‹ Mœurs et portraits du tempsChapitre 34 sur 111 · LES FAVORIS DU DESTIN. 1«S · texte numérisé non relu

LES FAVORIS DU DESTIN. 1«S

derniers recoins de industrie oa de la banqae. Et qu'ont fait ces gens-là pour monter si haut? Ils ont osé.

Il en est un surtout dont j'éprouve le besoin de dire quelques roots et de tracer Fesquisse. C'est un mortel né sous une étoile heureuse et qui n'a qu'une passion dominante, celle d'acheter indéfiniment. Il achète tout ce qui se présente; il s'achèterait lui-même si la vente d'un blanc était tolérée en pays chrétien. A part cet excès il a commis tous les autres, comme on va le voir.

Parti de sa province avec un bagage fort léger, il arriva à Paris, il y a quelques années de cela, n'ayant pour se défendre contre les atteintes du besoin que le goût impérieux sur lequel s'est élevée sa fortune. Il acheta dès le premier jour ; il acheta ce qu'on voulut bien lui céder, et ce n'était pas grand'chose : ses capitaux ne lui permettaient point d'écart. Seulement il y gagna de s'entretenir la main et d'alimenter son penchant. Depuis lors il ne fit qu'acheter de plus en plus, achetant quoi que ce soit, pourvu qu'il achetât. Cette passion est de celles que rien n'assouvit et qui s'excitent au lieu

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de s'apaiser par un fréquent exercice. Témoin les brocanteurs.

Inutile de dire sur quels objets se porta d'abord cette soif d'acheter; l'intérêt réel ne commence que lorsqu'elle trouva enfin un théâtre et des éléments sérieux. Ce fut au moment où les chemins de fer remplirent la Bourse de leurscoupons. Notre héros en acheta, la chose va de soi, il en acheta tant qu'il le put, on devait s'y attendre. Mais là encore il rencontra une limite, et il fallut s'arrêter. Alors que Qt-il? Ne pouvant en acheter, il offrit d'en prendre en pension. L'idée était neuve, elle eut du succès ; il lui en arriva de toutes parts. Il était à craindre que ces chemins, mis au régime commun, ne fissent mauvais ménage et que les médiocresn'endommageassentlesbons.Notrehéros y pourvut, les apprivoisa, les nourrit de dividendes et parvint à les faire vivre dans la même caisse, en parfait accord. Dès ce moment le problème était résolu; il ne restait plus qu'à en tirer tout le parti possible. Ce fut fait, et il y eut plus d'un million au bout.

Ainsi cette idée fixe d'acheter avait abouti à un

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saccès : ce succès ne fit que s'accroître. Plus il achetait, plus notre héros désirait acheter. Il toucha à tout ce qui parut , en prit plus ou moins , se

gorgea de valeurs, se bourra de titres, accepta sans regarder, tant et si bien que lorsque la hausse, survint, elle le souleva ainsi pourvu et le porta en plein courant de bénéfices.

Ce fut alors que sa manie se montra sous un jour nouveau et inattendu ; il se mit à acheter des journaui. Déjà il en avait un d'un caractère spécial ; c'était bien assez pour charmer les loisirs d'un homme; il désira mieux, il en voulut avoir qui parlassent au public tout entier et fussent universels, politiques et littéraires, conformément à leur titre. Notre héros avait entendu dire qu'un journal est à la fois une arme et un talisman, une arme pour contenir les uns, uu talisman pour fasciner les autres, et qu habifement conduit, il rend des services variés et qui ne sont pas tous honorifiques. C'en fut assez pour le décider. Il entra dans cette voie pleine d'embûches et d'avertissements.

Il acheta donc un journal, un grand journal, ce qui lui donna Tidée et le goût d'eit acheter un se-

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