Nature, 18 juin
gnons de silex à divers degrés d'avancement et des pics en bois
ioches en bois de cerf.
marteaux et p
Fig. 15. — Pics
tations, on n’a découvert un
explo
de cerf, Dans aucune de ces
outil en métal, n1 relevé une trace de leur emploi, elles doivent donc se rattacher à l’époque néolithique.
Nous avons vu l’homme perfectionner peu à peu ses outils et ses armes, tout d’abord d’un travail si grossier. L'industrie naissante fait naître le commerce ou, pour parler plus exactement, l'échange. Dès les premières migrations, des relations s'établirent ou se continuèrent entre les tribus dispersées, souvent très éloignées les unes des autres, et les preuves de ces rapports se multiplient, à mesure que l’on connaît mieux les temps préhistoriques. Les silex travaillés par les troglodytes de la Belgique, les coquilles fossiles si nombreuses à Chaleux, au trou du Frontal, au trou des Nutons, viennent des plaines crayeuses de la Champagne. On a trouvé à Thayngen, à la limite de la Suisse et de l’Allemagne, en [talie dans des stations antérieures aux terremares, l’huitre perlière de l'Océan Indien et les coquilles des mers arctiques dans les cavernes du midi de la France. Celles de l'Océan se rencontrent à la Madelaine, à Cro-Magnon, à Bize dans l'Hérault, à Solutré sur les bords de la Saône. Le troglodyte de Gourdan était paré des coquilles méditerranéennes et l’homme de Menton à son tour portait une résille formée de coquilles de l'Atlantique. Les coquilles fossiles n'étaient pas moins recherchées ; nous venons de voir en Belgique celles de la Champagne; d’autres provenant des faluns de la Touraine ou de l’Anjou ont été transportées dans les grottes du Périgord, les oursins appartenant au terrain cretacé du nord de la France dans une station préhistorique de l'Auvergne, et M. Massenat a ramassé à Laugerie-Basse deux exemplaires d’une espèce qui n’a encore été signalée jusqu’à présent que dans les terrains éocènes de l’île de Wight.
Les cavernes du Périgord ont aussi donné des fragments de quartz hyalin, ils n’ont pu être apportés que des Alpes ou des Pyrénées. En Bretagne et dans le Maine, les silex étrangers à ces régions granitiques sont nombreux ; le D' Prunières constate le même fait sous les mégalithes que l’on découvre au milieu des causses de la Lozère et les dolmens de la Haute-Vienne ne
renferment que des instruments en roches étrangères au pays.
Les haches, les poignards, les nuclei du Grand-Pressigny, les livres de beurre, telest le nom caractéristique qui leur est donné, ont été recueillis dans le lit de la Seine, dans la Limagne d'Auvergne, au fond de la Bretagne, à Saint-Médard auprès de Bordeaux, sur les bords de la Meuse, et jusque dans les îles Shetland. On nous dit à Concise le corail rouge de la Méditerranée, l’ambre jaune de la Baltique dans les villages lacustres de la Suisse, sous les dolmens de la Bretagne, dans les grottes funéraires comme celles d’Oyes (Marne) ou de Lombrives (Ariège), sous le tombeau mégalithique de la Roquette, à Saint-Pargoue (Hérault) sous le dolmen de Graille (Gard', à Malpas et à la Baume (Ardèche)’. Ce sont là des sépultures néolithiques ; peut-être même quelques-unes d’entre elles peuvent-elles dater des débuts de l’âge de bronze; mais nos troglodytes possédaient l’ambre plus anciennement encore, car cinq fragments ont été trouvés dans la grotte d'Aurensan, auprès de Bagnères-de-Bigorre, dont l’habitation remonte aux temps paléolithiques. La jadéite et la néphrite? se rencontrent dans les palafittes de la Suisse et de la Bavière, la chloromélanite * en France, l’obsidienne“ en Lorraine, dans l’île de Pianosa, dans les Cyclades. Nous avons vu la calaïs° sous les dolmens de la Bretagne; on l’a trouvée aussi dans les grottes
1. Heïlbig, Osservazioni sopra il commercio del l’ambra (Acad. dei Lincei). Il ne faut pas confondre l'ambre jaune de la Baltique avec l'ambre rouge que l’on trouve en Italie, dans les montagnes du Liban et même dans certains lignites du midi de la France. Sadowski, Le commerce de l'ambre chez les anciens.
2. La néphrite se trouve dans le Turkestan, en Sibérie, dans la Nouvelle-Zélande. On connaît des gisements de jadéite en Birmanie. Jeannetay et Michel, Note sur la néphrite ou jade de Sibérie (Bul. Soc. minéralogique de France, 1881) ; Meyer, Die Nephritfrage kein ethnologische Problem, Berlin, 1882.
3. On a recueilli des objets en chloromélanite dans 38 de nos départements. Son gisement est aujourd’hui inconnu. Fischer et Damour, Rev. Arch. 1871.
4. L'obsidienne se trouve principalement dans les mines ou carrières de Terro de las Navajas (Mexique) connues au temps des Azlecs. Des gisements paraissent avoir été récemment découverts en Hongrie et dans l’île de Milo.
5. La calaïs ne diffère de la turquoise que par un équivalent d’alumine ; elle a été décrite par M. Damour en 1864. On a prétendu reconnaître ses traces dans les mines d’étain de Montebras qui paraissent avoir été exploitées dès les temps préhistoriques. Mat., 1881, p. 166 et s. — Cartailhac, Bul. Soc. Anth., 1881, p. 295.
du Portugal et sous les mégalithes du midi de la France.
Ce n'est pas seulement en Europe que nous pouvons suivre les relations établies entre des hommes séparés par des distances immenses, par des mers, par des déserts qui paraissent infranchissables. Les coquilles de l'Atlantique et celles du Pacifique, le cuivre du lac Supérieur, le mica des Alleghanys, l’obsidienne du Mexique gisent confondus sous les tumuli de l'Ohio, et tout récemment M. Putnam montrait à la Société des Anti-
REKERDEL
Fig. 76. — Crâne de la femme de Cro-Magnon, vu de face.
quaires américains une collection de celts et d’ornements en jade; les uns venaient du Nicaragua, d'autres du Costa-Rica ; une hache au double tranchant affilé provenait du Michigan. Aucun gisement de jade n’a été trouvé jusqu’à présent sur le continent américain, il faut donc bien supposer que ces objets avaient été apportés d'Asie à une époque inconnue. Les retouches qu'ils portent, les trous de suspension dont ils sont percés montrent Le prix que leurs possesseurs y attachaient.
Les monuments de tout genre répandus dans les divers pays du globe, Les armes, les outils, ces reliques d’un lointain passé permettent chaque jour de mieux connaître les mœurs, les coutumes, la manière de vivre de nos ancêtres de l’âge de
pierre. Leur vie se résume dans la lutte, dans la luite sans repos
et sans trève. Il fallait lutter contre les animaux, lutter contre les hommes, disputer aux uns leur asile ou leur proie, aux autres les terrains de chasse, les cours d’eau, plus tard les pâturages indispensables aux premiers pasteurs. Aussi est-il trop certain que les hommes, dès l'aurore de l’humanité, se livraient
Fig. 7. — Crâne de femme trouvé à Sordes, ayant recu à la tête une grave blessure à laquelle elle a survécu.
sans contrainte à leurs passions brutales qu'aucun frein ne venait modérer. Le droit du plus fort est la loi unique, et partout où l’homme pénètre, il porte avec lui la violence et la mort. Un des fémurs du vieillard trouvé dans la célèbre sépulture de Cro- Magnon porte une dépression profonde due au choc d’un projectile, une pierre de fronde probablement. Sur le front de la femme qui gisait à côté de lui, est une large blessure produite par une petite hache en silex (fig. 76); cette plaie de l'os frontal pénètre le crâne et, selon toute apparence, a été la cause de la mort, mais non d’une mort immédiate, car sur les bords de la blessure il est facile de reconnaître des traces de réparation”. Plusieurs des ossements trouvés dans la grotte de Sordes offrent, au dire du docteur Hamy, des cas très curieux. Un trou béant au
(1) Broca, Les ossements des Eyxiès. Paris, 1868.
pariétal droit d’une femme témoigne d’une blessure effrayante (fig. 717). La femme de Sordes, comme la femme de Cro-Magnon, avait cependant survécu pendant quelque temps. Le travail d’élimination des esquilles, qu'il est encore facile de reconnaître, ne peut laisser aucun doute à cet égard.
Dans les cavernes des Baumes-Chaudes situées dans la partie de la vallée du Tarn qui appartient au département de la Lozère, le D' Prunières a recueilli de nombreux ossements portant les stygmates caractéristiques de blessures produites par des armes de pierre?. Une quinzaine de ces ossements, os iliaque droit et gauche, métacarpien, tibia, vertèbres, renfermaient encore des pointes de silex lancées avec une assez grande force de projection, pour pénétrer profondément Le tissu osseux. Toujours infatigable dans ses recherches, M. Prunières constatait également sur les ossements de la caverne de l’Homme Mort les traces d’anciennes blessures cicatrisées, et 1l présentait au congrès scientifique de Clermont une vertèbre humaine provenant du dolmen de l’'Aumède, transpercée par une pointe de flèche, où le silex est comme enchâssé dans un tissu osseux de nouvelle formation.
Sur dix-neuf crânes trouvés dans la sépulture néolithique de Vauréal, deux portaient les traces d'anciennes blessures. L'un d'eux, celui d’une femme, montrait trois plaies différentes ; deux étaient guéries, la dernière à l’occiput était béante et avait dû causer la mort.
Une grotte sépulcrale à Nogent-les-Vierges (Oise) renfermait le squelette d’un homme ayant au front une blessure qui ne mesurait pas moins de onze centimètres de long sur sept de large. Cet homme, jeune encore, toutes les sutures sont très apparentes, avait survécu quelque.temps à cette grave blessure.
La caverne de Gourdan a donné des crânes, des mâchoires brisés par des instruments contondants; sur d’autres crânes, on
1. Lartet et Chaplain-Duparc, Une sépulture des anciens troglodytes des Pyrénées.
2. Bul. Soc. Anth., 1878, p. 215. Les Baumes-Chaudes sont l’ossuaire le plus
complet que nous connaissions de l'époque néolithique. M. Prunières à pu y recueillir jusqu’à trois cents squelettes.
distinguait des raies, des stries qui n’ont pu être produites qu'après que le cuir chevelu avait été arraché. M. de Baye a recueilli dans les grottes de la vallée du Petit-Morin des vertèbres humaines percées d’un silex dont l'extrémité était implantée dans l'os. Dans la grotte de Villevenard, une tête renfermait trois pointes de flèches à tranchant transversal recouvertes par la calotte crânienne qui s'était affaissée sur elle. Une autre flèche gisait entre deux vertèbres dorsales. Il est probable que ces flèches étaient restées dans les plaies qu'elles avaient produites ; c’est le moyen le plus naturel d'expliquer leur position. Continuant ses explorations, à deux kilomètres environ des grottes dont nous venons de parler, M. de Baye découvrait une sépulture renfermant trente squelettes tous adultes et fortement constitués. Les corps étaient superposés et séparés les uns des autres par de larges pierres plates et une mince couche de terre. La grotte sépulcrale renfermait soixante-treize pointes de silex. Comme à Villevenard, leur position permet de croire qu'ils étaient engagés dans les chairs et que la décomposition cadavérique les avait fait tomber. Ces hommes sans doute furent les victimes d’un sanglant combat livré dans la vallée.
De nombreux ossements humains provenant des cavernes du Vivarais portent les traces de fractures violentes produites par une arme à tranchant effilé. Dans la grotte de Challes (Savoie), c'est encore une femme dont le crâne a été fendu par une arme en silex ; mais ici la mort a été immédiate, autant du moins que l’on peut en juger sur un fragment très incomplet qui ne présente aucun travail réparateur. Dans la grotte de Castelet, c’est une vertèbre humaine renfermant l’arme qui l'avait percée; en touchant los, la pointe s'était cassée, mais le trait avait été lancé d’une main si sûre qu'il s'était enfoncé de vingt-cinq millimètres dans Le tissu osseux. Là aussi, l'absence de toute exostose indique que la mort avait promptement suivi la blessure.
D'autres fois l’homme survivait et même assez longtemps ; nous venons de le voir pour des blessures crâniennes, et 1l y a quelques années on présentait à la Société archéologique de Bor-
deaux un os humain conservant encore, dans une cavité qui s'était produite, une pointe de silex. L'inflammation causée par le corps étranger avait laissé des traces visibles et le tissu osseux sécrété par le périoste avait pour ainsi dire modelé la flèche (fig. 78).
Fig. 18. — Fragment de tibia humain avec exostose enveloppant l'extrémité d'une flèche en silex.
Dans la grotte du Trou d'Argent (Basses-Alpes), au milieu d’ossements de ruminants et de carnassiers, de tessons de poterie, de débris de toute sorte, on retirait un fragment d’humérus (fig. 19) perforé à la cavité olécrâänienne et coupé avec une
Fig. 19. — Fragment d'humérus humain perforé trouvé dans la grotte du Trou d'Argent.
grande netteté à sa partie inférieure, sans doute à l’aide de quelques-uns des outils en roche dure, épars en grand nombre dans la grotte. La position de cet ossement humain au milieu de débris d'animaux et des restes du repas permet de croire à une scène de cannibalisme. C’est un exemple de plus à ajouter à ceux que jai donnés.
Les mêmes faits se produisaient en Angleterre et en Allemagne. Le D° Wankel cite à Prerau, auprès d'Olmutz, un gisement préhistorique intéressant. Au milieu d’ossements appartenant à des animaux de la faune quaternaire la plus ancienne, tels que le mammouth, l'ours, le lion, le glouton, le renard lagopède, au milieu d'armes ou d’ornements grossiers en os ou en ivoire, 1l découvrait une mâchoire et un fémur humains couverts de stries produites par des haches en silex. En 1801, M. Cunnington retirait d’un barrow près de Heytesbury plusieurs squelettes; un d'eux avait eu le crâne brisé par un instrument contondant. Sir R. Hoare parle aussi d'un crâne provenant des environs de Stonehenge, fendu par un coup porté avec une de ces armes redoutables. Plusieurs crânes retirés d’un long barrow à West-Kennet présentaient de semblables blessures.
Il en était de même à Littleton-Drew, à Uley, à Costwold, à Rodmarten et le D' Thurmam en concluait que presque tous les individus déposés sous les barrows avaient péri de mort violente*. Il mentionne cependant un crâne percé d’un large trou dont les bords doucement arrondis témoignent d’un travail réparateur ; c'est la preuve que l’homme avait longtemps survécu à sa grave blessure. En 1809, un fermier du Kireudbrightshire entreprit de démolir un grand cairn qui gênait sa culture et que la tradition populaire assignait comme tombeau à un roi d'Écosse. Quand les terres furent enlevées, les ouvriers trouvèrent un grossier cercueil en pierre, et dans ce cercueil le squelette d’un homme de très grande taille. Un bras avait été presque séparé du tronc par un coup porté avec une hache en diorite dont un fragment brisé était resté dans l’os?.
Un des rares crânes que l’on peut attribuer avec quelque certitude aux populations lacustres de la Suisse a été trouvé à Sutz, auprès de Zurich ; 1l présentait à la région occipitale une fracture
1. « In a large proportion of the long Barrows which I have opened, many of the skulls exhumed have been found to be cleft apparently with a blunt weapon such as a club or a stone axe. » Archæologia, t. XLIL, p. 161 ets.