‹ MurilloChapitre 6 sur 10 · LLANUEVA DISTRIBUANT DES AUMONES · texte numérisé non relu

LLANUEVA DISTRIBUANT DES AUMONES

(Musée de Séville.)

seulement parler des portraits proprement dits brosse's par lui, mais aussi des visages d'amis et de connaissances introduits dans ses compositions religieuses, tous d'un accent juste et précis. Sises effigies n ont ^pas la consistance de celles de Velazquez, le plus grand physionomiste qui ait jamais existé, si elles sont moins profondes, moins fouillées, elles brillent parle charme du dessin, l'harmonie des valeurs, la chaleur et la transparence du coloris. Parmi les portraits dus à Murillo, il convient de placer au premier rang celui qui se trouve au Prado représentant un religieux franciscain, le père Cavanillas. C'est un homme de quarante-cinq à cinquante ans, aux cheveux noirs et drus ; les yeux sont vifs, les lèvres charnues, entr'ouvertes ; le nez est fort, le masque énergique, commun et populaire.

Si l'on parcourt les autres musées d'Europe, on rencontre dans la galerie Lichtenstein, à Vienne, le portrait d'un jeune et élégant cavalier aux colorations transparentes et fines; au musée de Budapest, un buste d'inconnu d'une facture deHcate ; au palais Colonna, à Rome, un légiste en robe, d'une Jiarmonie séduisante; au musée de Nantes, provenant du legs Cacault le négociateur du Concordat avec Pie VII, un médecin feuilletant un livre appuyé sur une tête de mort ; cette œuvre classée, nous ne savons pourquoi, dans les inconnus de l'École flamande, est certainement de Murillo, sohdement peinte, pleine de caractère; elle pêche néanmoins, défaut rare chez l'artiste, par une tona* lité un peu lourde.

Au musée du Louvre, dans la galerie La Caze, figurent

deux petits porlrails allribués au maître. Tous deux se présentent de trois quarts, en buste, vêtus de noir et s'enlevant sur un fond de paysage ; l'un des personnages porte d'énormes besicles, l'autre étale la Toison d'Or sur la poitrine. On veut, à cause des lunettes, reconnaître dans le premier le poète satirique Francisco de Quevedo, Tauteur de la Vie de Tacanno Pablos de Biiscan ; de même, à raison du collier si haut prisé, on a voulu retrouver dans le second un duc d'Osuna. Tout cela est bien hypothétique. Le Charles II enfant^ du château de Hampton Court, en Angleterre, que Ton s'obstine à attribuer à Murillo, n'est certainement pas de lui. D'abord nous savons qu'il n'a jamais reproduit les traits du dernier monarque espagnol de la Maison d'Autriche: ensuite, la toile porte la date de 1665 et Ton n'ignore pas que l'unique séjour de l'artiste à Madrid eut lieu de 1643 à 1643, vingt ans plus tôt, et que Charles II n'alla jamais à Séville. Laissons donc de côté ces toiles trop généreusement données au maître et parlons de quelques autres qui font partie de collections particulières et dont certaines au moins sont autrement authentiques.

Les galeries de la noblesse et de la gentry anglaises prétendent posséder un certain nombre de portraits peints par Murillo; parmi ceux-ci, trois sont absolument indiscutables : le portrait de Don Andres de iVndrade, appartenant au comte de Northbrook, qui provient de la collection du roi Louis-Philippe et fut payé 23 000 francs à sa vente ; celui de l'archevêque Ignacio Spinola, à Strafford House, la fastueuse résidence du duc de Sutherland, et le superbe buste

irun moine ayant passé par la vente Aguado. Sont-ils indubitablement de Murillo, les portraits du duc et de la duchesse d' A valos, propriété du comte de Caledon, celui de Dona Juana Enumenté, appartenant à M. J.-G. Robinson, tous trois à Londres ? Les preuves font défaut. Les mêmes doutes subsistent pour les effigies de Don Nicolas Omazurino, quoique celui-ci ait été un des amis les plus chers du peintre ; du duc d'Osuna qui fait partie de la collection R. Ilolford, toujours à Londres. Dans la galerie de cet amateur figuie encore un portrait de Don Luis de Haro, le signataire du traité des Pyrénées, également attribué à Murillo. Il est peu probable que cette dernière toile soit de lui, et le personnage représenté n'est certainement pas le ministre de Philippe IV qui n'a pu poser devant le peintre andalou.

Les collections d'Outre-Manche, s'il fallait s'en rapporter à leurs propriétaires, renfermeraient encore une demidouzaine de portraits du maître par lui-même ; mais certains ne sont que des copies ou des imitations. Deux de ceux-ci ont fait partie delà galerie espagnole du Louvre qui avait appartenu au roi Louis-Philippe. Ce sont incontestablement les plus remarquables.

Le premier, acquis en Andalousie, par le baron Taylor, au prix de 50 000 francs, dit-on, du consul anglais à Séville, M. WiUiams, est passé dans la collection de lord Stanley. Fort connu par ses nombreuses reproductions, il est superbe et indiscutable (i).

(1) W. Stirling assure que ce portrait est celui possédé au wm^ siècle par Don Bernardo Yriarto ^'lavé antérieurement par Kicliard Collin.

Le maître s'y est représenté presque k mi-corps, de trois quarts, dans ce médaillon ovale de pierre, si connu, sur le rebord duquel il appuie la main droite, le masque puissant émergeant d'une masse de cheveux bruns séparés par une raie de côté et tombant sur un col rabattu.

Le second, entré dans la galerie Standisli, montre MuriJlo dans une attitude différente et le cède un peu au premier comme valeur. Xhoré, qui a vu les deux toiles à l'exposition de Manchester de 1857, pense que ce dernier pourrait avoir été peint dans l'atelier de l'artiste par un de ses élèves. Nous ne le contredirons pas.

Des portraits du peintre, un des plus précieux, sinon le meilleur, reste celui que Tobar, qui cependant ne l'avait pas connu, copia d'après un original aujourd'hui perdu et qui se trouve au musée du Prado. Murillo y est figuré dans cet encadrement ovale, marque distinctive de ses effigies. La pose et l'attitude sont à peu près les mêmes que sur la toile de la collection Stanley. Ne pourrait-on pas admettre que Tobar, tout en reproduisant scrupuleusement les traits et l'attitude générale du modèle, se soit permis certaines licences dans l'arrangement des détails et dans leur interprétation ?

Quelques maisons espagnoles ont conservé des portraits dus à Murillo. A Séville on trouve ceux du capitaine Maestre et de sa femme Doua Maria Felices, chez le représentant actuel de cette famille. A Madrid, dans la collection de Don Aur. de Beruete, celui de Don Diego de Esquivel,

jeune homme de vingt-cinq ans environ, représenté en pied, debout, le visage encadré d'une ample chevelure brune, les traits réguliers, la lèvre supérieure ombragée d'une légère moustache. Vêtu de noir, il porte des culottes courtes et des souliers découverts. Les bas blancs, les manches chamois du justaucorps soutachées d'ornements et laissant passer des flots de batiste sont les seules notes claires de la toile avec le visage et les mains ; la gauche est posée sur le dossier d'un fauteuil, la droite tient le feutre et les gants ; ces mains, les plus fines, les plus délicates, les plus charmantes que l'on puisse imaginer, sont d'une qualité de facture inexprimable. Au sommet du tableau, sur le fond sombre, figure l'écusson du modèle, enveloppé de fastueux lambrequins.

A côté de cette effigie, il faut placer un autre portrait de gentilhomme, propriété d'un amateur madrilène. Le jeune seigneur qui a posé devant le maître est à peine un peu plus âgé que Don Diego de Esquive! ; on le voit également en pied, debout, dans une pose analogue, la main droite appuyée sur un fût de colonne, tandis que la gauche pend le long du corps et tient le large chapeau k plumes et les gants; les cheveux bruns et abondants re-tombent sur le col blanc et raide. L'épée au côté, il est vêtu d'une sorte de pourpoint sans manches ; les bras émergent de bouffants de toile fine que terminent des manchettes brodées ; le reste du costume consiste en haut de chausses bruns, en bas blancs et en souliers noirs. Les traits fermes et énergiques, les yeux largement ouverts, il est bien la

personnilicatioii ai le prototype de ces fiers et nobles hidaljros chez lesquels la rudesse ancestrale a été atténuée et corrigée par la douceur de la vie aiulalouse et les formes courtoises et méticuleuses de la Cour de la Maison d'Autriche. Signalons ensuite le portrait présumé, mais certainement il tort, du fils aîné du peintre, Gaspar Estéban. C'est une œuvre de grande alluie, noble et grave, qui après avoir appartenu à la famille d'Albe est passée par les enchères de l'hôtel Drouot au printemps 1877. Elle montre un jeune homme de vingt-cinq ans environ, en pied, la tête de trois quarts, les chev(Hix noirs, les yeux vifs, le teint chaud et sanguin, la moustache fine; il porte les vêtements ecclésiastiques, tient son bréviaire de la main gauche, et de la droite, son bonnet carré. Une inscription placée sur le tableau donne la date de son exécution : 1680.

Voici d'autres portraits aussi dignes d'attention : celui de Don Justino Neve y Yévenes, prébendier de la cathédrale, peint en pied, de grandeur naturelle, revêtu de ses ornements de chœur. Cette toile exécutée pour l'hôpital des vieux prêtres de Se ville, dont le charitable chanoine avait été le bienfaiteur, resta dans le réfectoire de cette maison hospitalière jusqu'à sa suppression; celui de la mère Francisca Dorolea Yillalva, fondatrice du couvent des Dominicaines de S*"" Maria de los reyes, depuis lonfib^mps h la cathédrale, dans la sacristie des calices. iYv^i encore dans la série des portraits qu'il conviendrait de placer nombre de figurations de saints peintes par le njaîlî (*. Nous avons parlé du Saint Léandre et du Saint

Cliché Neurdcin.

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