, Mais pour tous. On verra, dans cette délivrance.

Funeste au seul passé, Toute l'humanité chanter, de fleurs couverte. Comme un maître qui rentre en sa maison déserte

Dont on l'avait chassé.

Les t^Tans s'éteindront comme des météores. Et, comme s'il naissait de la nuit deux aurores

Dans le même ciel bleu, Nous vous verrons sortir de ce gouffre où nous sommée. Mêlant vos deux rayons, fraternité des hommes.

Paternité de Dieu ! .

Oui, je vous le déclare, oui, je vous le répète, Car le clairon redit ce que dit la trompette.

Tout sera paix et jour !

Liberté 1 plus de serf et plus de prolétaire ! 0 sourire d'en haut ! ô du ciel pour la terre

Majestueux amour !

L'arbre saint du Progrès, autrefois chimérique, Croîtra, couvrant l'Europe et couvrant l'Amérique

Sur le passé détruit.

Et, laissant l'éther pur luire à travers ses branches. Le jour apparaîtra plein de colom.bes blanches,

Plein d'étoiles, la nuit.

Et nous qui serons morts, morts dans l'exil peut-être, Martyrs saignants, pendant que les hommes, sans maître,

Vivront plus fiers, plus beaux, Sous ce grand arbre, amour des deux qu'il avoisine, Nous nous réveiUerons pour baiser sa racine

Au fond de nos tombeaux !

Jersev. 16-20 décembre 1853.

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