‹ Mosaïques romaines des musées de LyonChapitre 129 sur 136 · Voir chap. IX, § II, n° 2, et le fig · texte numérisé non relu

Voir chap. IX, § II, n° 2, et le fig

4. Conseil municipal. Procès-verbaux des séances, 2' semestre 191 1, p. m. 5. /&t(f., p. iSaetsuiv.

coût de la restauration, il était impossible, disait le rapport ^, de l'évaluer alors, même approximativement.

6. L'ablation, qui était urgente, fut faite au cours de Tété, sous la direction de Claudius Mora, selon le procédé de Belloni perfectionné. J'ai cité, dans le chapitre relatif à la mosaïque Macors 2, la définition donnée par Artaud de ce procédé lui-même. Voici celle que mon collaborateur M. Germain de Montauzan ^, qui suivit le travail de Mora, donne de cette méthode telle que l'appliquent aujourd'hui les spécialistes, héritiers de Belloni : « Après un bon lavage de la surface et un séchage dont le degré absolu est indispensable, la mosaïque fut cirée et frottée soigneusement à la façon d'un parquet. Puis on détermina différentes lignes de sectionnement, divisant la surface en un assez grand nombre de rectangles inégaux — une quarantaine pour ce qui reste de la mosaïque et qui se réduit à 12 mètres carrés — , ces rectangles étant calculés par la nécessité de ne couper aucun motif essentiel et de suivre autant que possible... les zones neutres. Puis chaque rectangle fut recouvert, d'abord d'une bande de papier Joseph coupée exactement à sa mesure, enduite d'une colle forte appliquée à chaud, (gomme arabique et farine de seigle cuite). Quand ce fut bien sec, le papier fut doublé d'une bande de toile, de la même dimension, soigneusement étirée et collée par-dessus. Toute la surface étant ainsi garnie, on découpa avec un petit ciseau très tranchant le pourtour des rectangles, détachant et conservant à part une rangée de cubes le long de chaque ligne, et entamant ensuite le ciment sous cette ligne... Puis, par le côté ou les côtés libres dès l'abord ou déjà dégagés, on creusait pour chaque rectangle sous le ciment, de manière à dégager le bloc formé par la portion de mosaïque et son support découpés ; ce bloc enlevé et retourné, le ciment était décapé au ciseau jusqu'à la face de dessous des cubes. A l'exception de quelques dizaines sur des milliers, les cubes restèrent parfaitement adhérents à leur carapace de papier entoilé... Le moment venu, on étendra, à l'emplacement désigné, un ciment préparé à cet effet. On enfoncera chacune de ces larges galettes dans

I. Ce rapport est inséré au Bulletin municipal, 191 1, a" semestre, p. 141.

a. Chap.I, §III,n<'i.

3. Ann. de V Univ. de Lyon, nouv. série, II, 25, p. 65 et suiv.

la pâte avant qu'elle ait fait prise. La toile, chauffée, se décollera ensuite, ainsi que le papier. Il ne restera plus qu'à rajuster les petits cubes des lignes de contour et à faire les quelques restaurations indispensables ;-.

7. Dans son rapport du 22 août, le maire annonçait que la mosaïque de Bacchus et des Saisons était « destinée au futur plancher du nouveau Musée Guimet ». Un conseiller demanda, dans la séance du 25 septembre, pourquoi elle n'irait pas au Palais des Arts. Il lai fut répondu qu'aucun emplacement n'était disponible dans ce musée et que, d'ailleurs, elle serait bien placée au Musée Guimet ; car elle avait trait au culte dionysiaque. On ne peut, en vérité, prendre au sérieux ni l'une ni l'autre assertion. La place ne manquait pas, à la seule condition de la chercher avec le désir de la trouver, dans les salles du Palais des Arts, pour un monument qui n'est point du tout à sa place dans une salle du Musée Guimet \ Quoi qu'il en soit, la chose fut décidée et faite. Il suffit de lire, au Guide illustré du Musée Guimet, la légende de la planche III : Tombeau de Ramsès I^^ et Mosaïque de Fourvière, pour sentir l'inconvenance de cet exil inutile. Sans doute, il y a autre chose qu'elles dans les locaux du Palais Saint-Pierre où les mosaïques romaines ont été reposées ; mais elles y sont ensemble, elles y forment une collection dont il ne fallait pas séparer la dernière rendue au jour 2.

J'ai demandé ou fait demander s'il existait un dossier concernant cette mosaïque, soit à l'architecture municipale, soit au bureau ou au contrôle des travaux de la ville. Partout la réponse a été négative. Je n'ai pu avoir les papiers ni de l'architecte Blein qui dirigea la transformation du Palais de Glace en nouveau Musée Guimet, ni du maître mosaïste Claudius Mora qui fut chargé de l'enlèvement 3. Si le crédit de i .000 francs voté pour cette opération suffit ou non à la dépense, je l'ignore. Mais je connais le coût exact de la restauration et de la repose, grâce au mémoire que m'a commu-

I. Galerie du rez-de-chaussée, salle égyptienne. Cf. Guide illustré du Musée Guimet de Lyon, 1913, p. 35 et suiv. Il est dit dans la notice que les « torsades se croisent à angle droit de manière à figurer des swasticas, symboles de lumière , que « ces cordons qui s'enchevêtrent et n'ont ni commencement ni fin sont des symboles d'éternité ". Pareille intention symbolique ne fut certainement pas dans l'esprit des mosaïstes romains, qui voulurent donner un cadre élégant à leurs tableaux, et ne voulurent rien de plus.

I. On va voir, § II, qu'elle n'est plus maintenant la dernière ou, pour parler plus exactement, la dernière de celles qui, rendues au jour, ont pris ou vont prendre place dans les collections de la ville ; mais aussi que 1 a dernière n'aura pas à subir un exil de cette sorte .

a. Ils sont décédés l'un et l'autre.

nique obligeamment M. Bertin. Avec son associé, M. Ciancia, il fut, du vivant même de Mora, le successeur de celui-ci pour ces deux parties du travail. Le devis se monte à 1.662 francs 70. Il est daté du 20 août 1913. La mosaïque était déjà reposée en mai, lorsque se fit l'inauguration solennelle du nouveau musée ; il ne restait plus qu'à substituer sur place, aux grands cubes verts dont les vides du tableau central avaient été garnis provisoirement, ceux de la restauration définitive. C'était, pour les mosaïstes modernes, la phase la plus délicate de leur travail, non pas en ce qui regardait le dessin, puisque toutes les lignes essentielles subsistaient, mais en ce qui tenait aux nuances du coloris. Rien n'était plus facile, au contraire, que de compléter la torsade et le filet du cadre et du labyrinthe. Quant aux deux tableaux d'angle, dont l'un manquait tout entier, l'autre presque tout entier, on a comblé les lacunes avec des cubes blancs pareils à ceux du champ. En somme, la mosaïque a été restaurée habilement et discrètement. Elle est de la sorte plus agréable à voir pour le commun des visiteurs d'un musée que si on l'avait reposée telle quelle ou à peu près, c'est-à-dire en garnissant de cubes blancs tous les vides intérieurs et en laissant les lignes brisées du pourtour se dessiner, comme ses lignes intactes, sur le pavé de la salle. Les esprits rigoureusement scientifiques eussent préféré cependant cette solution.

I. La mosaïque dont il me reste à parler fut découverte en juin et juillet 191 3, dans le même clos du Verbe-Incarné, mais dans la partie de ce clos qui est située entre les bâtiments modernes, au sud, et le terrain militaire de la Sarra, au nord. Elle gisait, à une quarantaine de mètres de la précédente mosaïque, sous trois et quatre mètres de remblai. Nous pûmes constater dès lors, par des sondages latéraux, qu'elle n'était pas isolée. Nos recherches, poursuivies à l'automne de 191 3 et achevées au printemps de 191 4, démontrèrent qu'elle était flanquée, à l'ouest, de deux autres, à l'est, de quatre autres pavements, moins beaux ou moins bien conservés. Tous ceux-ci furent laissés en place et remblayés, hormis quelques frag-

ments enlevés, mais non pour entrer aux Musées de Lyon. Avant le remblayage et les ablations partielles, tous ont été photographiés. Le plan général de la fouille permettrait d'ailleurs de les retrouver sans peine, au besoin. 2. La seule mosaïque de ce groupe qui parut digne d'être enlevée totalement et rétablie dans un musée, était un rectangle, long de ii m. 80 dans la direction nord-sud, large de 7 m. 30 dans la direction est-ouest, couvrant dont une surface d'environ 85 mètres, lorsqu'il était intact. Mais nous le retrouvâmes fort endommagé dans sa partie sud, ayant perdu en somme à peu près un tiers de sa surface ^ Dans le cadre d'une bordure à bandes noires et blanches et d'une frise à rinceaux dont les lobes contenaient alternativement une feuille cordiforme noire et une fleur polychrome è huit pétales, double série interrompue aux quatre angles de la mosaïque et aux quatre bouts de ses axes par deux autres motifs plus riches, le champ blanc était coupé par huit bandes longitudinales et quatorze bandes transversales, les plus extérieures contiguës à la frise, toutes à fond blanc et de la même largeur, limitées par des filets noirs et divisées en cases alternativement quadrangulaires et rectangulaires, celles-ci inscrivant toujours des losanges allongés, celles-là, c'est-à-dire les entrecroisements, des carrés posés en losanges ; à l'exception pourtant des deux bandes longitudinales les plus intérieures où chaque losange était placé entre un motif à huit fleurons et une rose à huit pétales. Il y avait 314 de ces cases. Les figures des seules bandes longitudinales i, 2, 7 et 8, c'est-à-dire des deux couples les plus extérieurs, étaient toutes ou bien noires ou bien noires et blanches ; celles des autres bandes longitudinales, presque toutes polychromes et d'une polychromie de plus en plus riche à mesure que l'on s'éloignait des côtés. Dans les 91 grands compartiments quadrangulaires que délimitaient les deux séries de bandes, tels les caissons d'un plafond à poutres entrecroisées, des motifs ornementaux circulaires ou dérivant du cercle alternaient avec des motifs carrés ou dérivant du carré, hormis qu'à l'une des extrémités du grand axe, il y avait deux motifs carrés de suite. Les 27 sujets de ce grand axe, c'est-à-dire la rangée des grandes et des petites cases comprise

I. Elle est figurée, telle qu'elle fut exhumée, dans Germain de Montauzan, ouv. cité, fasc. 30, p. 25, tt dAtts Revue d'histoire de Lyon, 19 14, p. 403.

entre les deux bandes longitudinales les plus intérieures, 4 et 5, sont tous différents et aucun ne se retrouve ailleurs dans le pavement. Au contraire^ dans le petit axe, rangée comprise entre les bandes transversales 7 et 8, par rapport au huitième sujet, grand compartiment qui est à l'intersection des deux axes et forme donc le centre de la mosaïque, les 14 autres sujets se répartissent symétriquement en deux groupes. Du reste, le grand axe divise toute la composition en deux parties symétriques ; mais il n'en est pas de même du petit axe. L'extraordinaire variété des motifs ornementaux défie et décourage la description. Le dessin, exécuté au moyen de pierres dont aucune n'a un centimètre de côté, est partout d'une régularité remarquable. La polychromie, à la fois riche et sobre, parfaitement harmonieuse, comporte, avec le noir et le blanc, le rouge sombre, le jaune foncé, le violet, le vert. Un détail mérite d'être signalé : comme beaucoup de pavements romains, la mosaïque a subi dès l'antiquité une réparation maladroite. Dans l'une des bandes qui bordent le petit axe, le carré de la case 7 occupe indûment la place d'une fleur pareille à celle de la case symétrique 9, et le losange de la case 6 n'est pas identique, ainsi qu'il devrait l'être, à celui de la case symétrique 10.

3. Malgré l'absence d'un tableau pittoresque parmi la multitude et la vaiiété de ses motifs ornementaux, cette mosaïque était manifestement une belle œuvre d'art, tout à fait digne de quitter l'excavation, où elle n'aurait pu séjourner longtemps à découvert sans péril, pour l'abri sûr et clair d'une salle de musée. Sur la proposition de M. l'adjoint Joseph Vial (23 juin) et conformément à un rapport de M. le maire Herriot (7 juillet), le conseil municipal de Lyon, dans sa séance du 18 août 1913, vote un crédit de 2.000 francs pour l'achat « d'une nouvelle mosaïque romaine provenant des fouilles opérées à Fourvière par la Faculté des lettres ». Cette fois encore la Faculté abandonne à la ville sa part de propriété et le crédit représente celle de M. Egger. Comme l'enlèvement est urgent, dans la même séance, conformément à un second rapport du maire (6 août), le conseil vote un autre crédit de 2.980 francs, 480 francs pour le hangar qui protégera le pavement et les ouvriers, 2.500 francs pour l'ablation elle-m!me et le transport dans l'atelier des mosaïstes Claudius Mora, Bertin et Ciancia, chargés en outre de la restauration et de la repose. Les crédits nécessaires pour cette

double opération seront demandés en temps utile ^ L'enlèvement se fit avec plein succès, sinon sans difficulté — car le béton de support était d'une solidité vraiment romaine — avant la mauvaise saison, ainsi que le remblayage de l'excavation qui aurait rendu impossible la suite de nos recherches. Par une soumission du i8 avril 191 4 2, le maître mosaïste Ciancia s'engageait, moyennant une somme forfaitaire de 8.000 francs, à reconstituer sur dalles de ciment encadrées de fer, transporter à l'Exposition internationale de Lyon — , où il avait été décidé qu'elle figurerait avant d'aller prendre sa place définitive au musée — , poser, enlever, transporter et reposer à cette place définitive, la mosaïque qui était, depuis l'ablation, dans ses ateliers, rue de la Villardière, 8. La reconstitution, qui pouvait se faire à coup sûr, en raison de la symétrie du décor, et qui fut faite avec beaucoup d'art et de soin sous la direction de Claudius Mora, était déjà terminée, la mosaïque reconstituée se voyait déjà, en très bonne lumière, mais verticalement ou presque, à l'Exposition internationale, lorsque le maire présenta cette soumission au conseil, dans la séance du 29 juillet 1 914, et lui demanda de régulariser la dépense 3. Après la clôture si malheureusement prématurée de l'Exposition, la mosaïque fut transportée dans l'ancienne église Saint-Pierre, devenue annexe du Palais des Arts ; c'est là, dans le pavé du chœur, que doit avoir lieu, mais que les circonstances n'ont pas encore permis, sa repose définitive. Le 30 juin 1920, le mosaïste Ciancia fournissait un mémoire conforme à sa soumission, réglé le 10 août sur certificat de paiement délivré à cette date par l'architecte en chef de la ville et rappelant que la repose définitive était comprise pour une somme de 300 francs dans le devis total de 8.000 francs 4. Enfin, le 26 octobre 1920, l'architecte en chef, M. Meysson, écrivait à M. Focillon, directeur des Musées, pour que l'emplacement exact lui fût désigné, où la mosaïque devait être placée 5. Il est désirable qu'elle redevienne visible au public le plus tôt possible ; mais elle a été reconstituée de telle sorte qu'il n'y a point péril en la demeure.

1. Conseil municipal, 1913, i^"" semestre, p. 274 et suiv. ; 2* semestre, p. 79 et suiv.

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