LIVRE VII. — LES VOYAGES
toutes les autres étaient Rome/ Alexandrie et^Athèney; vers les écoles desquelles affluait la jeunesse studieuse du monde entier ^ C'étaient celles d'Athènes et de Rome du moins, comme plus tard aussi celles de Constantinople, avec leurs chaires fondées. et dotées par TEtat, qui ressemblaient le plus aux universités de l'Europe moderne.
D'autre part, savants et professeurs, dans toutes les branches, menaient aussi une vie toute nomade, c'est le mot. Les rhéteurs et les sophistes surtout voyageaient constamment d'une ville à l'autre, pour donner des leçons et se faire entendre en public, car c'était là, pour eux, le moyen le plus sûr de gagner des applaudissements et de la gloire, ainsi que de faire fortune. Lucien avait été destiné à la sculpture; il préféra l'éloquence et, dans son Songe, il fait comparaître Tune et l'autre briguant sa préférence. La Sculpture lui représente qu'en se vouant à elle il n'aura pas besoin de quitter les siens et d'aller à l'étranger^; tandis que, dans un autre de ses écrits, l'Éloquence déclare qu'elle s'est mariée avec lui et l'a suivi dans tous ses voyages, pour lui procurer honneur et aisance, en Grèce et en lonie, par-delà la mer, en Italie, et jusque dans la Gaule*. Les professeurs célèbres du temps menaient, comme on le voit notamment dans les biographies qu'a laissées d'eux Philostrate, une vie très-vagabonde. C'est ainsi que, depuis encore, à l'époque de la Renaissance, qui rappelle l'antiquité à tant d'égards , les docteurs voyageaient constamment de ville en ville. Les rhéteurs du
- Sur Alexandrie et Athènes, voyez Strabon, l. c. Philostrate, Apollonius de Tyane, VIII, 359, p. 167 K, et Lucien, Alexand,, 44; pour Rome, ce que nous avons dit au livre l^^ de cet ouvrage.
2 Lucien, Le Songe, 1,7.
3 Le même. Bis accus., 27.
temps de l'empire romain débutaient, ordinairement, par un panégyrique de la ville dans laquelle ils venaient se produire ^ Il était d'usage que des statues fussent érigées aux plus célèbres d'entre eux , dans les localités qu'ils honoraient de leur présence, par les autorités ou des auditeurs recoqnaissants ^. Apulée se vante d'avoir obtenu cette distinction même dans des villes de peu d'importance^. Comme, à une époque qui n'avait ni postes organisées dans le genre de celles d'aujourd'hui, ni presse, voyager étaifie moyen le plus sûr d'arriver vite à se faire connaître , ce moyen était naturellement aussi employé par des jongleurs et des charlatans, comme il le fut par Apollonius de Tyane et Alexandre d'Abonotique.
La plupart des artistes et des artisans, exerçant des métiers qui touchent à Tari, étaient aussi constamment en route. D'innombrables débris d'objets d'art , dans toutes les provinces, permettent de juger combien le besoin d'ennoblir l'existence par des ornements artistiques était répandu, dans tout le monde romain. Pour satisfaire cet immense besoin des jouissances de l'art, il fallait, comment dironsnous, des colonies entières, des troupes, des essaims, des nuées d'artistes et d'artisans, toujours prêts à se rendre sur les lieux où on les appelait.
Il existe encore une inscription d'un de ces artistes voyageurs, d'un sculpteur, Zenon d'Aphrodisias. Elle dit qu'il avait, plein de confiance dans son art, parcouru nombre de villes \ On a retrouvé des socles de statues avec son
1 Dion Chrysostome, Orat. XXIII, p. 395 M.
2 Voir Letronne, Recueil des inscript. y p. 132.
3 Florides, HI, 16.