‹ Mosaïque (volume 2)Chapitre 54 sur 102 · LE BAN DE CROATIE · texte numérisé non relu

LE BAN DE CROATIE

(Imité de l'illyrique)

Il y avait un ban de Croatie qui était borgne de l'œil droit et sourd de l'oreille gauche. De son œil droit il regardait la misère du peuple; de son oreille gauche il écoutait les plaintes des voïvodes. Et qui avait de grandes richesses était accusé, et qui était accusé mourait. De cette manière il fit décapiter Humanay-Bey et le voïvode Zambolich, et il s'empara de leurs trésors. A la fin, Dieu fut irrité de ses crimes, et il permit à des spectres de tourmenter son sommeil. Et toutes les nuits, au pied de son lit, se tenaient debout Humanay et Zambolich, le regardant de leurs yeux ternes et mornes. A l'heure où les étoiles pâlissent, quand le ciel devient rose à l'Orient, alors, ce qui est épouvantable à raconter, les deux spectres s'inclinaient comme pour le saluer par dérision; et leurs têtes, sans appui, tombaient et roulaient sur les tapis, et alors le ban pouvait dormir. Une nuit, une froide nuit d'hiver, Humanay parla et dit r

— Depuis assez longtemps nous te saluons; pourquoi ne nous rends-tu pas notre salut?

Alors le ban se leva tout tremblant; et, comme il s'inclinait pour les saluer, sa tête tomba d'elle-même et roula sur le tapis.

LK HEYDUQUE MOURANT

(Imité de l'illyrique)

— A moi! vieux aigle blanc, je suis Gabriel Zapol. qui t'ai souvent repu de la chair des Pandours, mes ennemis. Je suis blessé, je vais mourir; mais, avant de donner à tes aiglons mon cœur, mon grand cœur, je te prie de me rendre un service. Prends dans tes serres ma giberne vide et la porte à mon frère George pour qu'il me venge. Dans ma giberne il y avait douze cartouches, et tu verras douze Pandours morts autour de moi. Mais ils sont venus treiz(\ et le treizième, Botzaï, le lâche, m'a frappé dans le dos. Prends aussi dans tes serres ce mouchoir brodé, et le porte à la belle Khava pour qu'elle me pleure.

Et l'aigle porta sa giberne vltle à son frère George, et il le trouva qui s'enivrait d'eau-de-vie. Et il porta son mouchoir brodé à la belle Khava, et il la trouva qui se mariait à Botzaï'.

1. J'ai In, l'anTK^e dernière, à Athènes, une chanson grecque Hont la fin a quelque analogie avec celle de celte ballade. Les beaux g«^nies se rencontrent. En voici une traduction.

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