LIVRE Vn. — LES VOYAGES
carme, de fumée et de mauvaises odeurs^, les coussins et matelas, rembounés de barbes de roseau en guise de plumes, fourmillaient de puces en été*. Naturellement, les prix étaient bas'. C'étaient souvent aussi des lieux de prostitution, dans lesquels l'aubergiste faisait l'entremetteur *.
1 Voir ces yers de Sidoine Apollinaire {ÉpÙres, VIII, 11) :
Tecti posce brevis vacâtionem.
Nasi destituor domo negata :
Maerens ad madidas eam tabernas Et claudens geminas subinde nares Propter fumificas gemam culinas, Qua serpyliferis olet catenis Baccas per geminas ruber botellus, OUarum et nebulœ vapore juncto Fumant cum crepitantibus patellis.
Hic cum festa dies clere ravos Cantus cœperit, et Yoluptuosam Scurrarum querimoniam crepare, etc.
^ Pline, Hist. ncU., XYf, 58 : (Coma arundinis) pro pluma strata cauponarum implet; IX, 154 (cauponarum œstiva animalia).
3 D'après une inscription en pierre d'Isernie, un repas, sans le vin, qui, comme Tin du cru , avait probablement un prix ûtlq^ coûtait, avec le pain et les accessoires, 3 as ou 22 centimes enriron, et le foin pour une mule, 2 as. Du temps de Polybe (II, 15), le Toyageur ne payait même qu'un demi-as pour toute sa consommation de la journée.
* Ulpien, libro VI. ad edictum {Digeste, Hl, 2, 4, g 2) : Sive autem principaliter boc negotium (lenocinium) gerat, sive alterius negotiationis accessione utatur.... utputa si caupo fuit vel stabularius, et ministeria talia habuit ministrantia et ministerii occasione qusestum facientia, sire balneator fuerit, velut in quibusdam provinciis fit, in balneis ad custodienda vestimenta conducta babens mancipia boc genus obseryantia in officina (?).... lenocinii pœua tenebitur. — De même, Ulpien, libro I, ad legem Juliam et Papiam {Digeste^ XXIII, 2, 43, 1) : Palam quœstum £etcere dicimus noii tantum eam quœ in lupanario se prostituit, verum etiam si qua, ut assolet, in taberna cauponia, Tel si qua alla pudori suo non pareil ; Ibid., § 9 : Si qua cauponam exercens in ea corpora quaestuaria babeat, ut multœ assolent sub prœ-
Cette circonstance n'était peut-être pas la seule qui fit une mauvaise réputation aux aubergistes et jetât le discrédit sur leur profession. Ils grugeaient et trompaient, sophistiquaient le vin^ et reprenaient aux muletiers Favoine destinée à leurs bêtes ^. D'après le livre des songes d'Artémidore, qui avait beaucoup voyagé, rêver de fronts d'airain ou de fer portait bonheur aux aubergistes et aux douaniers , comme en général à tous les gens sans vergogne ^, et voir des épines en songe était d'un augure particulièrement favorable aussi pour les aubergistes, les douaniers, les brigands et tous ceux qui trichent sur le poids et les comptes, parce qu'ils ont tous Thabitude de tondre et de plumer les gens , de même que les épines arrachent la laine aux moutons^. Du reste, les hôteliers répondaient du dommage essuyé chez eux par les personnes qu'ils logeaient ^.
textu instrumentl cauponii prostitutas mulieres habere, dicendum haac quoque lenae appellatione contineri. — Code, lY, 56, 3, Imp. Âlexander Aurelio : Eam quœ ita yenilt^ ne corpore quœstum faceret, nec in caupona specie ministrandi prostitui, ne fraus legi dictœ fiât, oportet. — Voir aussi Tinscription déjà mentionnée d'Isernie {Bull, Nap.^ VI, 1), où la maîtresse d'hôtel fait ainsi son compte arec le Toyageur au départ : Copo, computemus. — Habes yini sextarium junum, panem, — assem unum, pulmentarium, — asses duos. — Convenit. — Puellam, — asses octo. — Et hoc convenit. — Fœnum mulo, — asses duos. — Iste mulus me ad factum dabit (?) — On peut croire que la prostitution fut grande, surtout dans les hôtels des villes de bains, d'après ce que Strabon (XU, 17, p. 578) rapporte du bain de Carura, sur les conins de la Phrygie et de la Carie.
1 Martial, 1, 57.
2/Wd., XIII, 11.
3 Onirocriticaj I, 23, et IV, 42.
^ Ibid,, IV, 57.
^ ImtUuteSf IV, 5, 3 : Item exercitor navis, aut cauponœ, aut stabuli, de dolo aut furto, quod in na?i, aut caupona, aut stabulo factum erit^ quasi ex maleficio teneri yidetur, etc. — Digeste, IV, 9 (Ulpianus,