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LA MOSAÏQUE SEGUIN

(ÉROS ET ANTÉROS OU LES EXERCICES DE LA PALESTRE) BIBLIOGRAPHIE. — Voir celle du chapitre I et les notes.

I. Cette mosaïque, découverte quelques mois avant la mosaïque d'Orphée, fut acquise et enlevée à la même époque, mais ne trouva que beaucoup plus tard une place dans les salles du musée.

Le 22 janvier 1822, Artaud écrivait au baron Rambaud, maire de Lyon, qu'on venait de découvrir à Vienne une mosaïque de 16 pieds sur 11, très fine, très soignée, n'ayant que de légères dégradations. Elle comportait un labyrinthe avec des figures « relatives au combat de l'Amour » et analogues à celles des mosaïques de Ste- Colombe (Michoud) et du Gourguillon (Cassaire). Le propriétaire la céderait, pensait-il, pour 1000 ou 1.500 francs. Mais on devait se hâter, de peur que M. de Forbin ne l'acquît pour la Capitale. Point ne serait besoin de la faire restaurer à Paris, comme les mosaïques Macors et Cassaire. La dépense totale à prévoir pouvait se calculer d'après celle qu'avait causée récemment la mosaïque Michoud. Une seconde lettre du même au même (i^^ mars) nous fait connaître qu'il était alors en pourparlers avec le propriétaire. Celui-ci demandait 1500 francs, Artaud en offrait 600. Autorisé par le maire, il se transportait à Vienne pour négocier et aussi pour constater quelques dégâts, que, depuis l'exhumation, les curieux avaient faits au pavement. Dans ces deux lettres, l'endroit précis de la découverte n'est pas indiqué et le propriétaire n'est pas nommé. Nous avons ces renseignements par les lettres ultérieures d'Artaud et par d'autres pièces du dossier des archives municipales ^ : la mosaïque fut trouvée dans la vigne d'un nommé Seguin, au plan de l'Aiguille. Artaud fournit une désignation équivalente du lieu en sa notice de 1835 2, avec un détail nouveau, mais sans indication de date:

« Ce beau pavé... a été trouvé dernièrement près de la Pyramide de Vienne, dans la vigne d'un nommé Seguin, à quatre pieds de profondeur ». V Inventaire des mosaïques de la Gaule ^ reproduit ces données, mais en y remplaçant l'adverbe de temps, vague et inexact, par la date qu'il doit à Cochard 2. Quoique celui-ci appelle le propriétaire d'un autre nom, simple lapsus sans doute, le surplus du passage prouve qu'il s'agit bien de la même mosaïque : « Près de là (de la Pyramide) le nommé Charlin en a déterré une dans sa vigne en 1822, représentant un labyrinthe. Elle a été acquise pour le musée de Lyon >.

Un an après le voyage d'Artaud à Vienne en vue de négocier, le marché n'était pas encore conclu. M. de Mirmont, maire de cette ville, avait obtenu de Seguin, moyennant une somme de i .000 francs, une promesse de vente en faveur du musée local. Mais, faute de pouvoir déplacer la mosaïque, il lui donne décharge de sa promesse, et Seguin, le 5 février 1823, vient à Lyon reprendre les pourparlers avec Artaud. Il demande 1.200 francs, Artaud estime toujours qu'on pourra traiter à 600. La lettre 3 par laquelle il met le baron Rambaud au courant de ce qui précède annonce qu'il lui envoie les deux planches déjà gravées qui portent dans son album de 1835 les numéros 30 et 31. Pour le moment il ne s'agirait, dit-il, que d'enlever la mosaïque sur plaques de marbre, selon le procédé de Belloni, afin de la mettre en réserve dans les dépôts du musée. On la reposerait, quand la nouvelle salle des Antiques, au premier étage de l'aile orientale, serait terminée. Le baron Rambaud hésitait-il encore ? Peut-être : la ville avait déjà beaucoup dépensé, plus de 40.000 francs, pour les mosaïques de son musée. Quoi qu'il en soit, dans sa lettre du 29 avril, Artaud vante la beauté « de la mosaïque Seguin, au plan de l'Aiguille à Vienne », et sa conservation parfaite. Deux personnes, assure-t-il, ont fait des offres. Comme il fallait se hâter, sauf approbation du maire il a conclu pour 600 francs et un louis d'étrennes à la femme Seguin.

L'acte de vente « de la mosaïque du labyrinthe, récemment découverte » par Seguin « dans sa vigne du plan de l'Aiguille à Vienne », fut signé

a. Dans Chorier, Recherches sur les antiquités de Vienne ; nouv. éd., 1828, p. 3, note i.

3 5 février 1823.

le 7 mai à Vienne, le 13 à Lyon, c'est-à-dire les mêmes jours que l'acte concernant la mosaïque d'Orphée. Le prix est fixé à 600 francs, plus 40 francs d'étrennes pour la femme Seguin. Le propriétaire donnera toutes facilités aux ouvriers chargés par la ville de l'enlèvement. A la même date aussi que pour la mosaïque d'Orphée, le 9 juin 1823, les marbriers Bernard et Jamey s'obHgent à enlever, emballer, transporter, préparer selon les procédés Belloni et déposer au musée de Lyon, la mosaïque Seguin. Le prix convenu pour toutes ces opérations, fournitures comprises, est de 1.600 francs. Si la ville veut ensuite la faire placer, ils s'engagent à la restaurer, poser dans le pavé, entourer d'une bordure de marbre, etc., pour 2.600 francs ^ La stipulation restera valable trois ans. Le 9 juillet, Artaud certifie que les deux mosaïques Seguin et Montant ont été enlevées avec succès et que les propriétaires ont rempli leurs obligations. Il n'exagérera pas cette fois l'importance de son rôle, quand il écrira dans sa notice de 1835 2 : « Cette belle mosaïque de Vienne, que nous avons fait acheter par la ville de Lyon, se trouve maintenant dans les dépôts du Palais des Arts, prête à être placée par panneaux dans une des salles du musée ».

2. Mais les trois années du compromis avaient passé sans qu'elle quittât les dépôts, et beaucoup d'autres devaient passer encore. Pendant plus de quarante ans il n'est même pas, d'une façon certaine, question d'elle dans les dossiers des archives. Le récolement d'inventaire de 183 1 3 la mentionne peut-être : « Dans les dépôts du musée sont quelques fragments de mosaïques trouvées à Vienne et à la Déserte... ». Elle est sans doute parmi celles que l'on transfère au rez-de-chaussée en 1834. Le marbrier Domy reçoit alors 44 francs, « pour temps employé à assembler les mosaïques du nouveau musée, les avoir changées de place, etc. » ; et l'architecte explique qu'il s'agissait d'enlever les mosaïques placées — en dépôt, évidemment, la

1. Ce prix global comprend les 1.600 francs stipulés pour la première série d'opérations. La restauration, la repose, etc., sont donc évaluées à i.ooo francs, évaluations que nous retrouverons plus loin dans un devis du mosaïste Mora.

2. P. 86. — Cochard écrit en 1826, dans son Guide du voyageur et de l'amateur à Lyon, p. 120, après avoir énuméré les quatre mosaïques qui ornent « le pavé de la salle du Musée > : On doit encore placer une autre mosaïque venue de Vienne, dont les compartiments offrent la forme d'un labyrinthe. On est occupé dans ce moment à la restaurer '.

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