‹ Morteville: drame en trois actesChapitre 17 sur 35 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

Thérèse, Marie Robin, Claudine, Babon claudine

(Apparaissant à gaiitlic, à l'entrée da jaidin i adressant à Marie Robin).

Thérèse est-elle là?

MARIE ROBIN

Oui, ma petite; tu peux entrer.

CLAUDINE

Toute seule ?

MARIE ROBIN

Il n'y a que le muet et moi avec elle. Mais ça ne compte guère, hein?

CLAUDINE (avec un soupir profond).

Ah!

Elle entre.

MARIE ROBIN (la suivant, à part).

Elle aurait bien voulu trouver quelqu'un d'autre, la pauvre chatte! Mais le maître d'école n'est pas là.

Elle entre.

THÉRÈSE

Ah! c'est toi Claudine? Tu f:\is bien de venir, je suis contente...

CLAUDINE

Crèche était sorti. Il rôde quelque part dans la forêt. J'en avais assez d'être enfermée toujours. Je me suis sauvée, par la fenêtre. Ombredane m'a bien vu; mais il ne dira rien.

THÉRÈSE

Ma pauvre petite, on t'a encore maltraitée?

Tu as les yeux rouges.

CLAUDINE

Il ne veut plus que je vienne ici. Toute la journée, il grogne. Quand je ris, il dit que je veux me moquer de lui. Il menace de m'étrangler, si je le trompais. Je crois bien qu'il finira par se débarrasser de moi un jour. Faut-il t'aider?

THÉRÈSE Merci. (EUes plient ensemble le linge). Est-ce

que tout est rentré, Marie Robin ?

MARIE ROBIN

Il y en a encore pour une charpagne, not'dame. Seulement, la corde est un peu trop haute ; je ne peux pas décrocher le linge toute seule ; je ne suis pourtant pas petite, hein?

THÉRÈSE

Eh bien, dis à Babon de t'aider.

Marie Robin va frapper sur l'épaule de Babon et lui explique, par gestes, ce qu'elle veut de lui. Ils sortent ensemble dans le jardin.

CLAUDINE

Voilà donc que tu emploies la folle comme servante maintenant ? Elle ne pouvait rien faire.

THERESE

Avec de la patience, on l'a apprivoisée.

Elle gagne sa vie ainsi : cela vaut mieux que de rôder toujours, n'est-ce pas? On nous a dit d'avoir pitié d'elle.

CLAUDINE

Ah ! on vous l'a dit...

MARIE ROBIN (dans le jardin, à Babon).

OÙ t'en vas-tu ? où t'en vas-tu ? C'est par ici. (Elle lui prend le bras). Tiens, là-haut ! décroche-moi çà. Oh mon Dieu, j'aimerais mieux mourir que de n'avoir ni oreilles, ni langue!

CLAUDINE

Ton mari est toujours dehors.^

THÉRÈSE

11 est allé avec les autres, voir les travaux de la route que Ton construit au col du Peutmont. Il paraît que la tranchée sera finie ce soir; nos ouvriers se rencontreront avecceux du Herloch, qui travaillent de leur côté à ce chemin. Il y aura entre eux une espèce de fête, — comme l'autre semaine, quand les charpentiers ont attaché le bouquet sur le toit de l'hospice.

CLAUDINE

Ah ! oui, je sais. On ne reconnaîtra bientôt plus ce pays.

THÉRÈSE

N'est-ce pas ? Comme tout a changé ! On a défriché la forêt, et on dirait à présent qu'il ne fait plus noir sur nous. On ne parle plus de se battre ; on n'entend plus que le bruit des pioches dans les champs, dès que la neige commence à fondre ; et Thiver, ce sont les rouets qui tournent devant la cheminée, au temps des loures!

CLAUDINE

Tu es contente, n'est-ce pas .^ Je vois cela dans tes yeux; car toi, tu es sérieuse ; tu ne ris pas comme moi , . . quand je riais ! — Martin est-il satisfait aussi ?

THÉRÈSE (avec un peu de gêne).

Martin !... je pense que oui; c'est lui qui commande toutes ces choses... Pourtant...

On entend dans le bois un cri d'appel « houhou ». Marie Robin tend l'oreille.

MARIE ROBIN

Paix là!... C'est moi qu'on appelle; je

connais l'oiseau qui fait ce cri là... Mais mon

linge?.. Tant pis, je me sauve. (Mettant le panier

dans les bras de Babon). Porte ça à ta repasseuse, mon grand niguedouille, porte ça; et si elle demande où je suis, tu lui diras... Tu ne diras rien.

Elle se sauve à droite, vers les arbres.

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