LIVRE M. — LKS SPECTACLES
cia des condamnés d'après le désir du peuple, s'intéressanl à eux pour le courage dont ils avaient fait preuve dans le' combat, ou pour quelque autre motifs Les prisonniers de guerre, à l'issue d'une campagne heureuse, étaient également transportés par centaines dans les écoles impériales de gladiature, les spectacles de l'amphithéâtre offrant la plus belle occasion de se débarrasser d'eux.
Ainsi les Bretons faits prisonniers furent exterminés on masse, à Rome, lors des jeux triomphaux de l'an 47 de notre ère^, et Ton voua au même sort, en les livrant aux amphithéâtres des provinces, après la fin de la guerre de Judée, ce qui restait des prisonniers juifs, dont bon nombre (2500 suivant Josèphe) venaient d'être immolés à Césarée, dans les jeux'. Les Bructères vaincus, que « leur perfidie ne permettait pas d'employer au service militaire, ni leur sauvagerie d'utiliser comme esclaves, » furent jetés en si grand nombre aux bêles féroces, qu'elles se lassèrent du carnage. Comprend-on, après de pareilles atrocités, le langage de panégyristes félicitant hautement l'empereur d'avoir fait tourner cette grande extermination des ennemis de l'empire à l'amusement du peuple, « le plus beau triomphe que l'on pût imaginer*! » Constantin le Grand encore ne procédait pas autrement.
Dans les armées d'esclaves des grands , sur la fin de la république, il n'y avait probablement pas manque de gladia-
1 Fronton, ad Marcum Cxsarem, II, 4 : Qui bestias strenue interfe- €erint, populo postulante ornatis aut manumiltitis, nocentes etiam homines aut scelere damnatos ; sed populo postulant! conceditis. — Suétone, Néron, chap. xii : Neminem occidit ne noxiorum quidem.
^ Dion Cassius, LX, 30.
3 Josèphe, B, 7., VI, 9, 2; VII, 2; 1 et 3, 1.
* Panégyr., VIII, 23, 3; VF, 12, 3.
^teùrs déjà formés en bandes. Ils servaient à leur maître de gardes du corps et de bravi*, ou étaient employés aux spectacles qu'il donnait à ses frais; souvent aussi il les prétait et les louait pour des jeux donnés par autrui. On voit Cicéron s'informer avec beaucoup d'intérêt d'une bande achetée en 56 avant Jésus-Christ par son ami Atlicus; il avait appris que ces gladiateurs se battaient admirablement, et que, si Atlicus avait pu se résoudre à les donner à louage, deux spectacles l'eussent fait rentrer dans son argent^. Plusieurs des grands de cette époque avaient des écoles de gladiateurs qui* leur appartenaient en propre, notamment à Capoue, où' ils en faisaient élever et dresser des centaines. C'est à Capoue que se trouvait l'école {ludus) de C. Aurélius Scaurus (an de Rome 648 = 106 av. J.-C.)^, ainsi que c^ie de Lentulus, où 200 . gladiateurs avaient comploté leur évasion, et de laquelle Spartacus, avec 70 de ses camarades, s'était échappé à main armée*; enfin, Técole de Jules César^, qui, d'après Suétone^ se fit soumettre le plan d'une semblable à Ravenne.
Dans la guerre contre Catilina, on eut l'idée d'interner les gladiateurs de Rome à Capoue et dans d'autres municipes^, Catilina comptant sur eux, au dire de Cicéron, « bien qu'ils fussent mieux pensants que bien des patri-
* Dion Cassius, XXXIX, 7, etc. — Cicéron, Pro Sulln, 19, 54; Pro Sext., 39, 85.
2 Cicéron, à Atticus, IV, 46, et 8 a.
3 Valère Maxime, H, 3, 2.
* Florus, nr, 8 (HI, 20).
•'» Jules César, Bell, civ., I, 14.
6 César, chap. xxxi.
^ Saiiuste, Catilina, chap. xxx, 7.