‹ Morteville: drame en trois actesChapitre 4 sur 35 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

LE PROLOGUE, sous la /orme â'uuc femme enveloppée -de toiles gris, s'èl^ leiilemeiil bon de iem et apparaît entre les rideaux écartés.

Je dormais depuis des siècles, oubliée au fond de la v;illée noire.

A l'heure où le soir tombe comme un manteau sur les épaules du Géant d'Alsace, une voix m'a éveillée et m'a fait sortir hors

de Tombre. Me voici. Je vais parler pour vous et évoquer le secret enseveli sous les joncs de rétang desséché, la tragique histoire de Morteville.

Nul ne sait plus le nom de la cité qui. jadis, se dressait dans ce lieu et qu'ont engloutie les eaux. Une race d'hommes puissants et orgueilleux l'habitait, tandis qu'alentour, dans la forêt sauvage, vivaient des êtres misérables, un peuple de charbonniers et de chasseurs, — vos pères! Voyez ce qu'ils ont été, et songez à ce que vous êtes.

Un étranger, qui portait la pitié et l'amour dans ses mains délicates, sortit de sa ville et vint au milieu d'eux. 11 voulait adoucir leur sort, instruire leur ignorance, faire d'eux des hommes plus humains... Hélas! comme ils l'ont récompensé! La mort pour lui, la mort pour la chaste et fidèle créature qui l'aimait, tel fut le prix de son sacrifice. Et ceux qu'il rêvait de rendre heureux, les voilà qui vont se ruer d'eux-mêmes au massacre et se faire anéantir.

Mais que personne ici ne croie que le dévouement puisse rester inutile et qu'un homme souffre vainement pour son prochain !

Tôt ou tard, il porte son fruit; la pitié fleurit

sous le sang et sous les larmes. Vous verrez à la fin, après des luttes féroces, des crimes et des catastrophes qui ont rempli d'horreur la sévère montagne, la paix réconcilier ce troupeau d'ennemis, et de cet amas de misères sortir enfin la concorde, la liberté et l'espérance !

Ensuite je redescendrai dans ma nuit.

Et vous, en nous quittant, retournez-vous du côté de la lumière! Si vos yeux se sont mouillés à contempler un spectacle douloureux ou terrible, n'en ayez point de doute, et ne vous le reprochez pas.

Une autre fois , — bientôt — on vous présentera des images joyeuses et l'on tâchera de vous faire rire plus que vous n'avez pleuré.

Mais il est bien, parfois, — comme pour mieux se réjouir du matin, on repasse un mauvais rêve, — de regarder en arrière vers les ténèbres, pour marcher avec plus de confiance vers la clarté éternelle de l'avenir!

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