LA REFLEXION
Fait-elle souvent défaut dans le choix d'un état? —Malheureusement, oui. La terre est dans la plus grande désolation, dit un Prophète, parre que Personne ne réfléchit. (Jer. 12, 11). Ces paroles se vérifient trop souvent par rapport au choix d’un état de vie. Ce manque de réflexion jette tous les jours dans des Carrières qui n'étaient pas faites Pour eux, des jeunes gens, entrainés, non par la raison, ni par la grâce, mais Par la passion. Qui pourra dire ce qu’il en ré sulte de maux, soit pour les individus, soit pour les familles, soit pour la société elle-même ? parce qu’elles que de dangers aussi
Que d’existences malheureuses, sont hors de leurs voies ;
pour le salut, dans ces états où l’on est entré à peu près, sans prendre la peine de réfléchir ! Que de talents précieux enfouis, que d’intelligences étiolées ! Combien d’âmes, capables de grandes œuvres, sont Consumées par des soins frivoles et inutiles ! Ces jeunes gens s’écrieront un jour : Nous avons donc crré loin de la vérité, insensés que nous étions. (Sag. 56). Ils se sont trompés parce qu'ils n’ont Pas considéré les choses qui peuvent faire porter un jugement vrai.
Pourquoi faut-il réfléchir 2—TI1 serait imprudent et téméraire de s'engager dans une vocation, sans examiner attentivement, avec droiture et simplicité, le Pour et le contre de toutes choses, et surtout les devoirs Propres et les difficultés spéciales de cet état. On courrait risque de prendre un fardeau au-dessus de ses forces.
C'est seulement Par la considération attentive des avantages et des inconvénients des différents états de vie, et par la connaissance approfondie de soi-même, de ses dispositions, de Son Caractère, de ses habitudes, de ses goûts, de ses besoins, de ses talents, de ses forces, de ses res- Sources, que l’on peut acquérir cette espèce de
— 20 — “e + t attrait raisonné qui est le fondement Je plus solide de la vocation.
Quel doit être l'objet de cette réflexion ?
Il est quadruple : 1. Notre fin ; 2. Les différents états de vie 5.3. Les signes de vocation ; 4. Nous-mêmes en rapport avec les diverses vocations.
Conviction, où ce
Il faut refléchir sur notre fin dernière “Pour faire un Thomas, il faut se bien choisir, dit sa Sidérer, avec une i
choix droit et juste, dit saint Proposer la fin voulue”. “Pour int Ignace, nous avons à
€, pour- Quoi nous avons été créés”—Nous l'avons été Pour la gloire de Dieu, et Pour notre salut.
Tâchons donc, avant tout, de bien nous péné-
trer de citte vérité,
S a formés”. (2 Mach.
NOUS à faits, nous ne
LE à ON 1
NOUS Sommes pas faits nous-mêmes. (Ps, 99, 3). Dieu m'a créé, et cette création, il la continue
créatrice qui m'a tiré du néant. Ainsi, toujours, et à tout instant je dépends de Dieu comme les
Conserve pas l’œuvre de ss mains ; quand il l’a terminée, sa iâche est finie. Il n’en est Pas ainsi Par rapport à moi: je ne suis Pas comme l'édifice qui subsiste sans le secours de l'architecte. Si Dieu retirait sa main, s’il Suspendait l’actir: de sa Puissance créatrice, à Pinstant même, je cesserais d'exister. Depuis que j'existe, Dieu me soutient comme par un fil sur un affreux abime. “Ce
mon corps et mon âme sont donc à lui ; il peut
Un ouvrier n’a-t-il pas le droit de disposer de son œuvre ? Celui qui a planté une vigne n’a-til pas le droit d'en recucillir les fruits ? Et moi, créature de Dieu, ne suis-je pas plus à lui que la vigne n’est à son maître, que le tableau n’est au peintre, que l’œuvre n’est à l’ouvrier, Celuici n’a fait que donner une nouvelle forme à la matière qui existait déjà ; il n’en est pas le créateur. Je suis plus à Dieu qu'un fils n’est à son père, un sujet à-son roi. Dieu a sur moi des droits sacrés, inaliénables ; à la v'ie, à la mort, nous Sommes à Dieu. (Rom .14, 8).
3. Je suis pour Dieu —1 n'est pas seulement mon Créateur, il est encore ma fin dernière.
L’Etre infiniment sage s’est assurément proposé une fin dans la création et une fin digne de lui. Aussi l'Ecriture nous dit-elle qu’il a opéré toutes choses pour lui-mêmes “Universa propter semet ipsum operatus est Dominus”. (Prov.
16, 4). Il m'a créé Pour le connaître, l'aimer, le servir dans le temps, et, par ce moyen, le posséder dans l'éternité. Servir Dieu dans le temps, condition nécessaire, et commandée par l’exigence même de mon être; le posséder dans l'éternité, conséquence de cette Condition remplie. Je
ne suis par sur la terre Pour goûter les plaisirs des sens, les douceurs de la société, pour acquérir des richesses, des honneurs, de la gloire. “Craignez Dieu, dit le Sage, et observes ses commandements ; car c’est là tout l'homme”.
Mais que signifie 2 mot : Servir Dieu ? Le devoir qu’il exprime regarde la disposition habituelle de l’âme et les diverses actions de la vie: dans l’âme, il exige une disposition de dépendance absolue, par rapport à la volonté divine : dans la pratique et pour l'exécution, il implique : 1. l'observation des commandements de Dieu, obligation qui est commune à tous ; 2. pour chacun en particulier, la fidélité à remplir les de-
-voirs propres de son état ; $. pour ceux qui n’ont Pas encore fait choix d’un genre de vie, la nécessité de réfléchir mûrement sur cette affaire importante ; 4. enfin, une intention pure et droite,
qui dirige toutes nos pensées, toutes nos paroles,
toutes nos actions, selon les desseins de Dieu ma-
nifestés par une autorité légitime, mières d’en haut.
La vie présente et les différents états de vie ne sont, dans !: dre de Dieu, que doivent nous conduire à no
ou par des Iu-
des moyens qui tre fin. Or, les moyens
— 24 — 4 n'étant bons et estimables, qu'autant qu’ils aident à obtenir Ja fin, les différents états ne doivent être appréciés et embrassés qu’autant qu’ils nous servent à glorifier Dieu et à sauver notre âme,
Et voulez-vous distinguer sürement les avantages et les inconvénients réels attachés à une
Vous apercevez mille d
d CU
utre pas dans l'étude de 1ez au plus profond de
votre vocation, imprin
NE" es
Votre âme l’absolue nécessité du salut. La vie
bprésetite est Courte, elle passe comme une ombre, Vanité des vanités, et tout est vanité, excepté aimer Dieu et Je servir lui seul. Que sert à l’homme de Jagner l'univers, s'il vient à perdre son âme ? Le salut gagné, tout est gagné: le salut ;: rdu, tout est perdu. Point de milieu : ou la gioire des saints, ou les tourments des damnés. . et cela Pour l'éternité ! Il faut donc à tout prix obtenir la vie éternelle, Le but est le ciel, les états de vie sont les chemins pour y arriver, Seigneur, que faut-il que nous fassions
La nécessité d'atteindre notre fin dernière est ici le fondement de tout l'édifice. Une fois bien comprise, elle exerce une influence décisive sur notre choix ; elle en Prépare et en assure le succès. Sans ce fondement, on bâtit sur le sable et tout ce que l’on construit est comme un amas de poussière, exposé au caprice des vents.
11 faut réfléchir sur les différents états de vie
IT faut tâcher d’en acquérir une connaissance suffisante, afin de pouvoir ensuite les comparer entre eux, les rapprocher de nous, et comprendre par ce rapprochement, non pas quel est celui qui répugne le moins à la nature, mais bien celui dans lequel on pourra le plus facilement opérer Son salut, et travailler avec le plus de succès à la gloire de Dieu. Quelle que soit la direction que l'on prenne, il faut toujours se décider avec connaissance de cause. Une étude approfondie de ces Etats de vie n'est Pas requise ; il suffira de se faire une idée juste des points suivants : nature, excellence surnaturelle, principaux devoirs, avantages au point de vue du salut, peines et difficultés, signes de vocation.—Et cela pour le ma-
riage, le célibat dans le monde, la vie religieuse et la Prêétrise.
I faut réfiéchir sur les signes de vocation
La volonté de Dieu doit se manifester à nous
de quelque manière —Elle se fait connaitre par des signes.
Il y a trois signes ordinaires de lappel de
Dieu à un état de vie : l'attrait, l'aptitude ou capacité, et l'absence d'empêchement.