BARBARA, ANTOINETTE
ANTOINETTE
Me reconnaissez-vous?
MAGASIN THEATRAL
BARBARA
Non.
ANTOINETTE
Je suis la femme qu’un soir, dans les rues de Paris, Murat vint heureusement soustraire à vos poursuites.
Barbara , «DW ironie.
Et vous venez vous plaindre au roi?...
AJfTOl NETTE.
Il me défendit si bien qu’en vous accusant je manquerais doublement de générosité I... Laissons là ce souvent! qui remonte à plusieurs années.
BARBARA
Je ne m'attendais pas à vous retrouver ici.
ANTOINETTE
J’ai suivi l'armée française dans les campagnes d’Italie , dans l'expédition d’Egypte. Aujourd’hui. j'ai quitté pour venir à la cour l'uniforme que je porte sur le bâtiment commandé par le neveu de Joachim.
BARBARA
Il a fallu, pour suivre cette carrière, une grande exaltation.
ANTOINETTE
Il m’a fallu du dévouement, et j'en ai.
BARBARA
Pour qui donc?
ANTOINETTE
C’est mon secret... mais nous devons tous en avoir pour notre roi, n'esl-ce pas ?
BARBARA
Certainement^,
m ANTOINETTE.
On dit que c’est par là que vous avei mérité la confiance de Murat?
BARBARA
A l'homme qui dirait le contraire, je répondrais qu’il a menti 1
ANTOINETTE
C'est bien !... J'ai songé à votre dévouement pour Murat, et j’ai gardé le silence sur un événement trop incertain, du reste, pour en informer un conseil de guerre.
e BARBARA.
Que voulez- vous dire?
ANTOINETTE
Celte nuit, sous les roches de Caprée, un traître essayait de parvenir jusqu’à Hudson Lowe.
Barbara, vivement.
On l’a pris?
ANTOINETTE
On a coulé à fond 1a barque qui le portait.
Barbara, avec calme.
Ah!...
ANTOINETTE
On a su plus tard que c'était un matelot de totre vaisseau... Ce matelot, je l’avais vu aux bords du golfe, en conférence avec un homme qui, en le quittant, m a paru se diriger vers le bâtiment que vous commandez.
BARBARA
Que prétendez-vous ?
ANTOINETTE
Rien, sinon appeler votre vigilance sur ceux qui vous obéissent ; voilà pourquoi je suis venue
à vous. Si j’avais pu affirmer ce qui n’était qu*un * doute pour moi, c’est à l’amiral que je serais allée. J’ai pensé qu’il suffirait de vous avertir, rt que votre dévouement ferait le reste.
BARBARA
Vous ne vous êtes pas trompée. S’il y a un traître sur mon vaisseau, je le découvrira) Mais je ne veux pas m’arrêter à celte pensée ; j ne veux que vous remercier de cette solliritud qui vous a fait venir à moi jusque dans le palais. Je vois que ses portes s’ouvrent devant vou>
J’ai des amis ici, et vous savez qu’au besoin le roi lui-même daigne me protéger.
BARBAna, iouriant.
C’est une protection qui peut vous mener à tout ANTOINETTE.
Excepté à l’ingratitude.
Barbara, à part y après l'avoir saluée, et au seul, de la galerie.
Viendrait-elle sur mon chemin ? Eh bien ! nous verrions qui l’emporterait, du démon ou de h femme I