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s*accoutamait à cette opinion, longtemps contestée, que les Anglais sont des hommes comme nous, doués des mêmes organes , en usant dans le même but, et n'ayant aucun des goûts dépravés que leur attribuait le préjugé populaire* Même on n*était pas éloigné de revenir de cette pensée , qu*ils ne remuent pas le petit doigt , n'arment pas un bfttiment ni ne vendent une balle de coton sans avoir l'intention formelle de nuire à la France, de vexer la France,^^ d'insulter Ja France , de lui enlever sa dernière colonie et son dernier édu.
Voilà où nous allions sans nous en doater ; voilà à quel abtme de condescendance nous étions conduits : plus de haines, plus de rancunes entre l'Anglais et nous ; l'un des deux peuples B*était phis de trop sur cette terre. Quel péril dans ce retour de l'opinion ! Heureusement qu'au milieu de l'aveuglement général, un homme y a vu assez clair pour jeter le cri d'alarme. Du moins m'a-t-^n asâuré qu*U en est ainsi. Â en croire le bruit public, Ango et Roux de Corse auraient naguère trouvé un successeur : un Français , «'inspirant du vieux sentiment national , aurait jeté un intrépide
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défi à rAogleterre , Taurait appelée en combat singulier ; on ajoute que c'est un avocat de la ville d'Aries.
Je connais et ainoe la ville d'Arles; deux fois elle m'a donné des témoignages de confiance dont je suis fier, et j'ai pu croire qu'elle n'avait rien de caché pour moi. Eh bien ! tout un aspect de son existence m'échappait. Je savais qu'elle possède des antiquités du phis grand prix, un théâtre et un cirque merveilleux « un champ des ihorts jondié de tombes romaines; je savais qu'elle a produit des pubUcistes d'un rang élevé, des savants, des érudits ; qu'elle renferme une population vigoureuse de cultivateurs et de marins , surtout qu'elle a des femmes renommées pour leur beauté , et cela depuis si longtemps qu'elle partage avec Milo l'honneur d'avoir fourni un débris de Vénus antique ; je n'ignorais aucun de ces détails , ni même de plus familiers, par exemple, qu'Arles confectionne les plus parfaits saucissons qui soient au monde , des saucissons exquis, de vrais morceaux de gourmetjs.
Mais un fait qui m'était resté inconnu, c'est que la ville d'Arles a vu nattre et conserve dans ses
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murs un avocat assez fort pour déclarer de son chef la guerre à TAngleterre et en entreprendre la conquête à ses risques et périls. Voilà des ressources que je ne soupçonnais pas et que peu de personnes soupçonnaient, il faut le dire. Et pourtant toutes les versions s'accordent là-dessus. Cet avocat existe, il est très-monté , parle de traverser la Manche immédiatement, et traite d'Anglais tous ceux qui témoignent quelque répugnance à le suivre. A la boniie heure ! cet homme a du moins une pensée, un désir, une<;royance, ce qui est rare par le temps où nous vivons. Il croit qu'il n*y a qu'à vouloir pour engloutir en une bouchée la Grande-Bretagne et les lies adjacentes, y ramener les populations à rétat primitif, en refaire des Pietés ou quelque chose d'approchant , enfin bouleverser de fond en comble ce nid à industriels, à marins, à marchands et à huguenots. Telle est sa foi , et il la confesse : honneur à lui !
Au fond , c'est un peu vif; mais tout ce qui vient du Midi a ce caractère : le soleil y tombe d'aplomb sur les cerveaux et les dispose à l'effervescence. Il en est des êtres humains comme des autres produits
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de ta nature ; ils varient en raison du sol ^ du elir mat, des vents qui régnent, de la ri^pieup et de la douceur des saisons. Que faire alors? Les prendre cûmme ils sont, pour ce qu'ib sont, avec leurs avantages et leurs inconvénients.
D*dilleurs , peu importe rhomme ; c'est à l'entreprise môme qu'il convient de s'arrôter : elle en vaut la peine. La conquête de l'Angleterre ? depuis la bataille de Hastings on n'avait pas prononcé ce mot-là* Par exemple , rien n'indiqué les moyens qui seront employés ; Tavocat d'Arles a ttop Thabitqde de la grande guerre pour ébruiter le plan de ses opérations ; il sait à quel point le succès est inséparable du mystère. Nul doute qu'il n'ait son procédé ; seulement il ne le livre pas et le réserve pour l'instant décisif. Le champ reste donc ouvert aux conjectures, et c'est le cas d'y recourir.
Lorsque Napoléon , il y a un demi-siècle è peu près , menaça la Grande-Bretagne d'une invasion > les essais ne furent pas poussés au delà des instiruments les plus Mmples , les plus rudimentaires; on songea aux bateaux plats. Par un beau temps et une belle mer» des navires è voiles auraient tratné
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ane armée sar les eaux du détroit jusqu'à ce qu'elle abordât au rivage euDemi. II va sans dire que les choses restèrent en projet ; rien n*y était sérieux : on faisait face à la Manche pour préparer et déguiser une campagne sur le Rhin. Les bateaux plats n'avaient pas d'autre but, et ce but fut atteint. Dès lors, comment croire au retour de semblables procédés? L'art a marché , la navigation aussi , l'avocat d'Arles le sait mieux que personne Jl a un beau fleuve sons les yeux , une mer à sa portée ; il a pu voir combien le vent est capricieux et l'onde perflde : évidemment il aura imaginé quelque chose de moins précaire que les ressources d'autrefois.
Peut-être a-t-il jeté les yeux sur la vapeur, et qui ne l'a pas fait? Il semble que, depuis que la vapeur est trouvée, l'Angleterre nous appartient , et que si nous ne l'occupons pas , c'est que nous y mettons une discrétion extrême. Des deux cfttés du canal , il y a des gens, et en grand nombre, qui nourrissent ce sentiment , les uns pour s'en enorgueillir, les autres pour s'en alarméV. L'orgueil, on le conçoit , nous y sommes prompts ; mais les alar^ mes , on ne se les explique guère de la part d'un
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peui^e sensé, comme Test le peuple anglais. Et ce^ pendant ces alarmes ont été vives, un Instant surtout; les bourgeois fourbissaient leurs épées, les femmes se préparaient à soutenir d'héroïques assauts. Les yeui prévenus voyaient Thorizon chargé de 0ottes françaises et d'armées de débarquement ; pour un rien , on eût sonné le tocsin et offert une rançon. Pourquoi Tavocat d'Arles ne se trouvait- il pas là? C'eût été le cas de déployer ses talents^et de montrer comment il comprend la grande guerre. La vapeur? Il faudrait pourtant s'entendre là^ dessus» savoir au juste ce qu'elle vaut et écarter les chimères. Qu'elle puisse jeter à Fimproviste plusieurs milliers d'hommes sur un rivage désarmé et dégarni , c'est hors de doute pour les hommes du métier. Avec la vapeur, il est facile de faire re* vivre , en pleine civilisation , ces surprises à main armée qui ont marqué les temps barbares , ces. expéditions où les pirates normands et lès forbans algériens portaient de rivage en rivage la dévastation et répouvante. C'est un genre d'exploits qui est redevenu possible» avecles aggravations qu'y ajoute la sûreté du moteur. Seulement il n'est l'apanage
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d'wcjune race, ni d^^ucuw natfoa; tontes |ira>vent , à l'envi , exereer cet odieux aboft de li| force. Ainsi , pendant que nons irions insulter et pavaner les câtes du pays de Galles, les Anglais pourmient en faire autant sur un point de notre golfe de Gas-; cogne ou du Pertuis breton. Un e:icès en anEiènerait un autre /les surprises s^engendreraient, et l'on marcherait de représailles en représailles, jufr* qu'à ce qu'un nouveau droit des gens vtnt apporter up termes ces violences de flibusliers.
Dans cette limite; la vapeur fournit à l'art de la guerre un instrument nouveau; elle permet des dejscentes rapides , suivies de prompts rembarquer ments , des coups de maia accomplis par des i^omr mes déterminés. C'est la course du corsatre , (^an^ géant de nature et d'objet^. Mais de lÀ au transport d'une arinée régulière , destiné^ à se maintenir en pays ennemi 9 il y a une distance énorme et qu'il est facile d'apprécier^ Une armée n-«st pas maniar ble comme un corp» d'aventuriers; elle traîne à sa suite des bagages^, des eonvois , un matérid oonsi-^ dérable ; elle a conlrç elle le nombre, la difficulté des mouvements, l'épreuve d'un éléooent nouveau.
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 bord /elle ne dispose plus d'elle-môme , elle fie s'appartient pas. Qu'il y ait une rencontre, tin engagement, elle nuit plus qu'elle né sisrt, elle est un embarras et point une force : elle peut être engloutie sans avoir eu Vhonneur de lutter. Même arec une èfaance plus heureuse, qu'arrivera^^H La voie! en face de la plage où elle doit descendré : comment s'y prendra-t-elle« et qu'est^elle en droit d'espérer?
Dans le cours des soiiapte ans qui viennent de s'éeoulery les forces combinées de la France ont opéré deux débarquements dont le souvenir n'est point effacé. Le premier eut lieu en Egypte, sur le rivage du Marabout , à quatre lieues d'Aleiandrie; le second dans la baie de Sidi-Ferruch , à douze lieues d'Alger. L'un et l'autre s'eiécutèrent sans qu'on eût à essuyer de résistance sérieuse. Les grèves du Marabout étaient complètement désertes; celles de Sidi-Ferruch n'offraient qu'un petit nombre d^às^illants , plus tumultueux que redoutables, qui poussaient leurs chevaux jusqu'au bord de la mer, et fuyaient ensuite après avoir déchargé leurs fusils. A vrai dire, il n'y eut point d^ennemi.
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Et cependant ces opérations ne s'accomplirent pas sans peines ni dangers : en Egypte il y périt même qaelqaes soldats; la mer brisait snr les récifs; des chaloupes furent englouties ^ d*autres désemparées. Sur les deux points , les troupes se trouvèrent promptement è terre, maïs sans bagages, sans munitions , sans chevaux , sans artillerie ; il fallut plusieurs jours avant que tout le matériel fût débarqué.
Maintenant « qu'on transporte la scène dans un antre pays , dans un pays pourvu de ressources , ayant les moyens et la volonté de résister^ ne le cédant à aucun autre pour Tintelligence et la trempe de populations. Ce pays a une flotte puissante, une armée peu nombreuse , mais solide et pouvant se porter en quelques heures sur les points menacés ; il a des milices qu'anime l'amour de leurs foyers ; il a des télégraphes électriques qui mettent en contact les diverses parties du territoire, des chemins de fer qui y aboutissent avec une prodigieuse rapidité, enfin tous les éléments de défense que fournissent le génie le plus industriel et la civilisation la plus raffinée qui soient au monde. Certes , dans