LIVRE VII. — LES VOYAGES
el, comme celte liste est loin d'embrasser toutes les merveilles dont la Grèce pouvait se montrer fière , il y a lieu de présumer qu'elle n'a pas été dressée dans celte contrée même , mais plutôt dans un des Etats grecs fondés par les lieutenants d'Alexandre le Grand, peut-être à Alexandrie même^ En effet, les lieux où existaient les sept merveilles étaient compris^ tous, non-seulement dans les limites de la domination d'Alexandre le Grand , mais dans un rayon qui semble avoir eu particulièrement Alexandrie pour centre, à des distances raisonnables de cette ville : ainsi Olympia^ avec le fameux Jupiter de Phidias, Rhodes^ avec son colosse, Halicamasse, avec son Mausolée, Ëphèse avec le temple d'Artémise, Babylone, avec ses murs gigantesques et ses jardins suspendus, Memphis, avec ses pyramides. D'autres merveilles, comme le temple de Cyrus à Ecbatane, le Capitole à Rome, le temple d'Adrien à Cyzique, etc., n'y ont été que postérieurement ajoutées^. Sur les voyages des Romains et des Grecs, dans la période de l'empire romain même, le désir de voir les sept merveilles ne semblerait avoir exercé aucune influence, Pausanias disant' qu'il ne connaissait personne qui eût été à Babylone, dans un temps où Hemphis était si fréquentée.
L'intérêt pour les originalités du caractère national des peuples étrangers, leurs institutions, leurs mœurs et leurs usages^, est le moins saillant dans les voyages des Romains^ à cette époque. Cela s'explique naturellement
i On en trouve la première mention chez Antipater de Sidon (Epigr, 52, dans les Anal, de Brunck, t. II, p. 20), puis chez Strabon, XY, p. 738, et XVII, p. 808 C.
2 Voyez Orelli, ad Philon., de VII orbis miraculis, p. 141, etc.
^ Plutarque, Caton le Jeune, chap. xu.
par deux raisons. D'abord , comme on Ta fait observer plus haut, les particularités nationales des pays où Ton voyageait le plus, avaient déjà été, jusqu'à un certain point, effacées par la civilisation gréco-romaine, et ne frappaient plus que rarement l'œil de l'observateur superficiel. Ensuite, presque partout^ dans ces contrées, le passé intéressait les visiteurs romains infiniment plus que le présent. Le désir de suivre pas à pas le passé, dans tous ses monuments, ses restes et ses souvenirs^ apparaît donc au premier plan. A côté de cet intérêt foncièrement et spécialement historique, on remarque ensuite le désir d'apprendre à connaître les choses dignes d'être vues, les curiosités de tout genre, souvent envisagées comme telles non par suite d'un bien vif intérêt immédiat pour la chose, mais à cause de la renommée de celle-ci , notamment quand la réputation en avait été faite par des écrits beaucoup lus , ou quand la chose avait pour elle l'attrait de la rareté et de l'extraordinaire. Nous ne pourrons examiner qu'à la fin comment le goût de l'arf se déterminait, essentiellement, et celui de la nature aussi,, jusqu'à un certain point , d'après ce point de vue.
l"" L'intérêt de curiosité et P intérêt des souvenirs *
historiques.
Les temples sont de véritables musées. — Collections d^objets d'art. — Cu^ riosités naturelles, ethnographiques et historiques. — Reliques des temps héroïques. — Guides des étrangers. — Souvenirs des temps héroïques et des temps historiques.
C'étaient les temples qui offraient, partout, la plus belle occasion de satisfaire le goût des spectacles , la curiosité et