‹ Murat trois actes, quatorze tableauxChapitre 37 sur 102 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les Mêmes, MURAT.

MOURAD

Sois le bienvenu parmi nous... Et tes cavaliers ?...

Je n'avais pas besoin de gardes, les tiens sont là !...

MOGRAn, lui donnant la main.

Merci !

MURAT

J'ai souvent désiré te rencontrer. Mourad; grâce au ciel, c’est en amis que nous sommes l’un près de l'autre, pour la première fois!

mou ra n.

On aime moins la guerre quand on songe que ces mains si étroitement unies doivent s'armer pour donner la mort.

MURAT

Eh bien ! qu’importe si, vainqueur ou vaincu, on acquiert cette double couronne, honneur cl renommée!...

MOURAD

Oui, tu dis vrai ; c’est ainsi que, comme toi, on jette à l’avenir un nom retentissant!... C’est en parlant ainsi que lu entraînes à la gloire les soldats de la France !

murât, te (ournant vers les Marne fourks.

Ils sont dignes de combattre les tiens!... Bonaparte l’a dit : les Mameloucks. c’est la première cavalerie du monde ! (Aux Mameloucks. : C’est un beau spectacle que de vous voir franchir l’espace, courbés sur vos chevaux qui effleurent à peine le sable de vos déserts !

MOURAD

Tu vas leur donner de l’orgueil!...

Et lorsque emportés comme par un ouragan, vous courez sur nous, le cimeterre levé, il nous faut bien serrer nos rangs pour résister a vos attaques fougueuses...

MOURAD

Oui, mais souvent la foudre elle-même s'émousserait contre les impénétrables carrés de votre infanterie... Mais, dis-moi, quel est donc cet homme qui vous commande, ce Bonaparte, qui est venu dans notre Orient, semblable au Dieu de la guerre? Ce fleuve sacré, ces pyramides séculaires, n'ont jamais vu de conquérant enchaîner comme lui la victoire à son char... Nouy avons subi des revers, essuyé des défaites, mais nous pouvons dire, pour consoler notre fierté, c’est la fatalité qui le conduit!

MURAT

Non, Mourad, c’est le génie !... Il s’est élevé au milieu de nous comme un météore, et nous levons suivi aux bords du Nil, comme nous le suivrions aux limites du monde!... Notre patrie gémissait, abandonnée à de sanglantes divisions; il

l'a consolée en lui montrant la gloire, et il nous a entraînés sur ses pas, dociles à sa parole, émerveillés de sa puissance !... C’est ainsi que naguère il a soumis l'Italie et dispersé plusieurs armées, avec des soldats qui marchaient pieds nus et les vétemens en lambeaux!... C'est ainsi qu’il nous a précipités sur l'Egypte, et que, d’Alexandrie aux bords du Jourdain, il a inscrit sur notre drapeau autant de victoires qu'il a livré de combats ! Mourad, il ne pouvait rencontrer de plus braves ! adversaires que vous tous ! Quoi qu’il advienne.

c’est assez pour votre gloire d’avoir lutté avi c | lui; car, ainsi que l’a dit Kléber, cet homme ert j grand comme le monde !

MOURAD

Eh bien ! notre destinée eat aux mains d’Allah ; mais nous voulons rester dignes de nous mesurer avec des guerriers tels que Bonaparte, et que loi. Mural !... Que ne pouvons-nous marcher ensemble sous la même bannière!... Puisque le sort nous a faits ennemis, soyons au moins frères pour quelques heures! estimons-nous toujours !... Viens! Je veux que tu choisisses parmi mes armes celles qui pourront te plaire... Bientôt ces Aimées formeront devant toi les danses de notre patrie... ton passage parmi nous restera dans notre mémoire : puisses-tu garder le souvenir de notre ! hospitalité!... Viens!

! Ils vont vers le fond de la tente, soulèvent des rideaux et disparaissent.

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