XI
8 Voir t. I, p. 379.
tacle et les acteurs, il était inévitable que la rivalité d'artistes de talent amenât^ aussi au théâtre, des divisions en partis; d'autant plus qu'il y avait toujours eu, depuis l'ancien temps, entre les acteurs une lutte d'émulation, dans laquelle les vainqueurs obtenaient des palmes, des couronnes et d'autres récompenses honorifiques. Déjà sous la république les acteurs cherchèrent à se procurer ce suffrage au moyen d'une claque organisée.
Ils s'assuraient, le plus qu'ils pouvaient, d'influents et nombreux partisans, distribuaient des claqtieurs bien payés dans les rangs de la foule des spectateurs, et tâchaient de disposer le public en leur faveur, à l'aide de gens qui en faisaient métier ^ L'organisation de ces partis, au théâtre^, s'étendit et s'affermit de plus en plus sous l'empire, soit par Tinfluence des factions du cirque, soit par la coopération de grands personnages et même de quelques empereurs. Les tentatives des partis de théâtre pour se terroriser et s^accabler, mutuellement, conduisirent assez souvent, là aussi, malgré la présence de toute une cohorte de mille hommes de garde au spectacle, à des rixes sanglantes et à des tumultes, qui entraînèrent mainte fois le bannissement des acteurs et la punition de leurs adhérents. Des théâtres de Rome cet abus se répandit sur ceux des provinces'. Ainsi Épictète* a parlé des applaudissements déplacés d'un procureur
i Pétrone, Sat., c. v.
2 Festus, p. 86 M.
3 Digeste, XLVIII, 19, 28, 3 (Calliste , lib. VI, de cognilioiiibus) : Soient quidam, qui yulgo se juvenes appellant, in quibusdam civitaUbus turbulentis se acdamationibus popularium accommodare ; qui si amplius nil admiserint nec ante sint a prœslde admonili, fuslibus csesi dimiUuntur, aut etiam spectaculis iis interdicitur, etc.
* Dissert., III, 4.
de l*Épire. Des pantomimes étant toujours nommés comme les instigateurs -de ces divisions et de ces troubles, cela prouve encore une fois clairement combien ce genre de spectacle était parvenu à éclipser tous les autres.
Les historiens ont attaché à ces incidents de théâtre assez d'importance pour se croire obligés de nous laisser au moins des rapports sur les plus considérables , ainsi que sur la conduite tenue par chaque empereur dans ces circonstances.
Déjà la rivalité de Pylade et de Balhylle avait, en Tan 17 avant Jésus-Christ, occasionné des désordres au théâtre; mais Auguste eut des ménagements pour ces artistes, qui détournaient si fort à propos des affaires publiques l'attention de la multitude et dont le second était, de plus, le favori de Mécène ^ Les spectacles célébrés en son honneur, immédiatement après sa mort, en Tan 18, furent aussi troublés par la rivalité des pantomimes qui y parurent; mais Tibère aussi, au début de son règne, craignit d'aigrir le peuple, habitué à Tindulgence pour les licences du théâtre, par une intervention trop rigoureuse de l'autorité^. L'année suivante, cependant, la lutte des partis au théâtre, échauffée par l'exemple du prince impérial Drusus', ramena des scènes tumultueuses; on insulta les officiers publics; la garde intervint, et, dans la mêlée, ne tombèrent pas seulement des gens du peuple, mais aussi des soldats et même un centurion. Le tribun de la cohorte prétorienne de garde fut blessé. Ces désordres déterminèrent l'adoption d'un sénatus-consulte déjà
i Dion Cassius, LIV, 17.
2 Tacite, Annales, I, 54.
3 Dion Cassius, LVII, 14.