I.A Pl.ACH K()I-(,I
lion rdliissak', une i;TOtte à stalactites retournées. » Elle offre à l'œil surpris, un prodigieux ensemble de dômes buUieux, côtelés, taillés de facettes comme des ananas, de ]\\ramides élancées ou accroupies, l.a variété des couleurs jetées sur les murailles et sur les toitures, ajoute encore à l'impression extraordinaire que produit le monument.
Au xvir' siècle, un vo3'ageur hollandais prétendait que cette église avait été construite sur le modèle du temple de Salomon. D'après une légende évidemment apocryphe, Ivan le Terrible aurait fait crever les yeux de l'architecte pour le mettre hors d'état de produire jamais un pareil chef-d'œuvre.
Avant Pierre le Grand les Moscovites appelaient cette église Jérusalem, parce cjue, le dimanche des Rameaux, le patriarche s'y rendait en grande pompe, monté sur un âne que le tsar conduisait par la bride.
Le touriste qui pénètre dans l'intérieur du prodigieux édifice est absolument déconcerté. Au lieu de se trouver en présence d'une nef unique ou centrale, il s'égare dans un dédale de chapelles juxtaposées ou superposées. Il lui faut sans cesse monter ou descendre à travers les alvéoles d'une ruche colossale, au risc^ue de heurter les voûtes qui s'abaissent sur sa tète.
L'histoire de cette église n'est guère moins curieuse que sa physionomie.
Après la prise de Kazan en 1556, Ivan le Terrible chez qui la cruauté, comme chez notre Louis XI, s'alliait fort bien à la dévotion, voulut construire un temple en l'honneur des saints dont les fêtes avaient vu ses victoires sur les Tatares et la prise de leur capitale. Il ordonna donc de construire sept petites églises en bois qui seraient groupées auprès d'une plus grande église de pierre, non loin de la porte dite de Fol, au-dessus du fossé.
Le tsar fixa lui-même l'emplacement de cet édifice singulier. On savait qu'il était dangereux de lui désobéir, et cette circonstance nous explique pourc^uoi le monument n'est pas construit sur le terre-plein de la place Rouge, mais à son extrémité méridionale, sur la pente qui dévale vers la Moskva. L'autel central devait être consacré à l'Intercession (Pokrov) de la sainte ^^ierge. Autour de lui devaient se grouper sept autels en l'honneur de la .Sainte Trinité, de l'entrée de Notre-Seigneur à Jérusalem, des saints mart3'rs C3'prien et Justinien, des saints patriarches d'Alexandrie : Alexandre, Jean et Paul, du bienheureux Alexandre Svirsky, de saint Grégoire, l'illuminateur de l'Arménie, du bienheureux Barlaam Khoutvnski.
6o MOSCOU
A ces huit sanctuaires, les architectes, par suite d'une inspiration divine, disaient-ils, probablement pour quelque raison d'eurythmie, imaginèrent den ajouter un neuvième. Ils ne lui assignèrent point de patron et laissèrent à Dieu le soin de le nommer. Vers cette époque on apporta de Viatka à J^loscou l'image miraculeuse de saint Nicolas Velikorietsky. Elle opéra de nombreux miracles et le tsar et le métropolitain tombèrent d'accord pour placer sous le nom de Saint-Xicolas l'église complémentaire.
Depuis sa construction l'église de l'Intercession dont Oléarius nous a laissé une curieuse reproduction, a subi de nombreux changements. ^Vu xvir siècle elle s'accrut encore de deux appendices, deux chapelles ou églises consacrées, l'une au bienheureux Basile, l'autre à la Nati\ité. Le bienheureux Basile mort en 1552 était un saint homme très populaire à Moscou. Il avait pris à la lettre le mot de l'Evangile : « Bienheureux les pauvres d'esprit. » Il avait fait l'idiot volontaire {ioiirodlvy) pour s'humilier devant les hommes, se faire insulter par eux et mériter ainsi le royaume du Ciel. On lui attribuait de nombreux miracles. Ivan le Terrible assista en personne à ses funérailles qui furent grandioses. Son nom était si populaire qu'il a prévalu sur le nom même de la 31ère de Dieu.
Telle est l'histoire de ce temple extraordinaire qui renferme un conglomérat d'églises sans exemple dans le reste de l'Europe. Quand je dis sans e.xemple, j'exagère. On me signale à Bologne l'église San- Stefano qui constitue elle aussi une très curieuse agglomération de sept petites églises, accolées, enchevêtrées et formant comme notre église une sorte de labyrinthe des plus bizarres. Mais la coïncidence est je crois purement fortuite.
A travers tout le fouillis des portails, des coupoles, des clochers, l'œil découvre cependant une harmonie imprévue comme celle qui jaillit pour l'oreille de certains accords inattendus. L'ensemble de ces édifices accolés et superposés s'inscrit en somme dans un cône où ils trouvent un foyer géométrique. Une fois attiré par cette extraordinaire basilique, l'œil ne peut plus s'en détacher.
.\u milieu de la place Rouge se développe une sorte de tribune circulaire, le lobiioc in/cslu, c'est-à-dire le Calvaire. Cette place s'appelait autrefois lohny /yiiok, la place du Calvaire parce que les condamnés à mort y étaient exécutés. De ce lobnoe miesto on proclamait aussi les ukazes tsariens. On y célébrait des services solennels, on s'}' réunissait pour les processions, notamment pour celle du dimanche des rameaux où