‹ Mort de SocrateChapitre 26 sur 94 · LU DES DESTINÉES · texte numérisé non relu

LU DES DESTINÉES

litanies chantées eussent accompli leur refrain monotone, et que le dernier soupir de ces voix pieuses se fut assoupi dans le silence accoutumé de ces vieux débris.

« Voilà, disions-nous en nous levant, ce que sera sans doute la poésie des derniers âges : soupir et prière sur des tombeaux, aspiration plaintive vers un monde qui ne connaîtra ni mort ni ruines. »

Mais j'en vis une bien plus frappante image quelques mois après dans un voyage au Liban : je demande encore la permission de la peindre.

Je redescendais les dernières sommités de ces alpes ; j'étais l'hôte du cheik d'Eden, village arabe maronite suspendu sous la dent la plus aiguë de ces montagnes, aux limites de la végétation, et qui n'est habitable que l'été. Ce noble et respectable vieillard était venu me chercher avec ses fils et quelques-uns de ses serviteurs jusqu'aux environs de Tripoli de Syrie, et m'avait reçu dans son château d'Eden avec la dignité, la grâce de cœur et l'élégance de manières que l'on pourrait imaginer dans un des vieux seigneurs de la cour de Louis XIV. Les arbres entiers brûlaient dans le large foyer ; les moutons, les chevreaux, les cerfs étaient étalés par piles dans les vastes salles, et les outres séculaires des vins d'or du Liban, apportées de la cave par ses serviteurs, coulaient pour nous et pour notre escorte. Après avoir passé quelques jours à étudier ces belles mœurs homériques, poétiques comme les lieux mêmes où nous les retrouvions, le cheik me donna son fils aîné et un certain nombre de cavaliers arabes pour

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