SULTE] MOREL DE LA DURANTAYE
Pierre Saint-Pierre, 38 ans; Marie Gilbert, 22 ans; enfants: Marie. 2'ans, Madeleine, 1 an: 1 fusil, 6 bêtes à cornes, 3 arpents. Jean Pelletier, 56 ans; Anne Langlois, 48 ans ; enfants : René, 25 ans,
Jean, 18 ans, Marie, 15 ans, Charles, 10 ans, Marie, 7 ans; 1 fusil, 9 bêtes
à cornes, 5 arpents.
(Ensuite vient la Bouteillerie.)
Tous les colons de la Durantaye paraissent avoir été recrutés autour de Québec :—
François Rémillard, avait épousé, à l'Tet, le 7 mai 1681, Anne. fille de Louis Gaboury, çi-dessous nommé.
Etienne Corriveau, de Fontereau, diocèse d'Angoulême, s'était marié, à l'île d'Orléans, 1669, avec Catherine Bureau, de Saint-Jean, diocèse de Paris.
Nicolas Roy et sa femme s'étaient mariés en 1658, à Sainte-Thérèse de Dieppe et, en 1665, on les trouve à Château-Richer. Il était âgé de quarante-sept ans et non pas de trente-sept ans en 1681. Louiset Nicolas Roy ou le Roy, qui occupaient deux terres voisines de la sienne, étaient ses fils.
Louis Gaboury dit le Major, marié en France, 1660, était avec sa femme à l'île d'Orléans, dès 1666.
Louis Marien, de Garde, diocèse d'Angoulême, marié, à Québec 1676. avec Françoise, tille de Claude Philippaux. Ce dernier était en Canada avec sa famille, dès 1669.
Charles Davenne, dit le Bellet, ville de Dieppe, marié, à Château- Richer, 1670, avec Marie de Noyon.
Michel Gautron dit Larochelle, de la ville de la Rochelle, marié, à Québec, 1673, avec Catherine Poisson, de Saint-Paul de Paris, était devenu veuf, sans enfants : il se remaria et fonda une famille à Bellechasse.
Pierre Balan dit Lacombe, de Catilan de Périgueux, avait épousé, à Québec, 1672, Renée Birette, de la Rochelle,
Julien Boissel dit Fagrillade, de Sainte-Croix, diocèse de Luçon, avait épousé, à Québec, 1671, Françoise (rrosse-Jambe, de Saint-Germain-en- Laye, diocèse de Paris.
David Lacroix, de Confollant, diocèse de Poitiers, marié, à Québec, 1671, avec Antoinette Buteau, avait épousé en secondes noces, le 20 janvier 1681, Marie-Barthélemie, fille de Michel Mailloux nommé plus bas.
René Vandé, de Montournoy, diocèse de Maillezais, en Poitou, s'était marié, à Québec, 1671, avec Marie Hariot, de Saint-Martin, diocèse de Chartres, Beauce.
Michel Mailloux, de Bourg, en Brie, marié en 1666, avec Jeanne Mercier.
Il en est de même de ceux de la seigneurie de Bellechasse :
Pierre Bazin, de Saint-Thomas de Tour, diocèse de Lisieux, marié, à Québec, 1670, avec Marguerite Leblanc, née à Québec.
Jean Daniaux, de Saint-André, ville de Niort, diocèse de Poitiers,
mnt
marié, à Québec, 1670, avec Marie-Louise Michault, de Bourg-le-Vilay, diocèse de Sens.
Paul de Rainville, de Touques, en Normandie, était en Canada dès 1665 ; en secondes noces, 1669, il avait épousé Marie Michelle, veuve de Louis Gusnier.
Joachim Gasnier ou Gagné, qui vient ensuite, était tils de Louis Gasnier ici nommé. Il épousa, à Beauport, le 12 janvier 1682, Louise Marcoux, et demeura à Beauport jusqu'à son décès, en 1688.
Guillaume Fournier, de Coulme, en Normandie, marié, à Québec, 1651, avec Françoise Hébert, qui lui apporta une partie du fief de la paroisse de Saint-Charles, près Québec. Ils avaient trois enfants mariés avant 1681.
Alphonse Morin dit Valcour, né à Québec, avait épousé Marie- Marguerite Normand, fille d'un bourgeois de Paris et probablement parente du notaire Gilles Rageot.
Nicolas Saruzin, médecin, né à Paris, 1655, marié, à Charlesbourg, le 23 avril 1680, avec Catherine Blondeau, née à Québec. Michel Sarazin, médecin et savant distingué, qui vint s'établir au Canada vers la fin du même sièele, était natif de la Bourgogne.
Jean Prou, deMantilly, diocèse d'Angers, marié, à Québec, 1673, avec Jacquette Fournier, fille de Guillaume çi-dessus nommé.
Jean Rolandeau, du bourg de Marsilly, diocèse de la Rochelle, avait épousé, à Québec, le 24 avril 1650, Marie Thibault, dont la famille était à Sillery dès 1666.
Pierre Blanchet, de Saint-Omer de Rosière, diocèse d'Amiens, Picardie, avait épousé, à Québec, 1670, Marie, fille de Guillaume Fournier ei-dessus nommé.
Pierre Joncas dit Lapierre, de Morin, évêché de Lombès, en (rascogne, avait épousé, à l'île d'Orléans, 1672, Jacqueline Boulé, dont la famille habitait la côte de Benupré dès 1663. Voir plus bas.
Jacques Posé, de Saint-Sauveur, diocèse de la Rochelle, s'était marié, à Québec, 1678, avec Marie Jobidon, veuve de Michel Isabel et de Pierre Rouillard : la famille Jobidon était établie à Château-Richer depuis au moins 1650.
Robert Boulé était le père de madäme Joncas çi-dessus nommée.
Madame veuve Louis Couillard appartenait à une famille déjà ancienne dans le pays.
Nicolas Gamache, de Saint-[ier, diocèse de Chartres, avait épousé, à Château-Richer, 1676, Elisabeth-Ursule Cloutier, née en Canada. Il fut seigneur de l'Islet.
Eustache Fortin, né en Canada, à fondé une famille nombreuse à Bellechasse et au cap Saint-Ignace.
Louis Gagné dit Bellavance, sieur de la Frênaie, né en Canada, avait épousé, à Sainte-Anne, 1673, Louise Picard, née à Québec.
[suLTrE] MOREL DE LA DURANTAYE 17
* Pierre Gagné, aussi né dans le pays, avait épousé Louise Faure, Jilay, vers 1669.
Robert Gaumont, de Saint-Pierre de Charençcon, de Paris. avait
; : “ee épousé, à Québec, 1671, Louise Robin, de Saint-Sébastien, diocèse de Coude de tance, en Normandie.
Louis Jean Gottereau, de la Flote, diocèse de la Rochelle, s'était marié, à Fons Québec, le 31 juillet 1678, avec Marie le Roy, née dans le pays Le recensement omet le nom de la femme et d'un enfant âgé de huit ou neuf 1651, mois.
e de Jean Couillard et sa femme étaient nés en Canada. 1681. ë, Jacques Bernier dit Jean de Paris, de Saint-Germain l'Auxerre, avait farie- : épousé, à Québec, 1656, Antoinette (Grenier, de Saint-Laurent, diocèse de met ! Paris.
| Nicolas Bouchard, de Bernevert, diocèse de la Rochelle, avait épousé, 48 le à Saint-Anne, 1670, Anne le Roy, de Saint-Hilaire, diocèse de Sens, en FU | Bourgogne. fin du François Thibaut s'était marié, à Sainte-Anne, 1670, avec Elisabeth Lefebvre.
Guillaume Ferté, de Saint-Barthélemy, diocèse de Paris, était à l'île
nn d'Orléans dès 1665; ile maria en 1682 et continua de résider au même QYe
; lieu.
était à ” ; « Nicolas Durand, né à Québec, se maria en 1685, et resta à Bellechasse. Picur- no Joseph Caron, Charles Fortin, François et Guillaume (uion (ou Dion) urnier É. étaient des enfants du pays.
François Bélanger, de la paroisse de Touques, en Normandie, s'était
(rasco- marié à Québec, 1637, avec Marie Guyon, d'une famille de Mortagne, au
famille Perche.
à Philippe Destroismaison, de Notre-Dame de Montreuil, d'Amiens, en IBNE, 4 Picardie, avait épousé, à Château-Richer, 1669, Martine Crosnier, de Fon-
Pierre
tenay de Rouen, en Normandie.
uis au
René Cloutier, né en Canada, avait épousé Marie Leblanc vers 1673.
Jean-François Bélanger, fils de François ci-dessus; sa femme, Marie
è Cloutier, était née dans le pays, comme lui. ancien- ENS MAN $ ee ‘ ” Louis Bélanger était frôre de Jean-François; il se maria en 1682 une à ; Olivier Michel dit le Tardif, né en France, avait épousé, à Château- 11 fut É Richer, 1671, Madeleine Cochon. née en Canada. Ses descendants se 5 nomment aujourd'hui Taillon.
Guillaume TLizot, de Saint-Pierre-la-Gravelle, diocèse de Lizieux, avait
reuse à 1 k tn ; ; épousé, à Québec, 1670, Anne Pelletier, née en Canada.
Jacques-Jean Grondin, de Sainte-Marie de Brouage, évêché de Xaintes, en Saintonge, avait épousé, à Québec, 1669, Xaintes Mignot, née en Canada, Sec. I., 1895, 2.
a, avait
René Ouellet, de Saint-Jacques-du-Hautpus, ville de Paris, marié, à Québee, 1666, avec Anne Rivet, avait épousé, en secondes noces, à Québec, 1679, Thérèse Mignot, veuve de Nicolas Lebel. Le ménage Lebel résidait à la côte de Beaupre dès 1665
Nicolas Huot dit Saint-Laurent, de Saint-Germain d'Auxerre de Paris, avait épousé, à Québec, 1662, Marie Fayette, également de Paris,
Noël Pelletier et sa femme étaient nés en Canada.
Pierre de Saint-Pierre avait épousé, à l'île d'Orléans, 24 avril 1679, Marie Gerbert, née duns le pays.
Jean Pelletier et su femme étaient natifs du Canada.
Les origines de Rémillurd et Thibaut ne nous sont pas connues. Cinquante-quatre colons étaient mariés avant l'année 1673, et neuf seulement le furent de 1673 à 1681: Rémillard, 1681 ; Marien, 1676; Gautron, 1673; Sarazin. 1680: Posé,1678:; Gamache.1676 ; Gottereau,1678; Naint- Pierre, 1679
Le recrutement pour les terres de la Durantaye et Bellechasse s'était donc fait à Québec et dans les environs, et non pas en France. Même chose pour la Bouteillerie, 11 s'en suit que le seigneur ne déboursait pas un sou.
Or, en voyant que les premiers colons venaient de vingt-cinq ou trente différents points de la France, un esprit malin pourrait en tirer la conclusion que c'étaient des aventuriers. Un autre dirait que M. de la Durantaye faisait venir des familles à son compte. Rien de tout cela n’est soutenable. Les habitants de la rive droite du Saint-Laurent sont tous sortis des groupes établis sur la rive gauche, et vous retrouvez encore leurs familles dans ces lieux, preuve que le déplacement d’une rive à l'autre n'a pas été un fait anormal, mais tout simplement une manière commode d’essaimmer et de s'établir à demeure, selon le terme employé à cette époque. Abandonnons cette croyance sans base qui a fait dire aux écrivains que les seigneurs amenaient avec eux des familles de cultivateurs pour peupler leurs terres. Trop pauvres étaient les seigneurs ; ils 80 contentaient de concéder des lots qui leur venaient du testament d'Adam. Jamais ils n'ont pu lutter contre leurs censitaires dans le défrichement du sol et l'élevage des bestiaux. C’est à peine s'il s’en est trouvé quelques uns capables de construire un moulin banal. A la fin, après trois générations, les seigneuries appartenaient aux fils des “ gros habitants.” Les seigneurs, petits fonctionnaires de l'Etat, ne furent pas en mesure de tenir tête aux colons industrieux ; ces derniers prirent leur place, avec le temps, à la tête des seigneuries.
J'accorde néanmoins à M. de la Durantaye une belle part de l'œuvre de la colonisation depuis 1672 à 1681, puisque, avec ses deux seigneuries,
[8ULTrE | MOREL DE LA DURANTAYE 19
il figure au recensement de 1681 comme le plus avancé, de Lothinière à l'île aux Oies, ainsi que le montre le tableau suivant :
Lotbinière.
Beaumont.
La Durantaye. Bellechasse.
La Bouteillerie. !
Ile aux Oies
Villieu Lauzon.
== | Cap Claude.
Ménages
Habitants non mariés.
Tous âges et sexes Bêtes à cornes .
Arpents en valeur Fusils.
Pistolets ....
Dans toute cette ** côte ” il n'y avait qu'un seul cheval. Ilest vrai que l'on n'en avait pas besoin.
Si, par curiosité, on veut savoir à quelle date ou mois de l’année 1681, fut pris le recensement de la Durantaye et Bellechasse, je dirai que ce dut être à l'automne, mais la chose n'est pas très précise, puisque, sur huit enfants inscrits comme étant âgés de quatre mois, cinq mois, un an, quatorze mois, je trouve que, les dates de naissance comparées, il faut se rendre jusqu'à juin 1682, ou reculer jusqu'à avril 1681 ; mais septembre et octobre 1681 semblent la date réelle.
Celui qui avait créé cette belle seigneurie ne paraît pas avoir fait défricher un seul arpent de terre en son nom, mais il n'était pas resté inactif, on le voit par le nombre et l'importance de ses colons si l'on regarde les seigneuries voisines. Soit que sa femme lui eût procuré les moyens pécuniaires que nécessitait cette entreprise, ou qu'il possédât luimême quelques ressources en argent, on encore qu'il sût avec adresse choisir des censitaires en état de se suffir à eux-mêmes, il n'en réussit pas moins à donner de l'élan à sa propriété. C'est pitié de voir combien peu les seigneurs déboursaient pour mettre leurs concessions en valeur. Tous étaient pauvres, vivant des minces appointements de leurs fonctions d'ofticiers — en un mot, ils étaient ce que l’on nomme de nos jours de simples employés du gouvernement. A ce compte, le plus clair de leur titre de seigneurs était la patente sur parchemin — car dans la réalité, ils se trouvaient les plus petits des habitants. Et la preuve qu'ils ne dépensaient aucun argent sur leurs terres, c'est le taux de quatre à sept sous de redevance par arpent qu'ils prélevaient sur les censitaires. Le colon
prenait tous les risques 6 gardait les protits Les fiefs concédés en 1672, sont tous dans le même eus au recensement de 1681; lorsqu'on voit vingt colons sur l'un d'eux, c'est le signe d'une grande réussite pour le temps. La Durantare fit mieux que la plupart des gens de sa classe, Doué d'une nature agissante, il pouvait accomplir davantage sans doute, mais l'argent devait lui faire défaut,
Au recensement de 1681, on le trouve avec sa famille demeurant à Québec :
“Olivier Morel, 37 ans; Françoise Duquet, sa femme, 35 ans ; enfants : Louis, 10 ans, Geneviève, 9 ans, Philippe, 6 ans, Charles, 5 mois ; 2 fusils et 2 vaches.”
Ces quatre enfants avaient été baptisés à Québec, sans compter quatre autres morts au berceau,
Les chiffres du recensement ne sont pas tous exacts, il s'en faut de beaucoup, mais nous n'entreprendrons pas de les contrôler dans le présent travail
Les événements de l'ouest devaient bientôt enlever M. de la Durantaye à sa famille, pour six ou sept années. Cette partie de sa carrière sera mieux comprise lorsque je publierai mes notes sur Perrot, lu Salle, du Luth, Tonty, Baugis, Laforêt, Louvigny et autres hommes qui furent les principaux acteurs des scènes qui se déroulèrent à l'ouest et au sud des grands lacs, de 1678 à 1690.
M. de la Barre, arrivant à Québec pour remplacer le comte de Frontenac, l'automne de 1682, était déterminé à mettre des entraves aux opérations de la Salle et à favoriser quelques trafiquants de pelleteries dont lui, le gouverneur, attendait tirer des avantages, sorte de politique intéressée qu'il avait déjà mise en pratique à Cayenne, lorsqu'il y commandait pour le roi. La Salle fut bien étonné, en 1683, lorsqu'il vit arriver M. de la Durantaye et le chevalier de Baugis avec plein pouvoir de prendre possession de ses forts où comptoirs de traite, et le priant d'aller trouver le gouverneur à Québec pour expliquer sa situation.
Les canots des associés de M. de la Barre ayant été pillés par des [roquois descendus en maraude jusqu'au pays des Illinois, et ces sauvages ayant fait le siège du fort Saint-Louis, où commar lait Baugis, la guerre fut déclarée, en 1684, contre les deux nations iroquoises les plus rapprochées du sud du lac Erié, mais elle fut si mal conduite que M. de la Barre dut repasser en France, rappelé par ordre du roi. La Durantaye, placé à Michillimakinac, chef-lieu des postes de l'ouest, dirigeait toutes les atfaires de ces régions ; il entraîna les sauvages des lacs à la guerre de 1684 contie les [roquois, mais ne prit part à aucune action. parceque l'armée française ne tint la campagne qu'un instant. La reprise des hostilités en 1687, sons M. de Denonviile, fournit à la Durantaye l'occasion de se distinguer, après quoi il retourna à Michillimakinac. Le comte de Frontenac envoya M. de la Porte de Louvigny pour le remplacer, en 1690.
Tout en conservant son poste de capitaine dans les troupes du Canada,
{eurre] MOREL DE LA DURANTAYE 2!
M. de la Durantaye sappliqua au développement de ses
selgneuries et obtint de nouvelles concessions de terre dans cette vue,
Î il était de la
politique de M. de Frontenac de ne pas laisser à la tête du gouvernement
de l'ouest une créature de MM. de la Barre et Denonville, il n'en conserva
pas moins le respect dû à un zélé serviteur du prince.
Les courses continuelles des Froquois dans le Bas-Canada tenaient la petite armée française et les milices sur l'alerte, aussi M. de la Durantaye agissait-il avec sa compagnie, dans les environs de Montréal, où le danger était plus grand que partout ailleurs. La famille résidait dans la seigneurie de la Durantaye ou à Bellechasse, selon ce que je puis voir.
M. de Belmont place dans son istoire du Canada un passage sans date: “ La Durantaye tue dix Iroq ois à Boucherville.” Ceci dut avoir lieu en 1694, car à cette date, M. Gédéon de Catalogne Cerit: ** Vers les récoltes, on fut averti par les découvreurs qu'il y avait un parti d'ennemix daus la rivière Richelieu, qui descend de Chambly. On fit un détachement de troupes et milice commandé par monsieur de la Durantaye qui, ayant trouvé les canots des ennemis où il n'y avait personne pour les garder, après les avoir laissés en garde à ses canoteurs, qui les mirent en lieu de sûreté, il se mit à marcher sur la piste des ennemis où la route était très mauvaise, ce qui les contraignit de coucher en route. Le lendemain matin ils se mirent en marche. Les découvreurs ayant aperçu l'ennemi, auprès d'un camp, à Boucherville, où l'ennemi encore n'avait osé paraître, furent avertir le commandant, qui marcha en ordre et, quoiqu'il surprît l'ennemi, il le trouva en armes. Les premières décharges furent faites par les Français. Partie de l'ennemi prit la fuite dans les bois. On en tua quelques-uns et tit des prisonniers. Nous y perdimes deux Canadiens.”
Pendant le reste de la belle saison, les Iroquois tentèrent des coups, ça et 1à, mais avec fort peu de succès. La victoire de la Durantaye eut du retentissement à Michillimakinae, où Lamothe-Cadillac sut la raconter aux sauvages en termes inflammables,
En 1696, la Durantaye commandait un bataillon dans la guerre contre les Iroquois. 11 avait alors cinquante-six ans et comptait peu de rivaux, peut-être même aucun supérieur dans l'art de la guerre en Canada. On lit, au tome IT, p. 26, de la série de documents historiques publiée par le gouvernement de Québec en 1884, que M. de la Durantaye, ami intime du baron de Saint-Castin, avait su fournir aux autorités de bons renseignements sur les colonies de la Nouvelle-Angleterre
Mais voici un point tournant dans l'existence de notre personnage. M. de Frontenac étant mort, l'automne de 1698, il se forma un parti pour supporter la candidature de M. de Cailières, tandis qu'un autre groupe plaidait en faveur de M. de Vaudreuil. Le récit de Catalogne est assez curieux à lire :
“Dès le petit printemps de 1699, dit-il, M. de Callières envoya des ordres pour que toutes les troupes vinsent camper à Montréal, pour
à lndid
MLDLLEL LL LS 17)
en faire une revue générale. Les troupes étant en bataille, M. de Callières envoya dire à M. de Vaudreuil de le faire avertir dès que la revue serait faite, qu'il voulait voir défiler les troupes devant lui, et ordonna que les officiers le saluassent de la pique ; l'ordre en fut donné aux troupes. M. de la Durantave, qui était un des plus anciens capitaines, par son rang, du régiment de Carignan, opina contre, et fit connaître que ce salut n'était dû qu'aux princes où maréchaux de France. M. de Vaudreuil. par son major, en tit porter Ja parole à M. de Callières. La chose fut longtemps indécise. Entin arriva M. de Callières dans sa calèche, d'où il ordonna aux troupes de défiler et de lui faire le salut. M. de Vaudreuil lui dit que c'était contre les ordres du roi, et qu'il ne le ferait que par un ordre par écrit; en même temps on fit apporter une caisse de tambour, et l'ordre y fut écrit dessus, et le salut se fit. Parmi tous ces mouvements, il y avait de la partialité : M. de Callières avait sa cour et M. de Vaudreuil la sienne, La plupart étaient fort embarrassés, ne sachant sur qui le gouvernement tomberuit ; dans cette attente chacun raisonnait, Comme je n'avais point de parti et que j'étais également bien avec tous les deux, je me souviens qu'étant avec M. de Vaudreuil. il me demanda, le même jour que les nouvelles de France arrivèrent! ce que j'en pensais : je lui dis nettement que je croyais que M. de Callières lemporterait ; et j'en étais presque sûr parce que M. le chevalier de Crissasy m'avait fait confidence des avis que M. de Callières avait reçus par les Anglais. Cependant M. de Vaudreuil me dit quil n en tâterait que d'ung dent. Le même jour, les paquets de la cour arrivèrent, qui contirmérent ce que je savais. M. de Vaudreuil n'eut pas de plus grand empressement que de venir à ma rencontre, pour me dire de ne point révéler ce quil mavait dit; je lui ai tenu parole, car voilà la première fois que je lai mis à jour. Les partisans de M. de Vaudreuil, quoique par 18 même promotion il fât nommé gouverneur de Montréal et M. de Ramesay commandant des troupes, se trouvèrent fort embarrassés, entre autres M. de la Durantaye qui, tout d'un coup prit son parti, demanda à passer en France, où il fit démission de sa compagnie, et fut fait conseiller au Conseil de Québec.”
Dans ces dernières lignes, les faits sont entassés un peu à la hâte, mais ils parait bien qu'ils ont eu lieu. M. de la Durantaye ne fut pas nommé immédiatement au Conseil Souverain : il y avait trop de tirage entre les puissances de la colonie, Le roi lui accorda, pour patienter, une pension annuelle de 600 francs, somme qui correspond à 400 piastres de nos jours, Voici le texte du brevet concernant cette faveur :
‘Aujourd'hui, dix-huitième du mois de mai mil sept cent un, le Roi étant à Versailles, voulant donner au S'de la Durantaye, ci-devant ‘apitaine d'une compagnie de soldats du détachement de la marine! dans
! Nommant de Calliéres gouverneur général,
* Troupe soldée par le budget de la marine. C'était de l'infanterie ordinaire et non pas des marins,
res rait les M.
ing, tait son M ps nna que par le V vait nne.
ent oint iens les ent sûr que reuil le la r'eut me car de r de fort ; SON e, et
hâte, t pas rage , une ‘ss de
n, le ‘vant dans
aire et
[sure] MOREL DE LA DURANTAYE 28
la Nouvelle-France, des marques de la satisfaction que Sa Majesté a des services qu'il lui a rendus pendant plus de trente-neuf années, en qualité d’'enseigne, de capitaine réformé et de capitaine en pied, tant en France qu'en Canada, où il s'est dignement acquitté des commandements qu'Elle lui a confié, Sa Majesté lui a accordé et fait don de six cents livres de pension annuelle qu'Elle veut lui être payée sa vie durant sur ses simples quittances par les Gardes de son trésor Royal présents et à venir, à commencer de ce Jourd'hui, et pour témoignage de sa volonté Sa Majesté m'a commandé de lui expédier le présent brevet qu'Elle a voulu signer de sa main, à être contresigné par moi, conseiller, secrétaire d'Etat et de ses commandements et finances.
“ (Signé ) Lours. PHILIPPEAUX.
M. de Callières étant mort, à la fin de mai 1703, M. de la Durantaye devint conseiller au Conseil de Québec, le 16 juin suivant, et prit son siège au mois de novembre, alors que M. de Vaudreuil était entré en fonction comme gouverneur général. La charge de consciller rapportait quelques centaines de piastres.
Je pense que la Durantaye habita l'une de ses scigneuries vers la fin de son existence, et qu'il y mourut, pauvre, cela va sans dire, vers 1727. huit années après le décès de sa femme,
Charlevoix observe que cet officier, dont le mérite était reconnu de tous, ne put jamais obtenir en Canada le grade qu'il avait gagné autrefois. Il n'était pas le seul dans ce cas — pour ne citer que la Vérenderie,