‹ MoustacheChapitre 209 sur 281 · X.\X. — IIEMANDE EN 5IA1UAC.E · texte numérisé non relu

X.\X. — IIEMANDE EN 5IA1UAC.E

Alexis continuait à écrire à Gerbier de longues lettres iiui éiai< iit presque toutes remplies par les assurances de scni amour | ourtliorgina, celle-ci dévorait ces lettres et y répondait aussitôt. Pois elle

apportait ce qu'elle avait écrit à son père, mais celui-ci se contentait d'ajouter quelques mots de sa main au bas de l'épltre de sa lilie, pour lui donner de nouvelles assurances de son anhlié.

Alexis ne parlait pas toujours de lui en cchv.iiit à son amie, il préférait lui par.er d'elle. Cependant, dans sa dern ère missive, il a annoncé qu'on vient de le faire caporal, et (îirbier s'est écrié : « Bravo! preuve qu'on est toujours content de lui. »

Mais Georgina n'a point paru si sali^laite, car elle se dit : Plu^ on sera content de lui, et plus il est àcraiiulie qu'on ne l'envoie à l'arniée.

La famille Gerbier était rassemblée autour du poêle qui cliaulTait la petite salle à manger ; l'imprimeur apprenait à lire à ses lils, les deiix plus jeunes tilles raccommodaient le bngede la maison, et Georgina faisait des fleurs; mais celte occupation ne pouvait la distraire de ses amours-, et le souvenir d'Alexis lui faisait de temps à autre pousser de gros soupirs. L'airivee du vieil ami de la maison a interrompu les travaux, et cette fois Franville semble tellement agile, on lit sur sa physionomie une expression si singalièie que cbacun attend avec impatience ce qu'il va dire.

En effet, l'ancieii militaire se jette sur un siège, en s'écrianl :

— Ah 1 mille noms d'une pipe, mes enfants, je vais vous apprendre de diolisdc choses!... il y en a du nouveau!

— Pour Alexis'? demande Georgina.

— tli lion ! ma petite, cela ne regarde pas Alexis... notre jeune militaire est là-bas b;eii tranquille au di'pôt de son œrps, il est déjà caporal! il me semble qu'il ne peut pas être encore genéial!... on ne va pas si vile!... Mais il s'agit de Diiliaulcouis, de mon ancien anii millionnaire; je vous ai conte, il y a quelque temps, que grâce à moi il avait retrouvé un lils .. que jadis il avait aluiidonné... qu'il avait pris ce fils chez lui... Je t'ai même oiià loi, Gerbier, le chagrin (]ue je ressentais de la conduite de ce jeune liomiue. C'était un IriiK-, mauvais sujet, et je me disais souveiii : Comiui m celte bonn- Adèle a-l-ellc pu donner le jour à un pareil girneuuiii!

— l'^li bien, il a doue fait le iiouvelus sottises î

— li ou mieux quecila!.. le diôe se p irait d'un nom qui n'était pas le sun... il se faisait p.isscr pour Isidore Uuboi-... et il n'et.iit eu re.ilite que EusLnhe taaquel, un mauvais grcdin, qui avait clé le coiiip.igiioii d'Isidoie...

— li >er,ul piis?ib'e;...

— Cl si l'exacte véiiie ; ce iiialm je me rendais cbei le kinquuT pour savoir si le jeune lioinme avait m s un peu d'e.iu dans Siiii vin ; là, j'ai a|ipi is que il y a trois jours on était venu ariêier notre faux Isidore, neoiimi uour Enst.u'IieCraquei coiiscril refraciaire.

LE PETIT ISIUOIIE.

— Et que dit de cela ton milliDnnaire?

— Il esl enchaîné il'iHre délivré d'un si mauvais i>ujet et de savoir qu'il n'esi pas SDnpèie; dans le fait, il n'y avait pas de quoi en être li-r.

— El le véritable (ils de DuliaiilCdursT

— Oli! tu penses bien que J'ai voulu làclicr d'en avoir des nouv llis, pour cela je me suis rendu ce matin cbez niademoi-Ldlc j'Iiiiilierle, la blanchisseuse de fin, qui recelait nutii' iiiéclnnt dnMc, car cette femme connaissait toute son histoire... mais impu^sible de -ivoir ce que peut être devenu le véiiiable enfant d'Aitele, et tu vas . mpiendre pourquoi : Celui-ci. ffuide par un sentiment de fierté ou

I ■ colère que je ne saurais difinir, ne voulait pas que ceux qui I avaient abandonné plissent jamais le retrouver, four cela, eu sor- I lit de l'hospice, il avait déjà formé le projet ■le changer i-. nom. \> /ni fait pai t de son dessein à son c imar,(de Crai|iiet, celoi-ni, qui m- maïKiiiait pas de perspicacité, devina qu'en picnant le nom d'l>iilore il avait plus de rhances de irouver un jour une fimille. il ne .sViait pas irompel... Tu sais le reste Qii;("l à moi, si je r. j,'ieite iiiamlenint de ni' point avoir rviMuvelelis d'Adèle, ali! j'avoue que l'i'prouve une vive satisfaction il savoir que cet ivt-ugite, ce joueur, ce dcbaiiché n'ilait pas son enfant.

— Ainsi, vdilà le banquier encore une fois seul...

— Oui, et ne sachant que faire de sa l'oitunc il parait qu'elle l'aclable plus que jamais de ses laveuis!... ni.iis elle !ie lui donne pas la sinlé, car il est bienctlangé depuis quelque temps.

— Qu'a-t-il doncT

— Une gastrite .. gastralgie... je ne sais quel diable de noms les iiu'd.cinsduiiiieut àceia anjourdliui... je crois qu'autrefois on di-ait seulement que le pylore était attaqué et ne foivctioniiail plus!

— Diable! alors Ou ne |)eut plus marg-r. .

— Ou du moins, U faut xuivre un régime sévère jusqu'à ce que l'estomac soit guèii.

— Ah! papal s'écMe le petit Emile, je ne veux pas avoir de maladie qui empêche de manîîer!...

— C'est pourtant ce qui vous arriverait, monsieur, si vous étiez trop gourmand. Au rieste, ton M. Duhautcoms a le moyen de se faire siiigiier... Probablement, il consulte les premiers médecins de Pans.

— Mon cher Gerbier. . esl-re que tu n'as pas remarqué amime iiiiii que les riches meuient tout aussi vite que les pauvres, quand .Is se mi-tienl en train d'élre malades?

— Sans doute... eh bien? t'

— Eh bien, il me semtile que cela proute que les meilleurs mcdecins de Paris ne vous guérissent pas quand le mal est plus fort que leur science; et en venté, je trouve ijue c'tsl bien heureux pour les I>auvres, qui, sans cela, auraient trop de raii-ons de se plaindre de leur sort. Mais, bien loin de là, leur sanié à eux lient souvent à la vie sobre, frugale qu'ils mènent ; tandi> qtve les maladies d.-s riches \venneut de l'excellente chère qu'ils fonl j inrnilliinent, des vins géi*ry-ux qu'ils boivent. Trop bien vivre est fort dangereux, je l'ai sou- M-nl entendu dii-e à des docteurs; et les (laivres ne courent pas ce ilaiiger-là; tu vois que tout est compense, je crois même que les a\aiil3ges sont pour celui qui est obligé d'être sobre.

Quinze jours après cette conversation, Gerbier tlait en train de prendre son repas du soir. Mus Ge 'i-giua n'éiait point là; retenue à son magasin par une commande qu'il fallait livrer le lende iiain,el)e avaii prévenu son père afin qu'il ne fût pas inquiet, et Fianville, toujours enchanté quand il pouvait se rendre utile, devait aller cherctier la jeune fille à onze heures et demie du soir, afin qu'elle ne leviiit pas seule aussi lard chez son père.

tierbier et ses enfants mangeaieniavec appétit les haricots à l'huile, h: pelit sale et les noix sèches qui composaient leur repas, et ils arloaieiil tout cela avec de l'eau pure. L'imprimeur, pour plaire à M. limite, lui chantait le Pays de Cocagne, de Béranger, et le petit galion écoutait d'un air euchauié celle cbansoii où il est question (le cuiifilures et de sucre candi.

Mais on frappe à la porte du carré. ■*

-^ S rail-ce dé]àGeoigina,dit Gerbier,il n'est que neui tieures,et fcl.e devait veiller tori tard.

Cependant la jeune Marie a été ouvrir. Ce n'est point Georgina, i est le banquier Diihautcours qui entre chez G-rbler; celni-C!, tout ï rjins de cetie visite, se lève en murmurant: — Monsieur Duhauicours! ' <iinii<nt,c"est monsieur Duhauicours qui vient chez moi...parqueihajid?... — Ce n'est jxiint un hasard, mon cher monsieur Gerbier, répond le cajiitaliste en saluant de lair le plus aimable. C'est une atlaue... Iles- importante qui m'amène près de vous... mais, d'abord, je désire \ue ma préience ne vous cause aucun dérangement; je vous prie ionc de vouloir bien continuer votre repas. Je vais (irendre une chaise et m'asseoir près de vous .. — Monsieur... en vérité... nous avons le ti in(isde.., — Non, non... mangez... ce quej'ai a vous dire sera long... tl rien ne me presse, remet'.ez-vous donc à table. — Alors, monsieur, puisque Vous le penuetlez...nous allons continuer. ..d'autant pins que cen't?tpasrappBtuqui nous manijue ànous... — Je vous en fais niori compliment... j'aïaussi de ranpeiii, raoi,mais je ne puis le saïK-laue! — Jeiievousotl're pas d'élre desiiôires, monsieur... ce que iiuiisniaugeons... n'est pas digne de vuuî 1... — Ahlinoiisieur Gerbier! re|ioiid Uubiiuicours, en regardant d'un œil d'envie les haricots et le petit salé

qui sont sur la table, je serais bien content si je pouvais mander de tout Cela... plus c'est indiKCi-tf et ilu» je sens que l'on est heuieui ilu pouvoir s'en nourrir... ci la prouve que vous avez un excellent esto- III ic, von»'... —Ma foi, oui, nion-ieur, je crois que je digérerais une ciiloitede daim!... — El moi du laii... ri'ii que du lait ! voilà où j'en suis!... — Tl isle ordinaire... j'aime mieux les haricot>l mais vou» pyi-rirez; c'est nn^oment à passer. — Je l'esjwre; mais, je ne vois pas inadeinoiselle Georgina... sernt-eib- indisp..see? — Non, vraiment-, elle eslretenueauj ourd'hui kson magasin par unecommandepres.-ée; elle ne rentrera peut-èlrepanavantminuit. — Et elle reviendra seule... elle s'expiiSeraii ainsi dans les rues de Paris... —A faire de mauvaises reii' ontres, n'esi-ce pasT

Kn disant cela, le ^-ourirede Gerbier était passablement moqueur; mais le banquier n'y fiil pas ailention.

— Oh non ! reiae id rnnprnn>nr, ma fille ne reviendra pas seule, je serais allé la clierclicr; mais l'ami Fianvdlc a voulu m'iviier cette coiii'-e... il est biujourslà quand il peut obliger... ce bon Franvii el mais, volis avez quelque chose à me due, muiisieur, je suis tout prêt à vous cnlen Ire.

U'ihanteouis r Uéehil un moment, puis répond :

— Ce que j'ai à vou* dire... je desn erais ne vous le communiquer que... quand vou- 8>iez seul... je suis même bien ai.se que mademoiselle Gi-orgina soit aiisente... sa présence m'aurait troublé...

— 'Vous, mon leur... vous si riche... si haut place dans le monde!... vous seriiz euibairassé chez de pauvres gens comme nous!... Ah 1 vous me pi rmeiirez de ne pas vous croire. '

— Celaestpouitanl,elquaiidvous coniiaitrezle motifqui m'amène...

— Mes entants, vous avei Snupé, il etlheuf heures tt demie, il est temps d'aller vous coucher.., entendez-vous, messieurs mes fiUÎ

— D 'jii, papa!...

— Oui, messieurs... répétez tos leçons dans votre lit... il n'y a rien qui endorme mieux que ça... vous, mesdemoiselles, conduisez vos frères?... vous r<ïieu.lrez quand je vous appellerai, allez!

Les enfants soiiléloigné-,Geibier est enfin seul avee D iliautconrs, celui-ci peut s'expliquer; il se i-eeueille un moment, puis prononce d'une voix fortement^ceeniuée : — Monsieur Gerbiir, je viens vous demander la main de mademoiselle Georgina!

Gerbier demeure un moment comme abasourdi parce qu'il vient d'entendre; enfin, il repond : — Mmsieur.. paidon... j'ai mal entendu, sans doute... Ce n'est pas la main de ma fille ainée que vous me demandez?... — iSi, vraiment, mon cher monsieur G rbier, c'est bien vi.tre belle Georgiua dont je veux faire ma femme...

— Uujil monsieur... vous!... si riche!... vous qui hibdez presque lin palais, vous voulez épouser la fide d'un ancien graveur... aujourd hui employé dans nue imprimerie... qui n'a pour toute fortune que se> cinq enlants?...

—.Monsieur Gerbier, c'est justement parce que ma fortune est considérable, parce que je suis millionnaire, que je puis me permettre aujourd'hui de suivre mon penchant et d'épouser une feniine qui n'a rien... j'aime mademoiselle Georgina... je l'aune pa=bionnciueiil ; cet amour m'a, vous le savez, fuit faire autrefois des sottises... qui sont patdonnées maintenant... mais qui ont servi à me prouver tout ce que vaut votre fille ; car il en est beaucoup, vous le savez aussi bien que moi, qui auraient succombé devant des cachemires et des diamants. Depuis ce temps, j'ai cherché, je l'avoue, à oublier mademoiselle Georgina, cela-iii'a elé imp.issible. Bien des éveuemenls se soUl passés, bien des calaslroplies mont frappé!... J'ai perdu une fille que j'adorais, un fils sur qui ]?; fondais les plus grandes espérances.,.

— Je le sais, monsieur, et je vous prie de croire que nous avons pris part à vos douit urs. . . ' ,

— Eh bien , monsieur Gerbier, au milieu de mes peines, rimage de la charmante Georgina avait seule le pouvoir de me dislrairc. J'ai quarante-neuf ans, cela esl vrai... mais à cet âge on n'est pas vieux encore... El les unions les plus heureuses sonl toujours celles où l'âge du mari dépasse de beaucoup celui de la femme. Je suis libre... je suis seul., je suis mon niailre ! je nui aucun paient a qui je m'intéresse, je ne m'en connais pas d'ailleurs... Pourquoi donc ne prendrai-je pas pour coniiiagne celle qui a su toucher mon cœur? celle dont la conduite fut toujours sans reproche?... En l'épousant, je lui lec'iniiaitrai cinq cent mille francs de dot. Je n'ai pas besoin de vous dire que vous participerez à la fortune de votre fille... Devenu mou beau-pere, je ne veux plus que vous ayez besoin de travailler... je vous trouvuai quelque sinécure agréable. . ou, si cela vous plait, vous gérerez une de mes terres; vos enfants auront un avenir assuré. Je m'engage à établir richement vos autres filles, à placer vos fils, à les mettre en position de faire rapidement leur chemin. . Voilà, monsieur Gerbier,ce que j'avais à vous dire... C'est la richesse, c'est l'opulence que je vous apporte, c'est le bonheur de votre fille que je veux faire; car elle n aura pas plutôt formé un désir qu'il sera satisfait... Eh bien, que pensez-vous de ma proposition? — En vérité, monsieur, elle m'elourdit tellement que je suis encore à me demander si Ce n'est point un leve. — Votre Georgina est assez jolie pour qu'on mette une fortune, ses pieds. — .Monsieur, je commence par vous remercier beaucoup de l'iionneurque vous daignez me faire... vosoflie» sont magniliques. — Vous les acceptez? j'espère.

LE PETIT ISIDORE

— Ohipprinfittoz, monsieur Diihantcnii^s, je dois avant toiil vousanprciiiin; (|ur'li|Ui^ chiiso (jui ehaiigfia peiit-ètro vus projets : le citilr oe iii:i lilk ti'est pas libre; elle aime un jeune homme qui serait aujoiiril'liiii son mari, s'il n'clait pas tumlié au sort et parti comme soldat.

— Vous ne m'apprenez rien: je savais que itviilimoiselle (Jeorgina avait... qu'-lque pinchant pour un nommo Alexis. . mais enfin, ee jeune homme est parti .. il s'écoulera sept ainiéis avant qu'il soit libre... sept années .. est-ce qu'une jeune; lille doit ainsi perdre sa jeunesse, pour atteufia- quelqu'un qui peut l'oublier, ou ne point revenir!.,. Kst-ce qu'il y a des constances de sept ans... Allons, ce serait une folie; et votre fille refuserait un soH UD'^nifique, une lortunc priiiciére, le bonheur de toute sa famille, pour un ^wtit amoureux qu'elle a.;nmé... parci' que toutes les jeunes lilles veulent avoir un sentiment; mais qu'elle oubliera hienlAt, lorsqu'elle sera haut placée il.insl.isdcieit'. — Monsieur, vous raisdimezf.irt juste pour les femmes en geMi'ial,maisGeorginaesluMeexceplioM.I*iMU-ellernmiinrest le premier d('sbi(,'ns... et je craioMpi'elle ne nulle ee bienlieauemip .•m-ili'S-u-dc la fortune. — [Son, il n'est p;is |iiissibliMpiiniadenioi-,(He vniiviîli.'reru-i.lesort briir.mt que je Un ^illVe, et tout le bien ipn ii|ailliiM sin >-;i lamille. O'aileurs si elle était assez deiaiscjnu.ilili- i r n|iiiii>ser le

■ bonheur qui vient;'ielle,vous êtes son père... vnnsavez vol ri' antnrilé, et jepense... — Ah ! monsieur, je n'ai jainaiseu besnin de faire del'autoriléavee niés enfants... jeles aime... ils nie le vendent bien; nous nous entendons comme ça, cela nous suffit; mais les forcer, les coniraindie... Oh ! non, ca n'est ni dans mon caractère, nidansihes habitudes... S» je faisais le méchant avec eux, ils ne nie reeonnai- Iraienl plus, et ils cesseraient de m'aimer.— linfin, monsieuiGerbier, j'espère au moins que vous ne serez pas hostile à mes propi^^ilions. — Oh ! non, monsieur, au conti-aire, car jdsens bien que c'est la fortune... l'dpulence. . une position superbe que vous offrez ;\ mon enfant.— Ti èshien, celame sullit. Des ce soir, jepense, vouscommuhiquere!! inademaiide à mademoiscilevotre lille, et demain, surlcsmUli, je viendrai savoir sa réponse, car vous comprenez qu'il me tainlo de la connaître. —Oui, iiiiinsienr, je conçois cela. Venezdemaiu à midi, Georgina vous attendra, ji^ veux ipi'elle vous dise elle-mèine sa réponse. — Voilà qui est entendu, à demain, monsieur Gerbier. — A demain, monsieur.

Le millionnaire est parti Gerbier reste seul tout pensif et ri'fléchil : « Ma fille seraii riche... immensément riche... elle aurait bùiel. Voitures, campagnes, valets... oui., elle peut avoir tout cela, mais elle n'en voudra pas! » —"y

A onze heures et demie Georgina WVieht accûnifiagnée fle Frsùnville qui a voulu dire bonsoir à son ami. ■•

— PaAIeu ! tu as bien fait de monter avec ma tille, lui dit Gerbier, rar j'ai ce soir des choses curieuses à voUs apprendre! J'ai reçu une viîite, moi!... — Une visite I s'écrie Georgina qui croit déjà (^U'il s'agit d'Alexis et regarde de tmi ; cotés. — Calme-toi, ma fille) ce n'est pas lui qui est venu!... on ne quitte paà comUie cela son ré^inie^U. .Non, c'est M. Dnhautcours qui est VenU me voir... et tli ne devinerais jamais ce qu'il m'a demandé. — Quoi ! .M. Piihantcours est veiiXi \ciiis demander quelque chose, mon père? — (>ui, mon enfant! — Je gage que je le devine, moi, nmrmure l'"ranvill(>, tout en turtill.uit sa niimstache. — lih bien ! ma lille, M. Ouhauteonrs, le banquier, le millionnaire, est venu me demander ta main. — Ma main... à moi... oh ! ce n'est pas possible, mon j)ère, c'est pour Vire que vous nous dites cela! — Mui, ça ne me surprend pas du tout, dit Franville, vu que depuis longtemps j'ai remarqué <pie notre homme d'argent en tenait dialiiement pour vous, petite, et que cet amour, l'iin de diminuer, semblait aller en augmentant — Non, Georgina, ce n'est point une plaisanterie, je te répète que M. Duhautcours désire faire de loi sa femme. En t'épousant, il te reconuait cinq cent mille francs de dot,, et ensuite... mais non, c'est tout.

— lih bien! mon pire, lors même M. Duliautcuyrs lU'en offriVail dix l'ifls Autant, lorsqu'il aurait un th^ne à me donnev, vous savez bien que je ne l'accepterais pis. . puisque j'aime Alexis, puisque je suis sa fiancée, sa promise .. puisque je lui ai juiv qu'il me relivuverait lidèle,.. est-ce que l'on iloil manquer à ce que l'on a promis! ee serait affnux cela .. et d'ailluirs, jamais je ne pourrais être heuivuse avec un autre qu'Alixis . tJne m'importe que cet autre ait de l'or... des maisons... vous m'avez dit cent fois, mon père, que ee n'est pas Il fortune qui fait le bonheur... rst-ce que vous ne pensez plus de iiièino à présent? — Si fait... si lait, mon enfant! répond (ierbieriu déposant un baiser sur le Iront de sa lille. ,1e pense toii|ours de mente; seulement... Comme tnCs jeiiue...eoimne tu es femme... il n'\ .iiirail lien d'etiimiant ;\ ee que la bnllanle position que l'on t'ofln- puisse te sedinve. ynanl à Alexis, il m'a dit Ini-nième avant de partir : '1 Monsieur (ierbier, si un parti avantageux se |iréseiitait pour tlecrglna, qu'elle ne le refuse pas il cause de moi.. Je lui pardonnerai de m'oublier, pourvu qu'elle soit heureuse. » — l\iuvre Alexis! il vous a dit cela., mais c'est une raison de plus pour qvn> )e ne veuille être ipiW lui... Ainsi, mou père, vous avez refusé Ce monsieur, n'est-ee pas?. . vous lui avez t'it que je ne pourrais jamais l'aimer, puisque inon niMir est ;\ un antre, et qu'A mou Age on ne se marie pas pour de l'argent.

— Ma eliéie amie, e ne pouvais pas répondre pniir loi dans uM oeeasitiii si importante,* on il s'agissait di' ta foviinu-, de tout ton avenir... j'ai dit à M. Dnliautcours de revenir demain... j<* lui ai dit

qu'il te trouverail et que hj rfpondrais toi-mî*mn à sa demande,

— Ah! mon père, il me sembleque vous aiiriezb en pi é;ii»-.iv;rà ce monsieur la peine de rcvehir; rsl-ee que tous a\ un

moment qm; j'oublierais Alexi» pour les millions d

— .Ma rhere l.eorgina, dit Franvilli', nm pi^qu'a! • té d'éeouter le père et la fille, il y a sans dnile ai, Ire cli >'<. i i;.>.re que Gi'rbier ne veut pas vous ditr... mai^ nue y devine, ïW'M^ et dame! ola vaut bien la peine que l'on y refieelu-.ve im p<-u ! Kn lui demandant à être son ■^•ndre,nuhautcoùrs a du diiT à voire père : «J'éleverai vos enfanls, je me charge de leur sort, de rétai)lswmenl de tos aul^'s Tilles...» Tout Cela est quelque cho'e.,. |>ense*-y, mi jn-lile; l'amour ne dure pas toujours ., mais le; bien être, la ! rtune jkmit toute sa vie... cela mérite bien aussi quelque considét-ation!..'.

Georgina pAlil, elle baisse ses regards vers la terre et Iwlbulio :

— Ail !,,. oui... en cfTe-t... je n'avais pas pensé... mes fix-n s ..mes sœurs... et puis mon père qui n'aurait plus besoin de travailler... oui., je suis une égiûste, je ne songe qu'à moi... mais il ne faut pi. à eiiise de moi que tous ceux qui ra'entoun-nt restent pauvri s lutvfii je puis les rendre riches.,, eh bien! mon père, je ferai ce que \i>uf voudrez... j'e|ioiiseiai ce monsieur, si vous me l'ordonnez...

Kn disant eela, la jeune fille détourne sa tète pour cacher ses larmes, mais elle ne peut retenir ses sanglots, et bientôt son visjge est iuindc de pleurs.

Gerbier prend alors sa fille dans ses bras en s'écriant : — Non pas!... non pas vraiment!. . je ne veui pas de tout cela... Tenez, la voilà déjà tout en lanues! rassure-toi, mon enfant, je ne veux pas mw tu te sacriiies!... au diable ce M. Duhautcours avec sa fortune!... Il a déjà fait entrer le chagim chez nous!... qu'il ne soit plus question de sa proposition... demain tU le refusera*, bieh poliment, mais bien nrltemeiit, afin qu'il Uc revienne plus. Est-w que nous avoiis b«?soin de lui jwur gagner notix; vie?... Jusqu'à présent j'ai pu cli-vier Wes enfants... Tes sœui'Ti seront biehlAl c<imme loi del>iinnesouriuTes,et elles nous aideront à. leur tnur jusqu'à ce que mes deux polissons travaillent comme leur pùire... Donc nous n'avons pas bes«iin d cire IHHissés pat ce monsieur, qui nous pousserait peut-être de Iravv rs. . on ne sait ^às... polir faire fortune on ne va pas toujours tout droit!...

Georgina essuie ses yeux et saute au cou de son pore, puis elle dit à Fianville : — list-ceque vous auriez voulu ((Vie j'oubliasse Alexis... pour votre vilain millionnaire?

— ISon, nià petite, non, bien au contraire; mais j'ai dit co que je devais dire, p.iree que dans ces alfaires-là, il faut envisager les choses carrément! Duhautcours ivngaint ra son compliment ra le Vexera diablement !... Q leliju'un qui croit qU'avcc de l'or on" lail'tout ce qu'on veut... vous lui pwuvvrez qu'il se trompe., et que les millions ne sont pas toujours vaiiupieurs. Ah!... s'il avait pluiôt p-ns<^ à son fils... à l'enfant de cette puivre Adèle... je gagerais bien (Jue c'était un bon sujet celui-là!., cl Duhautcours ne serait p,is«eul aujourd luii à s'embêter sur ses colTivs forts; mais maintenant il n'y faut plus penser... Bonsoir, je vais me trouchcr.

Le lendemain, d'après l'ordre de son pètr, Georgina reste à leur demeure pour recevoir le banquier; quant à Gi>rbier, il ne juge pas sa présence nécessaire à c«t entretien ; en laissant sa fille n^poiulre seule à la proposition de M. Duhautcours, il veut encore prouver à ce monsieur que Georgina est entièrement libre dans cette circonstance et qu'il ne vent en rien intlneneer ses resolution?.

A midi sonnant, Duhaulcoui-s entre chez tîerliier. En trouvant (ieorgina seule, il éprouve une vive émotion, que la phvsionomie froide et presque severe de la jeune fille ne contribue pas k calmer. Cependant il prend la chaise que Gisirgina lui presiMite, et, se plaçant en face il'j>lle, lui dit dufte voix qu'il s'elToroe de rendre douce :

— Mademoiselle, je pense que M. votre père vous a fait part de la demande que je suis venu lui faire hier au soir; c'est votre main... c'est au titre de votre époux que j'aspire. H m'a dit que tous étiez maîtresse absolue d'agir... suiv.int que cola vous plairait; c'est donc Votre réponse que je viens chercher... cl je ne vous cachriai pa* que mon bonheur est entre vos mains... il va dépendre de tous..

— Monsieur, répond Georgina, je ne puis mie v\ius remercier beaucoup de l'iionueur que vous voulez bien me Taire en oubliant la distance que la fortune a mise entre nous; toute autre, sans doute, .serait tièlY et heulvuse de devenir voliv femme! mais moi, nwnsiiur, je ne Saurais l'être, car j'.anlonué inoucctur; un .autre iv\ssi>de tout Itton anwur .. Nous viiyeï doue bien que ce serait mal à moi d'.ie epter un titre... tloiit je ne serais pas digne... car um- fomnie doit avant tout aimer relui auquel elle s»- ni.iVie. ,

Duhautcours p.iiil, il pince si^s lèvres, cenend.int il s*' liMe de répondre : — Je n'ai jamais pensé, mademoiselle, que vous deviez avoir , de l'auiour pour moi... mais l'estiiue, l'amitie en tiennent lieu... en ménagt% cela vaut souvent mieux que d<*s passions... qui ne s iiit jamais durables... 11 ne faut vlone pas qUi- le seUtiuniit que vous avi>z épiMuvé }iour un autre soit un motif qui voits f.isse n'jeter ma demande d'ailleurs ce siniimeot n'a plus d'es^ieramv... ci-lui que vous aimez c,-t parti...— l\Hir l'a nuv,.. M.is! oUt, monsieur, in.iis il i-e\iendra... — Dans sept ans... si toutefois il revient!... — AU! uionsi iir, ne me fait* s pas entr. voir le ronimire... vm«» me nnidiiez trop mallieun^is-c!... — C'est qu eu vente, HUidenviscIte,

LK PETIT ISlDOItK.

votre CdiiBtance est ici bien peu ruisuiinalilu ; snniîcz donc à lous les hasards de la guerre; |i'^ h'>mnies, cruvcz-nioi, ne se |)ii|ui;iil pas (le eiinslanec emmoe les leinnies... votre amoureux peut Iroover en pays élraof^iT liii 11 des occasions d'ôtre inliileli-!... — .Non, nmosii ui', Alexis ne in'ouliliera pas... et lors nièiiie ipi'd se conduirait ainsi, moi ji' ne voudrais pas l'imiter; cessez dune d insister... je vous l'ai dit, monsieur, je ne puis être votre feinintt... ma résolution est bien arrè ée. Diibautcours se love, ses sourcils se froncent, ses puinj^s se ferment, sa respiration devient oppressée; il fait quelques pas dans la chambre, puis revient vers Georfjina :

— vladenioiselle, je voulais fane votre bonheur.,, je voulais satisfaire tous vos désirs, tous vos vœux... mes trésors, je les mettais à votre disposition... Aucune femme en France... en (Europe, n'aurait pu rivaliser avec vous pour les toiletti's... pour les diamants!. . Vous

■ auriez eu des équipages... des fi mines de chambre à vos ordres... maison de campagne, château... logfs à tous les théâtres... votre existence se serait écoulée en fôtes... bals, concerts, cavalcades., tous les jours de nouveaux plaisirs...

— Celte existence là ne nie séduit pas, monsieur... je préfère le travail auprès de celui que mon cieur a choisi.

— Ji> ne vous parle pas non plus de tout ce que j'aurais fait pour votre famille... Votre père riche, lu ureux .. exempt à jamais de soucis, d'inquiétudes., vos sœurs étant en position de laire de riches mariages... vos frères recevant une éducation brillante et [)\t\i tard occupant les premiers emplois... Je m'étomie qu'une jeune personne qui aime tani ses parents ne veuille rien faire -^ur les rendre heureux.

Gcorgina rougit, mais elle se hâte de répondre : — - Mon père ne serait pas heureux s'il me voyait... un profond chagrin, monsieur, et il sait bien quelle serait ma peine si l'on me forçait à renoncer à Alexis.

Duhaulcoiirs frappe avec c 'lère sur son chapeau, lait quelques pas pour SOI tir, s'arrête, revient encore vers Georgina, en s'ecriant :

— -Mais c'est votre bonheur que je Voulais faire... et vous le refusez... reflichissez et dites-moi que je puis espérer que plus tard...

La jolie lille se contente de faire avec sa tète un signe négatif. Alors Ddhautcours, exaspéré, sort brusquement de chez Gerbier.

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