Moyens à opposer au choléra pestilentiel
L’auteur de Y Histoire raisonnée des maladies observées à Naples en 1764, Sarcome, que j’appellerais volontiers Y Hippocrate napolitain, l’a dit autrefois : « La médecine est une république, dans » laquelle chaque médecin, qui en est citoyen, a » le droit d’exposer ses opinions, et pour les inté- » rets de laquelle il convient d’écouter même la » voix de ses plus petits enfans. «
C’est à ce titre que j’ose ajouter quelques pages à ces feuilles innombrables qui ont été répandues dans le public sur le Choléra-Morbus.
Je cède d’ailleurs à un sentiment profond, qui m’a contraint d écrire :
A la vue de tous ces malheureux qui tombaient victimes du fléau pestilentiel et que des mesures prévoyantes auraient soustraits à la mort, j’ai résolu de dire quelles eussent été ces mesures ; j’ai résolu de fixer avec quelque précision et de coordonner un ensemble de moyens , à l’aide desquels, un Gouvernement, une cité, une réunion d’hommes , résisteraient efficacement à ce fléau redoutable; et l’histoire de l’hygiène, les annales des maladies épidémiques et contagieuses, la voix de l’analogie, les leçons de l’expérience surtout m’autorisent à proposer ces moyens avec confiance.
Bien que, dans ces dernières années, les agens responsables du Pouvoir aient violé les lois du pays, comme celles de toute justice, à l’égard de
beaucoup d’hommes honorables que j’estime et que j’aime; bien qu’ils m’aient traité moi-même avec une violence distinguée (i), je ne leur aurais point refusé un hommage réclamé par la vérité; de grands services rendus à la patrie, dans ces circonstances extraordinaires, auraient rempli mon ame de reconnaissance et n’y auraient point laissé de place pour des ressentimens particuliers.
Ma générosité n’a point été mise à cette épreuve: car ces agens de l’Autorité n’ont fait que des fautes, à cette époque mémorable de l’affreuse maladie. On a beau chercher, dans leurs œuvres, quelque chose de grand et de salutaire qui leur appartienne et soit né de leurs propres inspirations; on a beau chercher, on ne trouve rien.
Si, par hasard, quelqu’un avait été plus heureux que moi en de telles recherches, instruit par lui, je m’empresserais de mentionner honorablement ces faits remarquables. Si, nonobstant toutes les précautions que j’ai prises, il restait, au milieu de ces pages, quelques unes de ces expressions qu’inspire une juste indignation et que la rigoureuse vérité ne peut accueillir, je mettrais encore un empressement sincère à me corriger moi-même. Aujourd’hui, on m’excusera facilement, en observant que j’écris en présence même des victimes qu’a faites cette cruelle omission de mesures suffisantes
(i) Protestation contre la spoliation exercée à l’égard de plusieurs professeurs de la Faculté de médecine de Paris, au moyen de l’Ordonnance du 5 octobre 18305 par M. Guilbert, l’un de ces professeurs. (Première et deuxième Parties.)
et opportunes. J’affirme d’ailleurs que je suis loin de consigner ici tous les reproches qu’on pourrait adresser au Pouvoir, en ces matières si importantes.
Mais il y a de ces fautes qui ont été fécondes en résultats funestes et qu’il est essentiel d’éviter; je dois, par cela même, les signaler ici ; je le fais avec, courage et abnégation de moi-mème, au risque rie voir s’envenimer encore une persécution qui, à défaut de motifs, n’a manqué ni de persévérance, ni d’âcreté.
Il appartient aux hommes de notre art d’élever la voix , avec indépendance , au milieu de ces grandes calamités où la santé publique est compromise; il leur faut protester aussi contre une conduite qui a multiplié nos malheurs; c’est pour eux un devoir, de la marquer au front, de la dépouiller de son auréole mensongère, de la montrer enfin telle qu’elle est, et de faire cesser ainsi les influences désastreuses qu’el le pou rrait avoir encore.
J’aspire de plus à exposer ici un ensemble de moyens toujours convenables, quel que soit le sort des doctrines diverses qui partagent aujourd’hui le monde médical. Dans cette vue, la doctrine de la contagion, qui est certainement la plus considérable, a dû être supposée : elle nous paraît d’ailleurs la plus autorisée.
Mais cette contagion est spèciale : elle n’existe qu’à certaines conditions, connues en général , et faciles à éviter; elle n’a rien qui puisse éloigner des malades les soins qui leur sont dus, rien qui doive effrayer l’imagination la plus timide.