‹ Mort de François-Xavier Milton [microforme]Chapitre 1 sur 1 · NORT DE FRANCOÏS-XAVIER MILTON, ELEVE DU COLLEGE DE HONTREAL · texte numérisé non relu

NORT DE FRANCOÏS-XAVIER MILTON, ELEVE DU COLLEGE DE HONTREAL

Oui, l'Eglise dit vraie, l'Eglise notre mère,

Quand, pour nous détacher de cette vie amère,

Elle dit que les jours où meurent ses enfants,

Sont leurs jours de naissance, heureux et triomphants.

O digne objet d'amour, à Milton, ô bel ange !

Au sein cles voluptés pures et sans mélange

Dont le Ciel aujourd’hui couronne tes combats ;

Qui comprend mieux que toi, retiré d’ici-bas

Par PEpoux glorieux qui t’’admet à sa table,

De l’Epouse à quel point l’oracle est véritable. Milton, en t’envolant dans le sein de ton Dieu

Permets-moi de te dire un solennel adieu ;

Non que je veuille ici, puérile chimère,

Couronner ton beau front d’un laurier éphémère ;

Non, ta bouche à mes chants sourirait de pitié ;

Je ne viens donc t’offrir qu’un gage d’amitié,

Légère expression du regret qui me navre,

Dans ces vers composés près de ton saint cadavre. On dit, mais peu l’ont su, que dans ton noble sein,

En silence germait un généreux dessein ;

C'était de consacrer au divin Sacerdoce

Les fruits déjà mûris de ta raison précoce :

Dans ton pays natal, nouveau François-Xavier

Tu voulais de la foi te faire le levier,

Pour la construction de son grand édifice.

Ami, le Ciel accepte un si beau sacrifice,

Le Ciel veut exaucer ton sublime transport !

Tu seras prêtre, ami, mais prêtre par ta mort!

Ton corps sacrifié, victime virginale,

A l'épreuve du vice.à l’haleine infernale,

Consumant devant Dieu ce qu’il a de mortel,

Tel sera l’holocauste immolé sur lautel.

Ah ! nous qui te voyions dans ta longue insommie,

Préluder lentement au jour de l’agonie ;

Nous qui te voyions lire, en chrétien résigné, L'arrêt de ton trépas avant l’heure signé ;

Nous qui te voyions boire, au plus fort de lépreuve, La coupe dont il faut que tout mourant s’abreuve, Adorant la Justice en sa sévérité,

Nous nous ressouvenions de cette vérité :

Qu'on ne peut voir briller son jour de délivrance Sans passer au creuset de l’amère souffrance,

Et que la Croix austère est le seul point d’appui, Où notre Dieu Sauvëur attire tout à lui.

Une âme pure et nobie, ainsi qu'était la tienne, Souple aux impressions de la grâce chrétienne, Etait propre à porter au milieu des langueurs Tout ce que la Justice exerce de rigueurs.

Aussi ton héroïque et calme patience

Nous a de la foi vive enseigné la science ;

Le modèle accompii du courage à souffrir,

Le Ciel en ta personne a voulu nous Poffrir.

Oui, mon cœur gardera l’ineffaçable empreinte De ce jour où sur toi je versai l’huile sainte ; Qù ma main, l’apportant l’aliment qui rend fort, f» donna tant de vie à l’heure de la mort ;

ie ce Jour où des cieux la divine phalange Venant faire cortège à notre nouvel ange,

Au milieu d’un concert sublime et solennel,

Te porta radieux aux pieds de l’Eternel.

Hélas ! nous, condamnés à rester sur la terre, Pouvions-nous trop pleurer une tête si chère ! Pouvions-nous regretter, par trop de pleurs versés Le séduisant espoir qui nous avait bercés ?

Abstenons-nous pourtant de toute injuste plainte ; Dans les desseins de Dieu la sagesse estempreinte; Lorsque de sa bonté s’exerce l’attribut,

Il veut que sa justice ait aussi son tribut ;

C’est pour mieux signaler le bienfait qu’il procure, Que, mettant de côté toute victime obscure,

Sur cent agneaux chéris qui forment son troupeau, Son inflexible choix désigne ie plus beau.

Pourquoi craindre, Seigneur, de voir briller ton glaive, Quand l’Elu bien-aimé que ta main nous enlève Va posséder enfin la terre des vivants ;

Quand de sa piété les exemples fervents , Domptant la dureté de notre âme rebelle,

Vont nous faire imiter une vertu si belle?

Mon timide crayon ne pourrait qu’efleurer Les traits de cet ami que je sais mieux pleurer ; Mais les impressions dont sa mort fut suivie Pourront faire juger d’une si pure vie.

Pendant cinq jours, avant qu’on le mette au cercueil,

Sur son lit funéraire à tous il fait accueil.

Chacun, en vénérant la nouvelle relique ,

Couvre de saints baisers sa figure angélique ;

À sa bouche de rose, à son front radieux,

Chacun veut appliquer quelques objets pieux ;

Tous, remplis d’un respect silencieux et grave,

Respirent ses vertus comme un baume suave ;

Quiconque vient prier près de ce tendre ami

Se sent dans le devoir encor mieux affermi,

Et son chaste contact, électrique étincelle,

Redonne la vigueur à tout ce qui chancelle.

Tous les talents en lui semblaient se réunir.

Ah! n’ont-ils tant promis que pour ne rien tenir ?

A dix-huit ans, déjà son précoce génie

Montrait la rectitude à la noblesse unie ;

Constamment à l’étude appliqué, diligent,

Il ornait son esprit solide, intelligent,

Des fleurs de l’éloquence et de la poésie,

Sans que jamais pourtant la basse jalousie

S’alarmât des succès de ses heureux travaux ;

Sa douce modestie, en charmant ses rivaux,

Les forçait d’applaudir, à chaque fin d’année,

Aux lauriers dont brillait sa tête couronnée.

Rempli du sentiment de sa propre grandeur,

De la fougue des sens il réprimait l’ardeur,

Et, puisant dans la foi sa vertu plus qu’humaine,

Il exerçait sur lui le plus parfait domaine.

Jardin délicieux où les plus belles fleurs

Etalaient à l’envi de pompeuses couleurs ;

Champ où l’homme ennemi n’avait point mis d’ivraié,

Cœur ferme et généreux, âme candide et vraie.

Pour le culte chrétien plein d’un respect profond,

La piété fervente était son riche fond.

Chez lui, les dons de grâce et les dons de nature

Croissaient également et presque sans culture :

Sagesse, esprit, beauté, littéraires progrès,

Tout conspire à créer de plus cuisants regrets ;

Fallait-il donc hélas! qu’il unît tant de charmes,

Pour nous faire verser de plus amères larmes ? Mais si nous pleurons tant l’objet de tant d'amour,

Quels pleurs répand celui qui lui donna le jour ?

Grand Dieu ! lorsque plus prompt que la foudre qui passe,

En traçant un sillon jusqu’au bout de l’espace, Pour annoncer sa mort, l’électrique chaînon

Aux oreilles du père alla porter son nom,

Qui pourrait exprimer la secousse rapide

Dont devait succomber un cœu: moins intrépide ? Qui pourrait dire encor quel effroyable trait

Jusqu'au fond de son âme entrait et pénétrait ?

Tel que Jacob devant la sanglante tunique,

En apprenant la mort de son enfant unique,

Sans doute que du jour dédaignant le flambeau,

Il n’aspira dès-lors qu’à descendre au tombeau.

Inconsolable père, ah! si ton infortune

Se pouvait alléger en devenant commune,

Tout profond qu’est le deuil où je te vois plongé,

Certes, dans ce moment tu serais soulagé.

Je ressens avec toi ce que ces funérailles,

Ont versé d’amertume au font de tes entrailles ! | Eh bien! dans ton malheur sais-tu ce qu’il te faut ?

C’est un secours céleste ct ia force d’en-hant.

Courage donc ! touché du regret qui te mine,

Ton fils fera couler de la source divine

Le baume consolant dont la douce vertu

Ramènera le calme en ton cœur abattu.

Oui, Francis, au milieu de la grande demeure

Intéresse le Ciel pour ton père qui pleure ! i Toi qui, du dernier jour accusant les délais, Voulais revoir ta mère au sublime palais,

Car tu t'en vis privé, n'étant qu’à la mamelle, Aujourd’hui bienheureux, et triomphant comme elle, Jette, avec elle aussi, ton filial coup d’æil

Sur les douleurs d’un père abimé dans son deuil. Priez tous deux, priez pour lui, pour ton aïeule

Que tu viens de laisser inconsolable et seule. Là-haut, comme ici-bas, fidèle à tes amis,

Songe à tenir aussi ce que tu m’as promis ; Rappelle-toi, Milton, qu’à 1on dernier passage , J’osai bien te charger d’un important message;

Ce fut dé demander qu’à ton cœur fraternel

J’aille bientôt munir près du trône éternel : À Oui, que par sa vertu, ton précoce martyre Avant des jours bien longs auprès de toi m’attire, Et que mon corps usé dans les rudes travaux, 4 Me laisse enfin voler vers les mondes nouveaux. L’odeur que tes vertus répandent après elles j Pour monter jusqu’à toi me donnera des ailes. : Adieu, Milton, adieu. Dans l’attente du jour ? Qui, pour nous réunir dans l’auguste séjour, Doit terminer ici ma course passagère,

Qu’à tes saints ossements la terre soit légère !

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