‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 2)Chapitre 88 sur 258 · LIVRE VI. — LES SPECTACLES · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — LES SPECTACLES

à Vérone sous Gallien, à Catane sous Théodoric, avec la permission expresse de ce prince.

Dans la plupart des localités, ce vandalisme des habitants a persisté durant tout le moyen âge, et jusque dans les temps modernes. Il est certain qu'il a fait disparaître complètement nombre d'amphithéâtres , et n'a laissé subsister de beaucoup d'autres que de faibles traces, à peine reconnaissables. Dans les lieux abandonnés, ils se sont écroulés lentement par l'action continue des forces de la nature, et la végétation parasite, en se déployant sur leurs ruines et poussant ses racines dans toutes leurs fissures , a consumé l'œuvre de la destruction.

Dans les pays désolés par des guerres ou de sanglantes luttes intestines, au milieu des tempêtes de la première partie du moyen âge surtout, nombre d'amphithéâtres furent transformés en forteresses. Les Arabes notamment en disposèrent souvent ainsi. Avait-on conçu l'idée d'y chercher un abri pour se défendre, on les fortifiait par l'adjonction de tours et de fossés, tandis que, du côté des assaillants, on faisait tonner les béliers, ou voler les tisons et les flèches contre les portes de ces mômes arcades, par lesquelles voguait jadis une multitude joyeuse et parée. Avec le retour de temps plus calmes, les amphithéâtres subirent de nouvelles dégradations. Ce fut alors la pauvreté qui dressa ses huttes dans ces vieux murs. En beaucoup d'endroits ils échurent à la prostitution , qui en fit le théâtre de ses plus grossières orgies. Ces voûtes et ces galeries à demi é^croulées et tout obstruées de décombres offraient au rebut de la société les repaires qu'il cherchait , et plus d'un crime fut commis à l'ombre de leurs recoins mystérieux. On fouillait les décombres, dans l'espoir d'y trouver des trésors cachés, d'y découvrir des restes de

l'ancienne splendeur de ces monuments^ au milieu des ruines lugubres et mal famées desquels les sorciers comme les exorcistes devaient naturellement aussi se plaire à exercer leurs ténébreuses pratiques. Il suffit de rappeler à ce sujet ce que Benvenuto Cellini a raconté des sorcelleries dont il fut témoin au Cotisée.

Dans quelques endroits Farène, au temps de la chevalerie, était encore utilisée de préférence pour la mise en scène des jugements de Dieu, des tournois et des carrousels. Ailleurs, la charrue prenait à tâche de sillonner ce sol impréglié de sang, ou l'amphithéâtre, se couvrant de verdure, disparaissait sous les plantations de vignes et d'oliviers.

Comme il arrive de toutes les ruines d'un passé lointain, la légende s'est emparée de ces vieilles murailles, et y a logé des fantômes de la superstition populaire; aussi les appelle-t-on encore aujourd'hui « grottes de fées », dans quelques localités. Ainsi, l'amphithéâtre de Poia, parfaitement conservé à l'extérieur, mais dont Tintérieur est tout en ruines, passe chez le peuple des environs pour l'œuvre inachevée d'une fée, qui s'était, suivant la croyance de ces bonnes gens, trop légèrement engagée à bâtir un palais dans une seule nuit, sans compter avec l'aube du jour et le chant du coq, qui n'avaient pas tardé à rendre sa peine illusoire pour toujours ^

Il y a possibilité de suivre, à travers le moyen âge et les temps modernes, au moins dans les phases principales, l'histoire de quelques-unes de ces ruines.

Quand les Francs de Clovis pénétrèrent, en 808, dans la Gaule méridionale, les Visigoths fortifièrent l'amphilhéà-

1 StancoYich, AnflUatro di Pola, p. 10.

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