‹ Mœurs et portraits du tempsChapitre 20 sur 111 · EB D^UX C{1£D1TS · texte numérisé non relu

EB D^UX C{1£D1TS

LE CRÉDIT FONCIER, (t uTi ttif digne.

Lui-même 3 et à vos ordres, Monsieur.

L^ CLIENT

Il s'agit d'une affaire.

LB CREDIT FQNfiiiR, toumant au gracieux.

Une afTairel voici un siège, Monsieur. (Ils s'asieoient.) Vous pouvez parler librement > il n'y a point ici d'oreille indiscrète.

lE CtlEIfT.

Monsieur, ce tjue je désire est simple et n'a rien de mystérieux. Je possède un immeuble qui vaut » haut la main , cent mille francs , et je voudrais emprunter vingt mille francs dessus. Tel est, en deux mots, l'objet de ma visite. Mon intention était d*abord de m'adresser à mon notaire ; mais on m'a assuré que la Société du Crédit Foncier me ferait de meilleures conditions, et je suis venu pour m'en assurer» Vous voyez que je vais droit au but.

LE CRÉDIT FONCIER

En effet, Monsieur, et je ne ierai pas moins rond que vous. Vous pouvez considérer votr^ af* faire con^me feite : nous acceptons.

LE CLIENT

Un instant, et comme vous y allez ! Encore fautil savoir à quelles conditions?

LE CRÉDIT FONCIER

Celles de tout le monde, Monsieur ; celles que mon conseil d'administration a fixées avec Tausté-rite dont il ne se départ jamais. Naguère, c'eût été cinq et un tiers pour cent, intérêt et amortissement compris; aujourd'hui (la mélancolie repa^ rait ) c'est cinq pour cent seulement^ grâce au don que le gouvernement nous a fait [simpir], un doti qui oblige»

LE CLIENT, faiiant un mouvement pour se lever. Cinq pour eenti Désolé, Monsieur, mais je trouve à quatre et demi chez les notaires.

LE cftiDiT iroNciER, fe retenant et le forçant

. à êê rasêeoir.

Quatre et demi pour l'Intérêt.

LE CLIENT

Pour rintérét.

LE CRÉDIT FONCIER

Aussi ai -je dit {appuyant sur les mois) intérêt

et amortissement ; les cinq pour cent comprennent tout.

LE CLIENT

Un amortissement! à quoi bon?

Mais afin d'éteindre le principal, tout en servant les intérêts.

LE CLIENT

Et que m'importe! je suis veuf, je n'ai point d'enfants. Tant que je vivrai l'emprunt courra, et après ma mort mes collatéraux s'arrangeront^ Mes collatéraux I Des gens qui comptent mes minutes ! Supprimez l'amortissement, s'il vous plait.

LE CRÉDIT FONCIER

Ah! Monsieur! pour qui nous prenez-vous?

Quelle idée vous faites-vous de notre commerce ? Est-ce que vous nous supposeriez gens capables de transiger avec les mauvaises lîabitudes de l'emprunteur, avec son inexactitude et son imprévoyance bien connues? Jamais, Monsieur! nos statuts nous le défendent. Nous lions le remboursement à Femprunt; ils sont indivisibles. Nous obligeons l'emprunteur à se libérer, quoi qu'il en

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ait. G*est en cela que notre combinaison est nouvelle et, je dis plus, morale. Nous soulageons et nous affranchissons.

LB CLIENT

A la bonne heure ! Et combien de temps y mettez-vous? Moi, par exemple , si je traite avec le Crédit Foncier, à quel âge serar-je affranchi, comme vous dites ?

LE GRiDIT FONCIER.^

Quel âge avez- vous , Monsieur ?

LE CLIENT

Mais soixante ans sonnés.

LE CREDIT FONCIER

Alors à cent dix ans vous serez quitte ; là, tout à fait quitte. Nous n'aurons plus rien à réclamer de vous, plus rien.

LE CLIENT

A cent dix ansi

LE CRÉDIT FONCIER

L'heureux moment! Comme vous vous sentirez libre alors , et dégagé , et à Taise 1 Et dici là, point de gène, point d'effort ; vous vous libérez doucement , lentement , par annuités , d^une

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90 LfiS DEUX CRÉDITA.

manière insensible. N*admirez-*vou& pas là combi* naison?

LE CLIENT

A cent dix ans î

LE CREDIT tONGIBR,

Oui, c'est demander beaucoup a la nature; mais il y a des exemples à Tappui. Je ne veux pas re< monter jusqu'à Mathusalem qui vécut neuf cent soixante-neuf ans> ni à Setb qui en vécut neuf cent douze ; ces beaux temps ont fui, et c'est dommage. Un homme eût pu alors renouveler son hypothèque dix-huit fois : c'eût été le vrai temps du « crédit foncier. Mais, de nos jours même , on cite des faits de longévité qui ont un caractère encou^ rageant pour vous ; en Laponie, en Norvège ^ par exemple, où ces cas sont communs} en France même , à Taîr pur de nos montagnes. II y a partout des êtres favorisés! Quoi d'étonnant que vous en fussiez un?

m CLIENT.

N'avez-vous pas d'autre chance à m*offrir?

LE CaéolT FONCIER.

A la rigueur, vous pourriez payer plus tôt,; c'est

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une porte, qui youb est ouverte. Mais alors les termes sont plud durs : le Crédit Foncier ne se dérange pas pour rien de ses habitudes. {Voyant le client se lever et se disposer à la retraite*) Eh bien ! Monsieur, que décidez-vous î

LE CLIENT

J'y réfléchirai.

(// salue le Crédit Fonei$r qui le reconduit jusqu^àla porte avec une exquise politesse.)

LE CRÉDIT FONCIER, à purt.

Encore un qui ne mord pas !

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