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GOLFE DE SANTA RESTITUTA

DANS l'île d'iSCHIA

Des pêcheurs, un matin, virent un corps de fenune Que la vague nocturne au bord avait roulé ; Même à travers la mort sa beauté touchait Tâme. Ces fleurs, depuis ce jour, naissent près de la lame Du sable qu elle avait foulé.

D'où venait cependant cette vierge inconnue Demander une tombe aux pauvres matelots ?

Nulle nef en péril sur ces mers n'était vue; Nulle bague à ses doigts : elle était morte et nue, Sans autre robe que les flots.

Ils allèrent chercher dans toutes les familles Le plus beau des linceuls dont on pût la parer ; Pour lui faire un bouquet, des lis et des jonquilles ;

Pour lui chanter Fadieu, des chœurs de jeunes tilles ; Et des mères pour la pleurer.

Ils lui firent un lit de sable où rien ne pousse, Symbole d'amertume et de stériHté ; Mais les fleurs de pitié rendirent la mer douce, Le sable de ses bords se revêtit de mousse, Et cette fleur s'ouvre Tété.

Vierges, venez cueillir ce beau lis solitaire. Abeilles de nos cœurs dont F amour est le miel ! Les anges ont semé sa graine sur la terre ; Son sol est le tombeau, son nom est un mystère ; Son parfum fait rêver du ciel.

Ainsi, quand l'aigle du tonnerre Enlevait Ganymède aux cieux, L'enfant, s'attachant à la terre, Luttait contre l'oiseau des dieux; Mais entre ses serres rapides L'aigle, pressant ses flancs timides, L'arrachait aux champs paternels; Et, sourd à la voix qui l'implore.

Il le jetait, tremblant encore, Jusques aux pieds des immortels.

Ainsi quand tu fonds sur mon âme,li Enthousiasme, aigle vainqueur.

Au bruit de tes ailes de flamme Je frémis d'une sainte horreur; Je me débats sous ta puissance, Je fuis, je crains que ta présence N'anéantisse un cœur mortel.

Comme un feu que la foudre allume.

Qui ne s'éteint plus, et consume Le bûcher, le temple et l'autel.

Mais à l'essor de la pensée L'instinct des sens s'oppose en vain :

Sous le dieu mon âme oppressée Bondit, s'élance, et bat mon sein.

La foudre en mes veines circule :

Étonné du feu qui me brûle, Je l'irrite en le combattant, Et la lave de mon génie Déborde en torrents d'harmonie.

Et me consume en s' échappant.

Muse, contemple ta victime!

Ce n'est plus ce front inspiré.

Ce n'est plus ce regard sublime Qui lançait un rayon sacré :

Sous ta dévorante influence, A peine un reste d'existence A ma jeunesse est échappé; Mon front, que la pâleur efface.

Ne conserve plus que la trace De la foudre qui m'a frappé.

Heureux le poète insensible !

Son luth n'est point baigné de pleurs ;

Son enthousiasme paisible

N'a point ces tragiques fureurs.

De sa veine féconde et pure

Coulent, avec nombre et mesure,

Des ruisseaux de lait et de miel ;

Et ce pusillanime Icare,

Trahi par l'aile de Pindare, Ne retombe jamais du ciel.

Mais nous, pour embraser les âmes,

11 faut brûler, il faut ravir

Au ciel jaloux ses triples flammes :

Pour tout peindre, il faut tout sentir, f [

Foyers brûlants de la lumière, j

Nos cœurs de la nature entière

Doivent concentrer les rayons ;

Et Ton accuse notre vie !

Mais ce flambeau qu'on nous envie

S'allume au feu des passions.

Non, jamais un sein pacifique

N'enfanta ces divins élans.

Ni ce désordre sympathique

Qui soumet le monde à nos chants.

Non, non, quand l'Apollon d'Homère,

Pour lancer ses traits sur la terre.

Descendait des sommets d'Éryx,

Volant aux rives infernales,

Il trempait ses armes fatales

Dans les eaux bouillantes du Styx.

Descendez de l'auguste cime Qu'indignent de lâches transports !

Ce n'est que d'un luth magnanime Que partent les divins accords.

Le cœur des enfants de la lyre

Ressemble au marbre qui soupire Sur le sépulcre de Memnon :

Pour lui dcmner la voix et l'âme, Il faut que de sa chaste flamme L'œil du jour lui lance un rayon.

Et tu veux qu'éveillant encore Des feux sous la cendre couverts, Mon reste d'âme s'évapore En accents perdus dans les airs I La gloire est le rêve d'une ombre ; Elle a trop retranché le nombre Des jours qu'elle devait charmer.

Tu veux que je lui sacrifie Ce dernier souffle de ma vie !

Je veux le garder pour aimer.

COMMENTAIRE

Cette ode est du même temps. C'est une goutte de la veiue lyrique de mes premières années. Je récrivis un matin à Paris, dans une mansarde de Thôtel du maréchal de Richelieu, rue Neuve-Saint-Augustin, que j'habitais alors. Un de mes amis entra au moment où je terminais la dernière strophe. Je lui lus toute la pièce; il fut ému. Il la copia, il l'emporta, et la lut h quelques poètes classiques de l'époque, qui encouragèrent de leurs applaudissements le poète inconnu. Je la dédiai ensuite à cet ami, qui faisait

lui-même des vers remarquables. C'est M. Rocher, aujourd'hui une des lumières et une des éloquences de la haute magistrature de son pays. Nos routes dans la vie se sont séparées depuis; il a déserté la poésie avant moi. Il y aurait eu le» succès promis à sa belle imagination. Nos vers s^ëtaient juré amitié : nos cœurs ont tenu la parole de nos vers.

LA RETRAITE

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