LIVRE VJI. — LES VOYAGES
d'Auguste, auprès du palais de Livîe, la racine de l'arbre à cannelle , exhibée sur une écuelle d'or ^ . Le plus grand morceau de cristal que Pline le Naturaliste eût jamais vu, un fragment du poids de 150 livres romaines, était aussi une offrande de Livie au Capitole^. De même Auguste avait fait placer au temple de la Concorde, comme spécimen de l'obsidiane noire miroitante, quatre éléphants faits de cette matière^, et César, au temple de Vénus mère, une armure confectionnée avec des perles de la Bretagne''. On trouvait aussi, dans les temples^ des objets de fantaisie bizarres, tels iju'un miroir grimaçant, à Smyrne^, puis toute sorte d'armes et d'ustensiles, provenant de pays étrangers; du moins Pausanias^ vit-il une cuirasse sarmate, faite avec des sabots de cheval , dans le temple d'Esculape, à Athènes, et d'autres, fabriquées de lin, dans celui d'Apollon, à Gryneum , comme ailleurs encore.
Cependant il est probable que l'on gardait en plus grand nombre encore, dans les temples, des objets offrant un intérêt historique, particulièrement de ceux qui avaient appartenu à des personnages célèbres, et se rapportant d'ailleurs à toutes les époques du passé, en remontant de la veille jusqu'aux temps primitifs de l'histoire du genre humain^. L'épée de Jules César, qui fut présentée à Vitel-
^ Pline, Hist. nat., XII, 94. — Voir aussi Anthologie grecque^ éd. Jacobs, IV, p. 201 ; Epigr. adesp.^ 393.
2 Pline, H. N., XXXVII, 27.
3 Ibid., XXXVI, 196.
* Ibid., IX, 156.
5 Ibid., XXXIII, 129.
7 Voir, sur les collections particulières de l'espèce, Becker^ Gallus, I, p. 38. — Lucien, Adv^ indoctos^ 13, etc. — Dion Cassius, LIX, 21, et LXXVII, 7.
lius , avait été enlevée d'an temple de Mars * , et cet empereur lui-même fit don à un autre temple du même dieu^ à Cologne , du poignard avec lequel s'était tué son rival et prédécesseur Otbon^. Varron vit, dans un temple de Saneus (dieu sabin), le fuseau et la quenouille de Tanaquil» dans un temple de la Fortune , à Rome » un costume royal, confectionné par cette princesse et qu'avait porté Servius Tullius'. Au temple de la Concorde, dans la même capitale, on montrait le prétendu anneau de Polycrate, dans un cornet d'or, présent d'Auguste^. Mucien, l'ami de l'empereur Yespasien, vit encore quelques restes de la cuirasse en lin que le roi d'Egypte, Amasis, avait pieusement offerte au temple de Minerve de Linde, dans l'Ile de Rhodes, et dont chaque torsade comprenait trois cent soixante fils'; la majeure partie de cette relique était en loques, à force d'avoir été touchée*. La cuirasse de MasisliuS; qui avait commandé la cavalerie des Perses à Platée , se trouvait dans un des temples d'Athènes , avec un sabre de Mardonius, arme dont l'origine était cependant suspecte à Pausanias"^. On voyait, à Sparte, la lance d'Agésilas®; à Gortys, en Arcadie, l'armure et la lance d'Alexandre •; à Némée et à Delphes, des armures de Mithridate^^. Mais ce qui, probablement, excitait le plus vive-
1 Suétone, VUeUius, chap. viii.
3 Ibid,, chap. x.
3 Pline, jy. iV., VIII, 194.
* Jbid., XXXVII, 4.
6 Hérodote, III, 47.
« Pline, H. iV., XIX, 12.
8 Plutarque^ Agésilas, chap. xix, 8.
0 Pausanias, VIII, 28, 1.
ïo Appien, XII, 112.