‹ Mosaïque littéraireChapitre 34 sur 56 · D'UNE COMÉDIE INÉDITE · texte numérisé non relu

D'UNE COMÉDIE INÉDITE

INTITULEE

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DUBREUIL, DURMONT.

DUBREUIL

On a sonné , je crois , quelqu'un vient.

DURMONT.

J'ai l'honneur

DUBREUIL

Mon cher monsieur , je suis votre humble serviteur. Seriez-vous?...

DURMONT.

Oui, Durmont.

DUBREUIL

Eh ! permettez , de grâce , Mon bon Durmont , il faut qu'ici je vous embrasse.

DURMONT.

Vous me rendez confus.

DUBRKUIL. •

On sait tout ce que vaut La vertu.

DURMONT.

Ma vertu ! me prend-il pour un sot ?

DUBREUIL

On m'a parlé de vous et de votre mérite , De votre ordre surtout , et j'ai voulu de suite Vous connaître.

DURMONT.

Je suis enchanté , transporté D'un accueil si flatteur.

DUBREUIL

Il est bien mérité.

DURMONT.

Trop heureux d'obtenir , monsieur , votre suffrage. Par de telles bontés mon amour s'encourage , ; Un doux espoir le guide, et je viens

DUBREUIL

A propos , Vous arrivez bien tard.

DURMONT.

J'ai si peu de repos

Les affaires , la Bourse

Ce matin si promise.

272 miscellànées.

dubreuil.

Oui , mais votre visite

DURMONT.

A peine suis-je quitte A cette heure ; des soins qu'on ne diffère pas , De graves intérêts ont arrêté mes pas.

DUBREUIL

Certe , il ne faut pas moins qu'une affaire majeure Pour faire pardonner à qui néglige l'heure.

DURMONT.

Il est certain rapport entre nous, je le vois; Compter est pour tous deux la première des lois : Vous calculez le temps, c'est l'or que je calcule.

(à part.) Le bonhomme Dubreuil est vraiment ridicule.

DUBREUIL

Aux rendez-vous toujours il faut venir à temps.

DURMONT.

Excusez moi ; comblé de détails importants , Je me dois au public et ne m'appartiens guères ; Mais je viens déposer le fardeau des affaires

MISCBLLANÉES. 273

Aux pieds de la beauté ; car , monsieur, je vous veux Expliquer l'intérêt qui m'attire en ces lieux ; Votre fille me plaît.

DUBREUIL

Vous ne l'avez point vue.

DURMONT.

Par la tradition sa beauté m'est connue ; Sans doute en la voyant je l'aimerai bientôt,

DCBftEUIL.

Cela peut être; mais....

DCRMONT.

Je m'explique en un mot.

Vous êtes riche ; moi , j'ignore ma fortune , Elle flotte au milieu de la masse commune , Et , pour s'y reconnaître , il faut réaliser. Voilà ce qu'en ami je viens vous proposer : Par l'aimable lien d'un heureux hyménée Votre fille à mon sort unit sa destinée ; Nos biens sont séparés , soudain je les confonds ; J'épouse votre fille et fais valoir vos fonds. Pour ce commerce on sait mon tact et mon adresse ; Dans les effets publics j'attends ou fais la baisse , Et quand j'y vois paraître un favorable taux , Je m'y jette moi-même , avec vos capitaux ; Bientôt en revendant j'ajoute à notre masse. Tour-à-tour , à propos , je place , je déplace :

L'or veut , comme la terre , être fertilisé , Et par de l'or sans cesse il doit être arrosé. Je vends pour acheter , et j'achète pour vendre ; J'emprunte pour prêter , et lâche pour mieux prendre. Un domaine est en vente , admirez ! cette fois , J'en acquitte le prix par la coupe des bois. Tout m'est bon : sur les grains je spécule , brocante ; Chaque jour cependant , notre fortune augmente ; Enfin

DUBREUIL

D'un tel discours je suis fort étonné : Solitaire paisible , à Passy confiné , J'ai peu vu vos pareils du fond de mon asile : J'ignorais qu'à Paris il fut une autre ville.

(à part.) Oh ! quel homme !

DURMONT.

Avec moi venez y voyager.

DUBREUIL

Ce voyage , monsieur, peut avoir son danger.

DURMONT.

Vous y verrez la Bourse à l'heure d'assemblée : La foule tourbillonne , et dans cette mêlée , Ainsi qu'en un combat, nos modernes Crésus Suivent , hardis guerriers, retendait de Plulus.

Sous un habit râpé vous y verrez l'intrigue Exercer librement la cabale et la brigue ; D'adroits spéculateurs sur la crédulité Faire la contrebande avec impunité.

Hier simple commis , un certain Evariste Aujourd'hui se trouve être un gros capitaliste. Dans ce bazar fameux on sait faire trafic D'un ministre qui tombe et de l'esprit public. Timide en sa naissance, avec lenteur circule Un faux bruit ; il rencontre une oreille crédule (Il annonce un malheur), et soudain répété , De cent bruits mensongers il s'avance escorté. On connaîtra demain , à l'aide de la presse , La vérité ; qu'importe ? il fallait une baisse. Thermomètre vivant, tantôt bas , tantôt haut , La Bourse dans Paris fait le froid et le chaud.

DUBREUIL

Je comprends. Un revers devient une ressource; Un désastre public n'est plus qu'un jeu de Bourse , Où l'habile intrigant, l'avide agioteur, Souvent sur l'infortune établit son bonheur , Et, trouvant dans ces maux d'inépuisables mines , Bâtit son opulence à force de ruines.

DLRMONT.

Que voulez-vous , Monsieur ? c'est pure vérité, Et si je vous vous disais qu'on a vu la beautéf,

276 M1SCELLANÉJÏS.

La mode , spéculant à l'ombre du mystère ; La jeunesse prenant la Bourse pour Cythère ; Les grâces désertant les plaisirs du boudoir; La volupté payée avec l'or du comptoir !.... Au faste , à l'élégance , il faut bien satisfaire !

DUBREUIL

Entre l'or et l'honneur, c'est l'or que l'on préfère!..,.

DURMONT.

On est sage , estimé , dès que l'on a du bien ,

Et l'on n'est plus qu'un sot, du moment qu'on n'a rien.

DUBREUIL

Je le vois trop , monsieur , votre jeu de la rente Est comme la roulette ou le trente et quarante : Je vous comprends enfin , et crois qu'un pareil jeu Avec l'ordre, monsieur, s'accommode assez peu. C'est un dérèglement qui du souverain juge Pourra nous attirer quelque nouveau déluge : J'en tremble. 0 temps ! ô mœurs ! ô commerce fatal f Pour un qu'il enrichit , trente sont mis à mal , Et sans doute

DURMONT.

Il est vrai , cette mer dangereuse En écueils est féconde, et souvent orageuse. Plus d'un riche moderne a fatigué le sort , Et son ambition a fait naufrage au port.

Dorville hier encor nageait dans l'abondance Un seul coup a détruit sa factice opulence ; Mais, plus prudent

DUBREUIL

Je plains cet homme infortuné ; A d'éternels regrets il se voit condamné. Hélas ! il n'est qu'un pas du luxe à la détresse , Et la misère habite au sein de la richesse.

DURMONT.

Navigateur prudent , et du vent secondé , Je vous sers de pilote , et par moi seul guidé , Vous pourrez

DUBREUIL

Je suis las , monsieur , de vous entendre , Et ma sincérité va se faire comprendre. En solides biens-fonds j'ai quelques revenus Très suffisants pour moi; je ne veux rien de plus , Et des chances du jeu je n'ai point fait étude. Je vis dans ma retraite, exempt d'inquiétude : Je ne demande pas au ciel de plus grands biens. Je blâme vos travers , j'ai peut-être les miens. Sur la félicité seulement je spécule ; Je règle ma conduite ainsi que ma pendule ; J'aime l'ordre, et je plains tous ceux qui n'en ont pas.. Augmenter ma fortune a pour mofpeu d'appas.

Avec zèle je sers mes amis , ma famille ;

En un mot , je suis père , et je chéris ma ûllc.

J'ai tout dit.

DURMONT.

Je vois bien que vous me refusez , Que mes vœux , mes, conseils , sont ici méprisés ;

Je suis faifaux revers , de tout je me console

Eh î mais, à Tortoni j'avais donné parole....

, (Trois heures sonnent à une pendule.) Trois heures ! dépêchons , je perds mon temps ici...., Quelle folie à moi de venir à Passy , En ce pays perdu, pour chercher un beau-père! Dans la haute finance il est mainte héritière ; Et si je perds mes pas dans le quartier d'Antin , Eh bien! j'exploiterai le faubourg Saint-Germain. Adieu donc.

DUBREUIL , resté seul.

Serviteur. Quel homme abominable !

0 ciel ! vit-on jamais un désordre semblable !

DE 1815, ou

31 ne faut pas juger sur l'apparence ,

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