SULTE] MOREL DE LA DURANTAYE
le douzième septembre 1631 jusqu'au premier mars 1650 sur le 4g me feuillet duquel verso nous avons vu écrit l'article qui suit: “ Le vingttroisième jour de mai 1641 a reçu les bénédictions Ecclésiastiques et avait ci-devant été essentiellement baptisé, etc. et nommé Olivier, fils à Ecuier Thomas Morel, Sieur de la Durantaye et Damoiselle Alliette du Houssay, sa compagne ; Parain M Olivier Dillayer et Muruine Damoiselle Anne Morel, et. femme [?] Guillaume Tescier ; et fat le dit Olivier né le 17 février 1640.! Dillayer, Morel, Anne Morel, Julien Douminil [?] Ptre.” Lequel extrait nous certifions véritable pour avoir été lu de mot à autre sur l'original... auquel nous avons délivré la juste copie pour foi y être ajouté comme à l'original et servir ainsi qu'il appartiendra. Fait le dit jour et an que devant, et signé: François Morel, Louis Charetez et Boucher.”
Vers 1662, c'est-à-dire avant que d'avoir aiteint l'âge de vingt-deux ans, M. de la Durantaye obtint un grade d'enseigne dans les troupes royales. Il est probable qu'il entra de suite où passa bientôt uu régiment de Chambellé, lequel tenait son nom de Sidrac de Chambellé, maréchal des camps et armes, lieutenant de roi à Dunkerque et gouverneur de Béthune. Trois ou quatre autres officiers du régiment de Chambellé furent versés plus tard dans celui de Carignan lorsque ce dernier corps s’organisa pour la Nouvelle-France.
Après la guerre de Hongrie contre les Tures, qui se termina par le traité de septembre 1664, les douze ou quinze régiments français envoyés au secours de l'Autriche rentrèrent dans leur patrie et furent licenciés, mais l'un d'eux, placé sous la protection du prince de Carignan #t commandé par le colonel de Salières, reçut ordre de se reconstituer en recrutant parmi les officiers et soldats des troupes congédiées du service. Ceci nous explique pourquoi des officiers et des soldats du régiment de Carignan arrivés en Canada, sont mentionnés comme appartenant à d'autres corps des troupes françaises. Le régiment débarqua à Québec, par deux, trois et quatre compagnies ensemble, de juin à août 1665. Il fut échelonné par petites divisions, à Trois-Rivières, Sorel, Chambly, et vers le lac Champlain, pour se préparer à la campagne contre les Iroquois des environs d’Albany, ce qui eut lieu durant les mois de février et mars 1666.
M. de la Durantaye servait en Canada, avec le régiment de Carignan mais à titre de lieutenant au régiment de Chambellé, comme le témoigne le brevet suivant mis au jour par M. de Léry-Macdonald :
“ Louis par la grâce de Dieu Roi de France ete., à notre cher et bienaimé le capitaine Ladurantaye, salut : La compagnie qu'avait le capitaine Couvran (?) dans le régiment de l'infanterie de Chambellé étant à présent vacante par sa mort et désirant la remplir d'une personne qui s'en puisse
‘ Le recensement de 1681 donne trente-sept ans à M. de la Durantaye, ce qui le ferait naître en 1644, date que Ma Tanguay a adoptée, ne possédant pas de document plus précis.
bien acquitter nous avons estimé ne pouvoir faire pour cette fin un meilleur choix que de vous pour les services que vous nus avez rendus dans toutes les occasions qui s'en sont présentées, même dans la charge du Lieutenant de la dite compagnie que vous avez depuis plusieurs années ou vous avez donné des preuves de votre valeur, courage, expérience en la guerre, vigilance et bonne conduite, et de votre fidélité et affection à notre service, A ces causes et autres à ce nous mouvant nous vous avons commis, ordonné et établi, commettons, ordonnons et établissons par ces présentes signées de notre main, capitaine de la dite compagnie vaccante comme dit est ci-dessus, laquelle vous commanderez, conduirez et exploiterez sous notre autorité et sous celle du colonel du dit Régiment. Qu'à part et ainsi qu'il vous sera par nous où nos Lieutenants Généraux, commandé et ordonné pour notre service, et nous vous ferons payer, ensemble les officiers, et soldats de la dite compagnie, des états, appointements et soldes qui vous seront et à eux dues suivant les montres et raisons qui en seront faites par les Commissaires et Conseillers des Cruerres et de départir tant et si longuement que la dite compagnie sera sur pied pour notre service, tenant la main à ce qu’elle vive en si bon ordre et police que nous n'en puissions recevoir des plaintes, De ce faire vous donnons pouvoir, commission, autorité et mandement spécial. Mandons au Sieur de Chambellé, Colomel du Régiment de vous faire reconnaître en cette qualité et à tous qu'il appartiendra qu'à vous en ce faisant soit obéi. Car tel est notre plaisir. Donné à Paris, le dixième jour de Décembre, l'an de grâce mil six cent soixante-cinq et de notre règne le vingt-troisième. (Sjgné) Louis (Par le Roi), Le TEzLLIER.'”
Né le 17 février 1640, M. de la Durantape était donc âgé de vingtcinqans et dix mois près, lorsqu'il atteignit le grade de capitaine. N'oublions pas, toutefois que, dans le titre de la seigneurie de Kamouraska, le 15 juillet 1674, Frontenac dit que “le sieur de la Durantaye est venu en ce pays capitaine d'une compagnie du régiment de Carignan.” N'y aurait-il pas un léger malentendu dans ces expressions. ou bien la Durantaye agissait-il comme capitaine dès son arrivée en Canada ?
Après la marche infructueuse des troupes €. re les bourgades vides des Agniers, le capitaine Pierre de Saint-Paul sieur de Lamothe fut chargé de construire un fort, sur une île, à quatre lieues de l'extrémité nord du lac Champlain; c'était au printemps de 1666; M. de la Durantaye fut son principal officier en cette occasion et commandait une compagnie.” L'automne suivant, l’armée française partit de à (le fort Sainte-Anne) pour aller de nouveau combattre les Iroquois, et cette fois elle atteignit son but. Après cette seconde expédition, qui fut suivie d’une paix stable de quinze
* Michel le Tellier, secrétaire d'Etat au département de la guerre, 1643-66, Son fils Louvois lui succéda.
? Dollier de Casson : Histoire du Montréal, pages 188-191.
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à seize ans, M. de la Durantaye demanda la permission de repasser en France!
Les officiers militaires n'avaient nullement de goût pour un pays sauvage dont la seule chance de développement consistait dans l'agriculture. et encore fallait-il commencer par abattre la forêt, “faire de la terre neuve, entreprise formidable aux yeux des Européens, aussi peut-on aftirmer qu'il y eut bien des désappointements sous ce rapport parmi ceux du régiment de Carignan qui virent la Nouvelle-France pour la première fois en 1665, La condition expresse de se fixer dans le Canada après avoir terminé la guerre contre les Troquois ne semble pas avoir été imposée au départ de ce régiment pour la colonie, en 1663, mais que la chose ait été implicitement comprise il n'y au pas à le mettre en doute, et il est probable que lu majeure partie des soldats seraient restés ici, retenus par divers motifs, sans l'intervention inattendue de la politique royale, Louis XIV voyait, en 1667,que les Hollandais ne soutfriraient pas toujours sans se plaindre et agir, les actes de hauteur qu'il se permettait à leur égard et, silencieusement, il prenait des mesures pour reconstituer son armée, qu'il avait réduite au minimum en 1664, Le régiment employé au Canada devait avoir quelque valeur à ses yeux puisque tous les hommes qui le composaient étaient d'anciens militaire. ayant déjà l'habitude des armes, ‘es marches, des combats, des campements et de la discipline, A cette époque, il n'existait que quatre ou cina récinents réguliers dans tout le royaume ; en cas de guerre, on en créait de nouveaux. L'appoint de douze ou quatorze cents hommes dressés au service n'était donc pas une bagatelle. Le roi agit en conséquence. Aussi, dès 1669, il ne restait plus en Canada que les compagnies de la Motte-Lucière et la Durantaye. En 1670, on nous envoya de France un certain nombre de soldats pour remplacer ceux qui étaient retournés de 1667 à 1668, et l'on continua l’année suivante à recomposer l'effectif nécessaire aux garnisons ; mais ces nouveaux venus ne devaient pas être très aguerris et, d’ailleurs, peut-on les regarder comme les soldats primitifs du régiment de Carignan ?
D'après les témoignages les plus autorisés, il serait resté en Canada quatre cents hommes de troupes qui sont devenus Canadiens. Or, c'est à peine s'il y en avait une centaine de cette classe en 1670, appartenant au groupe de 1665 ; ceux qui sont venus en 1670-72 peuvent représenter, si l'on veut, trois cents autres individus—mais alors ne les qualitions pas tous universeliement du titre de soldats de Carignan. L'ensemble des opérations de 1665 à 1672 a fait croire aux historiens qu'il s'agissait toujours du même régiment, mais n'oublions pas que les cadres (surtout les sous-officiers) étaient repassés en France et que les contingents reçus en 1670-72 par la colonie n'avaient plus rien de commun avec l'ancien régiment. On commençait à établir le système qui a prévalu jusqu’en
1 M. l'abbé François Daniel : Aperçu sur quelques Contemporains, p. 35.
1754, c'est-à-dire l'entretien d'un siarple détachement que le ministère de la marine prit à sa solde, sans que le bureau de la guerre eût à s'en occuper. Faute d'avoir compris ete situation, la plupart de nos écrivains ont erré sur la question. Un major commandait ce détachement.
M. de la Durantaye revint en 1670, si je ne me trompe, accompagnant les premières escouades, et tout me porte à croire qu'il voulait se fixer dans le pays, car dès le 14 septembre de cette même année, il se mariait à Québec avec Françoise Duquet, née à Québec le 7 novembre 1645, veuve du chirurgien Jean Madry. lequel était décédé en juillet 1669. M. de la Durantaye et sa femme vécurent à Québec de 1670 à 1683.
L'automne de 1672. lorsque eut lieu la grande distribution des seigneuries en bois debout, il en reçut sa part par un acte dont voici les passages importants :
“ Sa Majesté (le roi Louis XIV )—ayant de tout temps recherché avec soin et le zèle convenable au juste titre de fils ainé de l'Eglise, les moyens de pousser dans les pays les plus inconnus. pour la propagation de la foi et la publication de l'Evangile, la gloire de Dieu avec le nom chrétien, fin première et principale de l'établissement de la colonie française en Canada, et, par accessoire, de faire connaître aux parties de la terre les plus éloignées du commerce des hommes la grandeur de son nom et la force de ses armes et n'ayant pas estimé qu'il y en eût de plus surs que de composer cette colonie de gens capables de la bien remplir par leurs travaux et leur application à la culture des terres, à la soutenir par une vigoureuse défense contre les insultes et les attaques auxquelles elle pourrait être exposée dans la suite des temps—-a fait passer en ce pays bon nombre de ses fidèles sujets, officiers de ses troupes dans le régiment de Carignan et autres, dont la plupart. conformément aux grands et pieux desseins de Sa Majesté, voulant bien se lier au pays en y formant des terres et seigneuries d'une étendue proportionnée à leurs forces, et le sieur de la Durantaye, capitaine d'une compagnie d'infanterie au dit régiment, nous ayant requis de lui en départir: Nous, en considération des bons, utiles et louables services qu’il a rendus à Sa Majesté en différents endroits, tant en l'ancienne France que dans la Nouvelle depuis qu'il y est passé par ordre de Sa Majesté, et encore de ceux qu'il témoigne vouloir rendre ci-après—en vertu du pouvoir qu'elle nous a donné. avons accordé au dit sieur de la Durantaye, la quantité de deux lieues de terre de front, sur autant de profondeur, à prendre sur le fleuve Saint-Laurent, tenant d’un côté à un demi-arpent au-delà du saut qui se trouve sur la terre du sieur des Islets et de l’autre le canal Bellechasse.….."”
La pièce est signée @2 l'intendant Talon ; elle est datée de Québec le 29 octobre 1672. (C'est le titre de la seigneurie de la Durantaye, dite aussi Beilechasse,! J'y vois une phrase assez significative : “à la charge
! Titres seigneuriaux, p. 161.
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qu'il continuera de tenir et de faire tenir feu et lieu sur les concessions qu'il accordera.”" Ceci veut bien dire que, déjà en 1642, M. de la Durantaye avait commencé des travaux sur ce fief. !
Le 8 mai 1673, le nouveau seigneur se plaignait ‘qu'ayant donné verbalement à plusieurs particuliers des concessions sur sa terre de la Durantaye, à condition d'y tenir feu et lieu dans l'an,” ces personnes auraient abandonné leur projet, le Conseil Souverain ordonna que, après trois mois, si les colons ne se présentaient pas, les terres seraient accordées à d'autres qui les demandaient. ‘Une affiche devait, en conséquence, être posée à la porte de l'église de Québec. ?
Le 15 juillet 1674. il reçut la patente de la seigneurie de Kamouraska. dans laquelle est mentionnée la pêche sédentaire qu'il avait établie par permission de l'intendant en date du 30 octobre précédent. Le tief de 1672 fut augmenté de deux lieues en profondeur, en 1693, et en 1696 on donna à M. de In Durantaye deux autres lieues de front au fleuve.” De tous les officiers du régiment de Carignan, M. de Saint-Ours est celui qui a reçu le plus de terres: 98,784 arpents. Ensuite vient M. de la Durantaye : 70.560 arpents. Ils n’en restèrent pas moins pauvres tous deux.
Ayant sa paye d'officier, il pouvait vivre à Québec et y élever sa famille, ce qu'il fit, comme on le verra par la suite, mais nous ne savons si, par luimême ou par sa femme, il possédait des ressources pécuniaires dont il pouvait disposer pour aider les colons à mesure que ceux-ci occupaient ses terres. Ilest probable que ses déboursés dans cette direction furent assez minces: en revanche il sut admirablement choisir les gens destinés à peupler sa double seigneurie.
En 1673, il employe le terme la Durantaye pour désigner le fief, mais au recensement de 1681, celui-ci est partagé en deux groupes, portant chacun un nom, et ils viennent sur la liste dans l'ordre géographique suivant: Lauzon, cap Saint-Claude et Beaumont, {4 Durantaye, Bellechasse, la Bouteillerie, l'Isle-aux-Oyes. Voici le recensemeut de 1681 :
La DURANTAYE.
Francois Rouillard (Rémillard), 31 ans; Anne Gaboury, sa femme, 15 ans; 1 fusil, 1 vache, 5 arpents de terre en valeur.
ëtienne Corriveau, 38 ans: Catherine Guillebaud (Bureau), 30 ans ; enfants : Jacques, 10 ans, Catherine, 7 ans, Etienne, 5 ans, Geneviève, 2 ans ; 10 arpents,
Nicolas le Roy, 37 ans: Jeanne Leliève, 40 ans; enfants: Guillaume,
1‘ Un autre officier, Paul de Morel, enseigne de la compagnie de la Motte au régiment de l'Estrade, reçut un fief du séminaire de Saint-Sulpice, à la pointe nord de l'îl: de Montréal, le 7 décembre 1671.
2 Jugements du Conseil Souverain, I, 742.
# Titres seigneuriaux, pp. 23, 410, 425,
14 ans, Elisabeth, 10 ans, Jean, 8 ans, Baptiste, 3 ans; 1 fusil, 8 bêtes à cornes, 20 arpents.
Louis le Roy, 23 ans; 1 fusil, 3 arpents.
Nicolas le Roy, 20 ans; 1 fusil, 2 arpents.
Louis {aboury, 45 ans: Nicole Soulard, 45; enfants : Louis, 14 ans, Jean, 9 ans. Henriette, 6 ans, Françoise, 3 ans; 3 bêtes à cornes, 10 arpents.
Louis Marien, Z8 ans; Marie-Françoise Philipot, 19 ans; enfants : Anne, 4 ans. Catherine, 1 an; 1 fusil, 5 arpents.
Charles Davene, 45 ans: Marie de Noyon, 38 ans; enfants : Gabriel, 9 ans, Charlotte, 6 ans, Madeleine, + ans, Françoise, 10 mois; 3 arpents.
Michel Gautron, 35 ans: 2 arpents.
Pierre Balan, 35 ans; Renée Barette (Birette), 40 ans; enfants : Marie, S ans, Jean, 5 ans. Henriette, 4 ans, Michel, 2 ans, René, 5 mois ; 2 bêtes à cornes, 2 arpents.
François Paquet, 35 ans; Anne Philippe, 28 ; enfant: Marie, 4 ans ; 1 vache, 7 arpents.
Julien Boissel, 30 ans; Françoise Grosse-Jambe, 25 ans; enfants: Nicolas, 4 ans, Jean, 1 an; 1 fusil, 5 bêtes à cornes, 13 arpents.
David Lacroix, 34 ans: Barthélemie Maillou, 20 ans; 3 bêtes à cornes, 12 arpents, :
èené Vendet, 35 ans; Marie Loriot, 35 ans; enfant : René un an et demi ; 3 bêtes à cornes, 8 arpents.
Michel Maillou, 40 ans; Jeanne Mercier, 35 ans ; enfants : Jeanne, 7 ans, Marie, 5 ans, Henriette, 3 ans. Françoise, 14 mois; 1 fusil, 3 bêtes à cornes, 12 arpents.
Jean le Janvre, 60 ans.